28.10.2009
Démocrates italiens : le PD élit pour la seconde fois un ancien communiste à sa tête
Le Partito democratico a élu dimanche son nouveau président. Issu du rassemblement de centristes issus de l'ancienne Démocratie chrétienne, de socialistes et de centristes de gauche, et enfin des anciens communistes du PCI qui s'était mué en Parti des démocrates de gauche au milieu des années 90, le PD s'ancre de plus en plus fermement à gauche.



En 2007, l'élection comme secrétaire (chef opérationnel du parti) de Veltroni (ancien du PCI) s'était faite dans un certain équilibre entre les formations fondatrices du Parti démocrate. Si les démocrates de gauche (ex-PCI) avaient obtenu la tête du parti, le leader politique "réel" demeurait Romano Prodi, président du PD et surtout tête de pont d'une plus large coalition de gauche et du centre gauche incluant le PD. Rutelli conservait aussi une existence politique à travers l'autonomie dont bénéficiait les élus européens de la Margherita, membres avec l'UDF du Parti démocrate européen et du groupe ADLE au Parlement européen.
En 2008, la coalition fondée par Prodi ne fut pas renouvelée, l'alliance électorale se limitant au PD et à Italie des valeurs (ex-juge Di Pietro, libéral de gauche). Dès la défaite contre Berlusconi, le débat interne au PD mis définitivement en marche l'ancrage pur et simple à gauche du parti. Bien que sortant d'un échec assez cuisant, le parti avait tout de même acquis dans la bataille électorale le statut de "grand" parti, seul capable d'incarner une opposition crédible à Berlusconi.
Un positionnement à gauche définitivement acquis lors des élections européennes de juin dernier, qui mit fin à la partition des élus PD en deux groupes, et à leur intégration au groupe PSE, où siégeaient déjà les ex-PCI depuis leur abandon du communisme, au côté des ex-PSI.
Dimanche dernier, c'est donc logiquement que les sympathisants du PD, dans le cadre de primaires rassemblant 2,5 millions d'électeurs, ont confirmé l'élection interne au PD d'un nouveau leader issu du PCI en la personne de Pier Luigi Bersani.
Dans sa stratégie d'autonomie, l'UDF, puis le MoDem, ont souvent cité en exemple l'aventure italienne. La création de la Margherita, puis de L'Olivier, qui avait réussi à constituer un pôle centriste moteur de la rénovation de la gauche italienne. Force est de constater que si Prodi et Rutelli furent les véritables artisans et précurseurs de la reconstruction d'un centre-gauche moderne en Italie, ils n'ont pas véritablement réussi à asseoir leur ligne politique centriste à l'échelle d'un parti unitaire.
Plus que l'émergence d'une voie centriste à vocation majoritaire, le PD sera certainement le cadre historique de l'achèvement de la transmutation des anciens communistes italiens en de classiques sociaux-démocrates, au contact d'anciens démocrates-chrétiens gauchisés par leur rejet de la nouvelle droite berlusconienne.
Au final, le PD reprend l'espace politique laissé vacant par les socialistes depuis la fin de l'ère Craxi, dans le cadre d'un affrontement bipolaire on ne peut plus classique, entre un bloc de gauche et un bloc de droite, lui aussi récemment unifié au sein du Peuple de la liberté. Une sorte de retour à la "norme", près de vingt ans après l'opération Mani pulite qui signa l'arrêt de mort politique de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste italien.
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Commentaires
Au final, le PD reprend l'espace politique laissé vacant par les socialistes depuis la fin de l'ère Craxi, dans le cadre d'un affrontement bipolaire on ne peut plus classique, entre un bloc de gauche et un bloc de droite, lui aussi récemment unifié au sein du Peuple de la liberté. Une sorte de retour à la "norme", près de vingt ans après l'opération Mani pulite qui signa l'arrêt de mort politique de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste italien.
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Alors là, avec tout le respect, vous faites preuve d'une méconnaissance profonde de la politique italienne.
Craxi, Martelli & co. ont été les meilleurs alliés de Berlusconi entrepreneur (et apparemment corrupteur selon la sentence "Mills").
Ecrit par : Claudio Pirrone | 28.10.2009
A Claudio
Je savais que je prenais quelques risques en abordant un sujet que je reconnais ne pas maîtriser finement.
Cela dit, je ne pense pas faire preuve d'une grande méconnaissance sur le point que vous soulevez. Je pense juste que vous m'avez mal compris.
Je ne dis pas que le PD est l'héritier de Craxi, ni que PD=PSI et PdL=DC. Je veux juste dire qu'au terme d'une longue recomposition, qui a aussi donné lieu à de réelles mutations et qu'après un émiettement des deux principales formations de droite et de gauche, l'Italie est en train de renouer définitivement avec un système bipolaire structuré autour de deux grands partis.
Elle sort donc des coalitions hétéroclites qui ont été portées au pouvoir depuis le milieu des années 90.
Ce qui n'est pas neutre, tant la culture politique italienne et les institutions dans une autre mesure donnent la part belle à une expression multipartisane des aspirations des électeurs.
Cela montre qu'un système bipolaire, structuré autour de partis piliers forts, est presque inévitable dans une "grande" démocratie moderne.
Après, il est très clair que ni le PSI, ni la DC dans le passé, ni les formations politiques d'aujourd'hui ne représentent une gauche et une droite "classiques" aux périmètres aussi nets qu'elles peuvent l'être dans d'autres pays. Encore qu'en France, il y aurait aussi bcp à dire sur les périmètres...
Enfin, Berlusconi est effectivement avant tout un opportuniste. Lorsque le PSI était au pouvoir, il s'appuyait sur lui pour ses affaires. Juste après la "disparition" politique de ses protecteurs, il s'est lancé en politique pour sauver sa peau, en faisant émerger un nouveau parti de droite en quelques mois, sur les ruines de la DC.
Ecrit par : Bob | 29.10.2009
En quoi le bipolarisme serait-il l'expression de la modernité ?
C'est très français comme vision. Cela me rappelle le débat sur l'état entre historiens modernistes. Pour les français, l'état moderne est nécessairement un état centralisé, le Saint-Empire n'est qu'assimilé à une survivance anachronique. Or dans le Saint-Empire, il y avait des systèmes de négociations multilatéraux qui n'avait rien à envier au système français...
Pour le cas italien, ce qui est curieux est votre idée d'un retour à une norme bipolaire. Il me semble (mais Claudio me démentira peut-être) que le système pré-"opération mains propres" n'était pas bipolaire. Et si le PD reprend l'espace électoral de l'ancien PS de Craxi, il a du souci à se faire car, sauf erreur, ce parti ne pesait pas un quart de l'électorat italien.
Enfin, peut-être y aura-t-il une recomposition des centres autour de l'UDC "casiniesque" et de Rutelli, qui s'est montré très critique sur le PD depuis quelques mois.
Ecrit par : Fulrad | 29.10.2009
A Fulrad
Je reconnais que le terme "moderne" est mal choisi.. disons "d'aujourd'hui"... Je n'avais pas l'intention de porter un jugement de valeur.
Sur le reste, je vois un retour à la norme dans le fait qu'après une explosion de son paysage politique, l'Italie renoue avec un classique affrontement droite-gauche autour de deux piliers. Je raisonne moins en poids électoral des piliers du passé et du présent, qu'en termes de structuration de la vie politique.
La recomposition du paysage politique italien n'aboutit justement pas à un autre système que le bipolarisme, alors qu'il s'agit du pays européen qui a connu le plus profond bouleversement de sa classe politique avec l'opération mains propres.
J'ai longtemps pensé qu'il finirait par émerger de tout cela quelque chose d'original. Un tripartisme, ou une sorte de grosse coalition centrale associant le centre-gauche au centre-droit et qui marginaliserait des petites formations "extrêmes" à sa gauche et à sa droite...
Au final, on a une droite libérale face à une gauche social-démocrate, et une logique d'alternance entre ces deux camps, comme auparavant entre DC et PS.
Ecrit par : Bob | 30.10.2009
@Fulrad
Vous avez tout à fait raison, le PS italien n'a jamais représenté, à son apogée, plus de 13 à 14 % des suffrages.
@Bob
"au final on a une droite libérale face à une gauche social-démocrate, et une logique d'alternance entre ces deux camps, comme auparavant entre DC et PS".
On a l'impression à lire votre dernier commentaire que le système politique antérieur à "mains propres" était bipolaire, et dominé par l'alternance entre PS et DC. Hors ces deux partis ont gouverné ensemble sans discontinuer depuis la fin des années 60. Le système de partis des années 70 et 80 ne s'apparentait pas à un système bipolaire, mais à la reconduction ininterrompue au pouvoir d'une coalition centrale et centriste de 5 formations (le pentaparti) dominée par la démocratie-chrétienne, incluant le PSI (Craxi a pris la tête entre 1983 et 1987 d'un gouvernement à majorité DC), et rejetant aux marges le PCI (plus de 30 % des voix), pour cause de guerre froide, et les néo-fascistes du MSI. Cela rappelle la troisième force de la IV ème répblique, ou la "grosse coalition centrale" que vous semblez appeler de vos voeux.
"d'anciens démocrates-chrétiens gauchisés au contact de la nouvelle droite berlusconienne"
Il y a toujours eu une aile gauche au sein de la DC, incarnée notamment par Aldo Moro et les partisans du compromis historique. C'est moins le berlusconisme que la fin de la guerre froide qui permet à ce courant de travailler avec des ex-communistes.
Si je dois faire un parallèle avec la France, je dirais que, comme en Italie, la fin de la guerre froide et la fin de la querelle scolaire permettent à un mouvement de filiation démocrate-chrétienne comme le MODEM de s'affranchir des vieux clivages, et d'opérer un reversement d'alliance de la droite vers la gauche.
Ecrit par : Megalon | 30.10.2009
A Megalon
Jusqu'au début des années 80, l'Italie a effectivement connue une domination de la DC à travers des coalitions qu'elle dominait, en grande partie en raison de la force du PCI qui jouait le rôle de repoussoir.
A compter des années 70 et de la montée en puissance de Craxi, le PSI est néanmoins devenu le principal parti de la gauche non communiste, au point que Craxi est devenu président du Conseil pendant 4 ans (ce qui est une longue période pour le système politique italien).
Si hormis cette période, le PSI n'a pas formellement exercé le pouvoir, presque toutes les coalitions menées par la DC dans les années 80 étaient à dominante centre-gauche.
Je reconnais volontiers que l'idée de biporalisme est assez iconoclaste et très caricaturale vu l'histoire politique italienne.
Mais après-tout, il en était un peu de même en France. Jusqu'aux années 70 et l'alternance de 1981, le bipolarisme était plus une aspiration qu'une réalité formelle du système politique. Et si notre système est incontestablement bipolaire depuis 1958, les cohabitations, l'ouverture de 1988 ou même la durée finalement très limitée d'exercice plein du pouvoir de la gauche sur la période (10 à 15 ans sur plus de 50 ans de Ve République) pourrait faire douter de cette logique d'alternance entre deux blocs.
En Italie la question est plus complexe en raison du rôle du PCI, moins "radical" que le PCF, mais qui n'a jamais réussi à conclure un cartel avec les socialistes type programme commun. D'où aussi la tentative avortée d'un partage technique du pouvoir entre DC et PCI avec le compromis historique d'Aldo Moro.
Le PCI étant ainsi définitivement exclu du pouvoir, je pense que c'est bien le PSI qui incarnait, après l'expérience du gvt Craxi, la possibilité d'une alternance au pouvoir. Même si elle ne s'est pas réellement concrétisée, l'opération mains propres venant jeter le flou sur la vie politique italienne au milieu des années 90.
Après sur le passage à gauche d'une partie de la DC, je pense quand même que Berlusconi a bcp joué. Certes, la fin de la guerre froide a permis de lever le tabou d'une coopération politique entre communiste devenus démocrates de gauche et les ex-socialistes et centristes de gauche.
Mais je crois que la dynamique propre à la recomposition du paysage politique, autour de Forza Italia d'un côté, et de l'Olivier de l'autre, pèse plus que l'héritage des partis du passé. Je ne crois pas que les centristes modérés de la DC ait pour principale motivation à leur alliance avec les ex-communistes la volonté de pouvoir enfin concrétisé le rêve d'Aldo Moro. Un peu comme en France actuellement, la gauche ne cherche à se structuré qu'en réaction à l'émergence d'une "nouvelle droite", qui a largement rompu avec les clivages hérités de l'après guerre.
Ecrit par : Bob | 05.11.2009
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