10/07/2011

Sondage LH2 : à 13% Marine à la peine ?

LH2 vient de livrer un sondage commandé par Yahoo! sur la prochaine présidentielle. Le résultat le plus marquant est la baisse assez sensible de Marine Le Pen.

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La chute de Marine Le Pen est la plus sensible face à une hypothèse Hollande. Elle perd 5 points et se retrouve à 13% d'intentions de vote. Avec Aubry dans la course, elle n'en perd que 2 et se positionne à 15%.

Quoi qu'il en soit, la baisse est nette, d'autant qu'elle s'accompagne d'une remontée de Sarkozy (+2 ou 2,5 pts) et du candidat socialiste (+4 points pour Aubry, et +7,5 pour Hollande). Marine Le Pen semble donc buter contre les deux grands blocs électoraux qui rythment notre alternance démocratique. Depuis la forte poussée en sa faveur lors de son intronisation comme chef du FN, elle n'a en effet jamais démontré qu'elle pouvait entamer l'électorat du candidat de l'UMP ou du PS. Et comme pour tous les autres candidats, cela reste le défi à relever pour donner une dynamique à sa candidature.

Ce sondage est peut-être également le signe d'un début de cristallisation de l'électorat. En effet, la montée concomitante des candidats UMP et PS et la baisse des candidats alternatifs (à l'exception de François Bayrou, j'y viendrai ensuite), pourrait indiquer que les Français, avant de partir en vacances, commencent déjà à se ranger derrière les hypothèses raisonnables, plus que de faire parler leur cœur de "militant".

C'est ainsi que Jean-Louis Borloo perd lui aussi entre 2,5 et 3 points pendant que Bayrou en gagne entre 3 et 4, et repasse symboliquement la barre des 10% face à Hollande. Là aussi, on peut y voir un début de cristallisation au centre de l'échiquier, au profit de la traditionnelle option Bayrou, face à celle, moins lisible quant à son positionnement, de Borloo.

Cela dit, comme toujours, il faut prendre cette enquête avec beaucoup de prudence. D'abord, parce qu'il est trop tôt pour considérer que l'électorat est en mesure de se cristalliser convenablement. Parce que le PS n'a pas encore désigné son candidat, et parce que certaines candidatures alternatives comme celles d'Eva Joly ou de Borloo, mais aussi celle de Mélenchon, ne sont pas encore tout à fait assurées, ou à tout le moins, ne se sont pas encore véritablement déployé médiatiquement parlant.

L'offre politique au 1er tour de la présidentielle n'est pas encore figée et à 10 mois du scrutin, la campagne est encore suffisamment longue pour que les événements qui la rythmeront change la donne.

Mais ce sondage pose certainement les clés du scrutin.

Le candidat socialiste peut-il se maintenir à un étiage de 30% qui lui assurerait mathématiquement la victoire au second tour ?

Sarkozy, face à un PS à 30% parviendra-t-il à convaincre ses électeurs qu'il faut voter utile au 1er tour ou les verra-t-il fuir vers Marine Le Pen et les candidats centristes afin d'envoyer un message quant à la recomposition à droite que sa défaite annoncerait ?

Marine Le Pen peut-elle dépasser durablement l'étiage de la séduction (10-15%) pour passer à celui de la conviction (15-20%) qui la ferait frôler celui de la qualification assurée au 2nd tour (20-25%) ?

Au centre, quel candidat sera le mieux positionné pour capter les suffrages des déçus des deux grands camps et ainsi se placer autour de 15% ? Bayrou en recueillant le trop-plein de la candidature PS ? Borloo en stockant les fuites de la candidature UMP ?

Si la candidature PS se maintient à 30%, je pense que Sarkozy aura beaucoup de mal à conserver son socle d'électeurs, même s'il est difficilement envisageable de le voir tomber franchement au dessous de 18/20%, la droite étant plus légitimiste que la gauche. Pour le voir tomber autour des 15%, ce qui donnerait une bouffée d'oxygène aux candidats du centre et à Le Pen, il faudra certainement l'effet conjugué d'un candidat PS caracolant largement en tête, et d'un événement médiatique très défavorable.

A 30% la candidature PS peut cependant rouvrir le risque d'un réaction à l'hégémonie du PS à gauche et donc d'un délitement/éparpillement sur les derniers mois de campagne, où, finalement, certains électeurs de gauche se penseront autorisés à prendre le risque de voter Joly, Mélenchon ou Bayrou. Mais l'effet du 21 avril reste suffisamment fort, et le candidat PS sera a priori suffisamment crédible, pour qu'une fuite vers des candidatures plus radicales ou raisonnables soit bien plus limitée que celles de 2002 et 2007.

Pour ce qui est de Le Pen, elle se trouve dans la situation de Bayrou en 2007, mais avec un an d'avance. Elle a bénéficié d'une poussée non prévue, qui la porte à près de 20%, mais elle patouille depuis sur la question de la crédibilité. Oui elle a séduit l'électorat, mais elle ne l'a pas convaincu qu'elle pouvait, sinon gagner, faire suffisamment turbuler le système afin d'atteindre un objectif positif. Comme Chevènement en 2002, Bayrou en 2007, Le Pen apparaît comme une option qui permettrait de faire péter le duopole UMP-PS, mais dont l'électeur ne voit pas encore suffisamment sur quoi l'explosion pourrait faire atterrir la France. Et si Bayrou n'a pas réussi à conjuguer l'idée de faire éclater le système à celle que cela peut se faire au profit d'une alternative crédible, je ne crois pas que le populisme lepéniste le puisse en 2012.

Quant au centre, il me semble condamner à jouer les supplétifs. Supplétif du PS pour Bayrou, de l'UMP pour Borloo.

Voter Bayrou, ce sera faire le pari raisonnable d'une victoire du PS et qui sera suffisamment large pour offrir une place à un parti de centre-gauche. Une option que me semble assez illusoire, en ce que notre système majoritaire jouerait à plein et que le MoDem aura bien du mal à faire élire ne serait-ce qu'un député de plus aux législatives de juin 2012. D'autant que le PS devra d'abord contenter ses alliés. En 2012, il ne sera pas plus utile au PS que depuis 2007, de s'allier à une formation politique qui est la première à poser des exigences et conditions intenables, et qui serait la première à quitter l'alliance en cas de gros temps.

Voter Borloo, ce sera faire le pari d'une défaite de Sarkozy qui sera suffisamment lourde pour ouvrir une recomposition profonde de la droite et du centre. Une option réaliste, mais qui méconnaît elle aussi les effets de structure dont profitera certainement l'UMP, même moribonde. La force d'inertie qui est la sienne, ses réseaux locaux d'élus et de militants implantés depuis des décennies, le système majoritaire de nos institutions, donnent plus de chances à une personnalité directement issue de l'UMP de devenir le nouveau leader de la droite et du centre, qu'à une personnalité extérieure de refonder un deuxième pilier qui équilibrerait le camp qui sera devenu l'opposition. Cela dit, l'émergence d'une droite alternative aux législatives est néanmoins possible. Et si les centristes de l'Alliance parviennent à maintenir un groupe parlementaire, ils pourront compter sur les guerres intestines de l'UMP pour le faire fructifier jusqu'en 2017... Mais il y a tout aussi fort à parier que les centristes seront sujets à des guerres intestines encore plus ridicules que celles de l'UMP. Et que l'on est fondé à placer bien peu d'espoir de voir un centriste sincère devenir le nouveau héraut de la droite et du centre. Même en 2017...

L'intégralité du sondage (.pdf)

 

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Commentaires

Le paysage est clair. Si François Bayrou aborde le mois de décembre entre 9% et 12% il sera au second tour et l'emportera. Pour mémoire en décembre 2006 il était à 5,5% et à terminé sa campagne en mai a 18,57% et encore... fin avril il dépassait la barre des 21% devant SR (a ce moment il était "virtuellement" élu) lorsque une rumeur lancée par l'Obs (faux sondage des RG - Lepen au second tour) l'a fait redescendre. Pourquoi cette fois sera il élu ? simple, 64% des français ne se reconnaissent plus en la droite et la gauche, l'UMP à trop serré à droite et à commis des erreurs profondes de communication envers le pays profond, le PS est en vrac (il a perdu son Joker) et ne semble pas proposer d'alternance crédible ni rupture "sérieuse", Marine le pen anti UMPS ne peut que perdre au second tour, FB incarne la vraie rupture sans risque et qui gagne au second. Enfin il est le seul candidat à pouvoir agglomérer par effet centrifuge des citoyens de centre droit, centre gauche, écologistes et ... FN. La bulle Hulot/DSK montre qu'il y a un réservoir conséquent de voix au centre (de 22 a 25%) celui qui parvient à la cristalliser sera propulsé, FB a tout les atouts pour. On en reparle en décembre.

Écrit par : lambdalambda | 11/07/2011

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A Lambdalambda

Le paysage est clair... je ne sais pas... En tout cas, je ne crois pas que votre logique qui consiste à plaquer la dynamique de campagne en faveur de Bayrou en 2007 en l'extrapolant à partir de ses résultats actuels dans les sondages d'opinion, soit le meilleur service que vous rendiez à votre cause.
D'autant que son niveau dans les sondages est très fragile. Les derniers sondages parus le remette à 7%, derrière ou à égalité avec Borloo. Et dans un sondage BVA (je crois) paru avec un passage de Hulot à Joly, Bayrou ne bénéficie pas d'un effet centrifuge. La baisse très nette du candidat écolo bénéficie au contraire au candidat PS et même à Sarkozy.
Tout comme la disparition de DSK ne s'est absolument pas traduite par un report sur Bayrou.
Et je pense aussi que vous vous trompez sur la question qui préoccupe les Français. Elle n'est pas comment trouver une alternative à l'UMP et au PS, mais seulement comment virer Sarkozy. Et pour virer Sarko, la solution qui leur semble la plus efficace est, comme toujours, de voter pour le camp opposé, et donc PS.

Écrit par : Bob | 13/07/2011

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