08/01/2012
Pourquoi Bayrou ?
Après une longue pause, je tente une nouvelle fois de publier quelques billets sur ce blog. Ma préoccupation du moment est de savoir pourquoi je me retrouve, après avoir combattu sa stratégie pendant cinq ans, à être à nouveau tenté par Bayrou. Et pourquoi aussi j'ai bien du mal à me convaincre qu'il s'agit du bon choix.

D'abord, comme j'ai fait subir à ce blog une coupure de plusieurs mois, il me faut revenir sur quelques événements politiques.
Depuis l'affaire DSK, l'élection présidentielle que j'espérais pour 2012 n'a connue que des déconvenues. En premier lieu, donc, la disparition définitive de DSK du paysage politique. A sa place j'aurais bien aimé Martine Aubry, non que j'aie une sympathie débordante pour elle, mais parce qu'elle me semblait plus à même d'incarner une candidature socialiste rigoureuse, voire rugueuse, en prise avec le sérieux de la situation actuelle de notre pays. Et puis, Aubry me parait avoir plus de convictions chevillées que Hollande, qui reste pour moi avant tout un homme d'appareil, un conseiller du Prince, dont au final, on connaît bien mal ce que pourrait être la pratique qu'il aura du pouvoir. Mais, sans réel surprise, c'est finalement Hollande l'ami des journalistes qui a gagné sur Aubry, la dame des 35h.
Cela dit, je ne crois pas que Hollande soit fondamentalement un mauvais candidat pour le PS. Il est très intelligent, il est préparé au combat depuis longtemps et, malgré une image qui reste molle, il est parvenu à se bâtir une stature d'homme d'Etat... Encore que pour cela, il a adopté une stratégie de la prise de distance. Et à trop prendre de distance, il risque de se priver de son capital d'homme sympathique et accessible pour apparaître comme celui qui a pris la grosse tête.
Sur le fond, sa stratégie est aussi périlleuse. Depuis les primaires, il avance peu d'idées et se positionne en opposant critique aux initiatives de Sakozy. Une posture en défense, qui semble être aussi celle qui consiste à laisser tomber de lui-même le fruit trop mûr se la Sarkozie.
Passons à droite en commençant par Borloo. Son renoncement a été pour moi une surprise. Je pensais sincèrement qu'il avait conclu avec Sarkozy une sorte de gentleman agreement depuis son départ du gouvernement. Borloo reprenait sa liberté au profit d'une candidature de premier tour attirant le centre gauche et le centre droit, les CSP+ et les bobos, et aurait pu être une réserve utile à Sarkozy pour le second tour. Au final, il semble que j'étais totalement dans l'erreur et que la stratégie de Sarko est bien celle d'un réancrage de son camp à droite pour contenir l'avancée de Le Pen et qu'il compte sur Bayrou pour handicaper Hollande au 1er tour.
Sarkozy donc... Malgré sa petite remontée en novembre, je pense toujours que sa réélection sera extrêmement difficile. S'il parvient toujours à conserver un socle électoral non négligeable, qui lui permet de réaliser des scores très honorables au 1er tour dans les sondages (on oublie trop souvent les 19% de Chirac et les 16% de Jospin en 2002). Cela le garantit pour l'instant d'être la victime d'un nouveau 21 avril annoncé et le préserve d'une totale marginalisation, son écart avec Hollande étant "acceptable".
Entre Hollande et Sarkozy, émerge donc depuis la mi-décembre la candidature Bayrou. Ou plutôt, elle émerge entre Sarkozy et Le Pen. Entre les déçus du sarkozysme et les protestataires en quête de modération.
Si je suis moi aussi tenté de rejoindre la candidature de Bayrou, c'est plus pour des aspects stratégiques que pour le programme, encore bien mince, qu'il nous propose.
D'abord, je suis donc orphelin de Borloo et de DSK. Il y a un an, mon vote leur était acquis, respectivement au 1er et au 2nd tour. Force m'est de constater que je ne me retrouve pas dans l'offre politique actuelle. Sarkozy ne reprend rien de l'héritage de Borloo et reste entouré de conseillers qui ne peuvent que l'inciter à droitiser sa ligne politique, tant sur le fond, que sur la forme, où la seule issue pour lui semble de renouer avec une sorte de gaullisme dévoyé sur un mode autoritaire et isolationniste... Pour ce qui est de Hollande, s'il est à l'évidence un homme de centre-gauche, je ne peux oublier ces longues années passées à la tête du PS. Où plus que d'engager une réforme en profondeur de la gauche, il a usé toute son énergie à se maintenir à la tête d'un parti d'élus locaux, quel qu'en soit le coût en termes de synthèses sans aucune cohérence. Ce qui manque à Hollande c'est l'épine dorsale, celle qui lui a par exemple éminemment manquée lors du référendum de 2005, où sa capacité à faire respecter le choix de son parti en faveur du oui a été nulle.
Alors, logiquement, un Bayrou qui décolle des 6-7% d'intentions de vote est une option qui m'intéresse. Par défaut.
Bayrou m'intéresse en tout premier lieu, car comme en 2007, il constitue la seule offre politique, si elle parvient au second tour, à pouvoir véritablement et profondément faire bouger le système. Mais au prix du même pari risqué qui consiste à placer sa confiance en un homme seul, qui devra immanquablement composer avec la classe politique existante pour se constituer le relais parlementaire indispensable à sa réussite.
Aussi, Bayrou m'intéresse toujours car, sur le fond, il est l'homme héritier du centrisme, d'une certaine forme de libéralisme et d'un européisme fédéraliste qui me tient tant à coeur. Même si Bayrou, depuis cinq ans, en prenant le chemin de la gauche en pente douce, fait aussi de plus en plus appel à une sorte de gaullisme social rescucité... ce qui, paradoxalement, revient à reprendre à son compte une grande partie des dérives de la Ve République qu'il dit vouloir combattre. Bayrou, c'est une candidat de plus qui nous dit qu'il n'y a d'autres recours pour diriger la France que de trouver tous les cinq ans un homme providentiel, qui, par la seule force de la volonté et du génie français, replacerait notre Nation en tête des nations du monde.
Donc à l'heure actuelle Bayrou ne m'a pas encore totalement convaincu. Mais il est néanmoins, par défaut, redevenu une option à laquelle je pense sérieusement.
J'attends désormais de voir quelles seront ses propositions concrètes. De quelle façon il se démarquera des deux principaux candidats. Quel attelage d'hommes et de femmes se ralliera à lui. Et surtout, car je voterais prioritairement pour le mieux disant en la matière, le discours qu'il aura sur l'Europe.
14:37 Publié dans Bayrouland, Centrisme, Elections, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note






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Commentaires
Écrit par : Max98 | 10/01/2012
Répondre à ce commentaireTout que vous dites est vrai... Maintenant, il y a aussi une "dark side" chez Bayrou. Est-il si différent des autres hommes politiques, je ne le crois pas. Le courage tient-il plus à tracer seul son chemin ou à se battre pour devenir le meilleur au sein d'une équipe ? Cela me fait douter sur deux points fondamentaux.
Lorsque l'on veut autant le pouvoir que lui, est-on vraiment armé pour en changer la pratique en profondeur, ou le risque n'est-il pas grand, une fois élu, de se couler dans le système pour conserver le pouvoir ?
Comment conserver une véritable capacité à agir sans disposer d'un réseau de soutiens fidèles au Parlement et dans les territoires ?
J'ai peur que Bayrou ne sache pas mieux gérer une fois à la tête de l'Etat le cortège des ralliements qu'il n'a su gérer la diversité des nombreux adhérents qui l'avaient rejoint au MoDem en 2007...
Écrit par : Bob | 10/01/2012
Répondre à ce commentaireJ'ai un ami qui est vraiment de gauche et mon frère qui est sarkozyste. Ils ne peuvent pas se parler sans se disputer. Vrai débat ? Non toujours l'impasse. Et pourtant l'un comme l'autre est estimable. il n'y a pas mieux que l'un plutôt que l'autre. Et pourtant il faudrait avancer. En étant ni l'un ni l'autre gagnant de cette élection, mais en les respectant l'un et l'autre, n'y a t-il pas une tentative à essayer, une solution qui n'a pas été testé ? Peut-on faire pire que Sarkozy ou Chirac ? Bayrou, je le répète est une solution plus que viable, elle est une union des Français par défaut.
Écrit par : Max98 | 13/01/2012
Répondre à ce commentaireBayrou ne vous a pas totalement convaincu parce que vous savez ce qu'il vaut. Vous voudriez juste qu'il soit celui que vous avez cru qu'il était au début...
Cet homme providentiel n'est pas encore sorti de l'ombre puisque cet homme là ne fonctionne pas comme un politicien de cette vieille école mais travaille à son concept, à sa faisabilité...
Perso, je ne donnerai pas ma voix à ces homopoliticus, ce serait encourager un système vicié
Écrit par : Françoise Blanche | 29/02/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : mumjr | 14/03/2012
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