14/01/2012
Bourlanges a-t-il raison de nous rappeler la dérive populiste de Bayrou ?
Comme vous le savez, j'ai beaucoup d'estime pour Jean-Louis Bourlanges. Et je dois avouer que l'interview qu'il a donné le week-end dernier à Paris-Match a un peu refroidi mon bayrouisme renaissant. Parce que comme toujours, Jean-Louis tient un discours de vérité, et nous rappelle un élément incontestable de la posture de François Bayrou depuis 2007. Son populisme latent.

Au moment où le premier traître revient au bercail, Bourlanges vise juste et touche la cible Bayrou là où je la trouve la plus faible. Car même s'il est très réducteur de limiter le candidat Bayrou à un populiste, rappeler qu'il use d'une rhétorique anti-système simplificatrice parce que usant d'arguments parfois trop primaires est tout de même très vrai. Et il faut le courage du seul vrai centriste indépendant de France, pour oser, en pleine remontée de la pente des sondages, comme cela avait déjà été fait en 2007, dresser entre la posture de Bayrou et celle de Le Pen (et aujourd'hui Mélenchon) un parallèle qui vaudrait convergence stratégique...
Car oui, évidemment, Bayrou, depuis 2007, est un candidat qui mise sur le rejet du système, et qui le fait sans rechigner à user d'arguments très proches des protestataires populistes de tous poils depuis 30 ans. Rejet caricatural de la sphère mediatico-politique. Théorie du complot sondago-journalistique à tendance paranoïaque. Critique vitriolée du pouvoir en place. Condamnation globale des élites, qui ne s'accapare le pouvoir que pour sacrifier l'intérêt général de la nation à leur profit.
Bourlanges est dans le vrai, et en quelques mots, il ramasse assez bien le danger qui préside à la posture de Bayrou : « [Bayrou] distille aujourd’hui des thèmes – “Achetez français” ou “Tous pourris” –, qui fleurent bon le populisme. Ce populisme est cependant suffisamment discret, subliminal, pour être irréprochable. Sa rhétorique est subtile, insinuante et nuancée. »
Cela dit, j'ai aujourd'hui un peu de mal à lui délivrer mon assentiment total.
Comme Jean-Louis Bourlanges, je suis convaincu du danger de ce positionnement. Pour deux raisons.
D'abord, car il est est contraire à la promesse que François Bayrou nous a faite depuis longtemps d'être celui qui tiendrait, coût que coût, un discours de vérité. Car le populisme, même à dose homéopathique, c'est toujours aborder la complexité du monde dans lequel nous vivons en le réduisant à quelques idées simplistes sous couvert d'un bon sens populaire toujours plus pertinent que la pensée unique des élites.
Ensuite, parce que le populisme, même encadré par des valeurs et une éthique personnelles que je ne conteste pas, amène inévitablement à dériver vers un discours de repli sur soi. Et ce nombrilisme est fatalement incompatible avec un discours sincèrement européen, sincèrement fédéraliste. Et cela, François Bayrou nous l'a déjà trop démontré depuis 2007. Si je le crois toujours acquis au fédéralisme européen, il n'en reste pas moins qu'il l'a gommé de son discours Et qu'il n'a pas hésité à le sacrifier en 2009 pendant la campagne des européennes sur l'autel de sa crise de paranoïa anti-Sarko-sondagière.
Mais là où j'ai du mal à suivre Bourlanges, c'est que je pense que la stratégie de Bayrou est en effet beaucoup plus subtile et nuancée qu'elle a pu l'être ces dernières années. Et qu'il me semble qu'il a compris qu'en adoptant des positions trop caricaturales, il y perdait toute crédibilité.
Après tout, n'est-ce pas plutôt malin, voire très très malin, que d'avoir saisi que l'acheter/produire Français pouvait constituer un angle intéressant. En ce qu'il permet de démontrer qu'il est encore possible de concilier les intérêts légitimes des Français (vivre dignement de leur travail) et ceux de l'Europe et du monde auxquels la France est désormais, à son bénéfice, intimement liée.
Au premier abord, il est effectivement possible de ne comprendre cette thématique que comme un discours gentillé confinant au protectionnisme. Mais il est aussi possible de la considérer comme une thématique parfaitement libérale.
Car la question n'est pas de déprécier l'étranger, ce qui vient d'ailleurs, mais simplement de rappeler que si la France n'a pas d'avenir en dehors de l'Europe et d'une économie mondiale fondée sur le libre-échange, cela ne lui interdit pas, au contraire, d'avoir toujours l'ambition d'y préserver sa place en misant sur ses avantages compétitifs par rapport aux autres nations.
Là où Bourlanges a raison, c'est que Bayrou insiste aussi lourdement sur le "vos emplettes sont vos emplois" et le mirage démagogique d'une restauration de l'industrie française en 5 ans parce que quand "on veut, on peut", que le même Bayrou élude soigneusement la libéralo-compatibilité d'un repositionnement plus compétitif et plus générateur d'emplois de l'économie française. Qu'il en reste à un discours un peu trop incantatoire et simpliste en omettant de considérer la complexité qui prévaut à la résolution de tout problème systémique.
Mais dans le contexte actuel, j'ai envie d'accorder à François Bayrou le bénéfice du doute. J'espère qu'il saura séquencer son discours. Et qu'il le complétera utilement pendant la campagne de prises de positions levant tout ambiguïté sur le projet politique qu'il portera.
Un projet que j'attends certes comme celui qui saura changer le système. Mais qui saura aussi démontrer que changer le système français consiste avant tout à le normaliser. A rabaisser la vision prétentieuse et d'arrière-garde que nous avons de nous-même et du monde qui nous entoure. Pour lui substituer une vision qui admette notre intégration à l'Europe et à un monde qui ne se construit par sur l'héritage de l'Empire napoléonien et du catholicisme romain, mais sur celui d'une culture anglo-saxonne et protestante. Que la liberté et le pragmatisme l'ont définitivement emporté sur le dirigisme et l'idéologie. L'avant-garde sur l'arrière-garde. Qu'il est temps de renouer avec la France girondine, pluraliste, innovante, modérée, éprise de liberté.
Bref, que réformer le système France, c'est avant tout, en amender profondément les archaïsmes qui fondent notre culture collective. Et que cela ne se fera par l'élection d'un homme fort car providentiel. Mais par celle d'un président honnête, raisonnable, respectueux et déterminé.
01:20 Publié dans Bayrouland, Centrisme, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bourlanges, bayrou, le pen






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Commentaires
J'avais un faible pour Bourlanges, mais son silence sur l'Europe actuellement m'interpelle...
Écrit par : www.europelibre.typepad.com | 14/01/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : mumjr | 14/03/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Madinina de BREIZH | 06/05/2012
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