15.10.2009

Ginisty abandonne, Lepage prend du champ... le MoDem sera-t-il durable ?

Après le vague-à-l'âme de l'Hérétique, sorte de vaisseau-amiral de la blogosphère modemiste, le MoDem connaît cette semaine deux autres prises de distance.

ginisty_bayrou.jpgL'une est franche et nette, avec le départ de Christophe Ginisty. Un départ qui semblait inéluctable depuis le mois de juin tant l'on sait que le MoDem a d'immenses difficultés à gérer toute contestation interne. Comme à l'accoutumée, la démarche critique de Ginisty s'est très vite transformée en une "trahison" programmée. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je constate simplement qu'une fois encore, une personnalité nouvelle et intéressante quitte le MoDem pour ne pas y avoir trouvé sa place. Ni dans l'organisation interne du MoDem où il semble qu'il se soit vite trouvé inutile et peu considéré. Ni dans les campagnes électorales, où Marielle de Sarnez l'a ignoré lors des européennes. Ni dans l'action politique concrète, où Ginisty a perdu il y a quelques mois son mandat de conseiller municipal d'Issy-les-Moulineaux pour cause d'irrégularités dans l'établissement de ses comptes de campagne. Le voici donc qui abandonne le navire, ne souhaitant plus cautionner la désorganisation interne du MoDem, la gestion oligarchique du parti et l'absence de structuration de sa communication... Contrairement à Quitterie Delmas, il annonce également vouloir poursuivre son engagement sous une autre forme. Très certainement au côté de Corinne Lepage qui prend elle aussi du champ vis-à-vis du duo Bayrou-Sarnez.

lepage bayrou.jpgCorinne Lepage, quant à elle, ne quitte pas - encore ? - le parti. Elle se borne à se dessaisir d'une partie de ses responsabilités internes (coordination des commissions) et de lancer un nouveau club politique "Terre démocrate". Une initiative, qui, si elle s'axe sur le développement durable, et cherche l'ouverture à gauche, rappelle fortement le club d'action politique "Avenir démocrate" lancé par Cavada lors de sa transhumance du MoDem vers le NC. terre démocrate.jpgTerre démocrate se présente en effet comme un club qui serait plus qu'un think-tank, car véritablement engagé dans le débat citoyen et politique, mais pas un nouveau parti, car n'ayant pas d'ambition de nature électorale. Cela dit, "Terre démocrate" semble tout destiné à devenir une passerelle entre le MoDem et Europe-Ecologie, et une sorte de plate-forme testant la possibilité d'un glissement de Cap21 de l'un vers l'autre. En évacuant la question électorale que ne pourrait éluder un parti comme Cap21, Terre démocrate permettra à Lepage de nouer des contacts plus ouverts et formels avec Europe-Ecologie et les Verts, voire le PS, tout en s'adressant au-delà de Cap21 à l'ensemble des adhérents du MoDem par son affichage "démocrate" clairement assumé.

bayrou-sarnez.jpgDécidément, les échecs électoraux ne réussissent pas au duo Bayrou-Sarnez. Plutôt que de constituer un électrochoc salvateur, ils semblent avoir figé la direction bicéphale du MoDem dans une stratégie du repli sur soi. L'offre publique de dialogue apparaît de plus en plus comme un leurre, destiné à entretenir médiatiquement l'idée que Bayrou est l'homme de la vraie ouverture. En fait, elle n'est qu'un rideau de fumée qui tente de piéger le PS et les Verts en entretenant les dissensions internes à ces deux formations sur leur stratégie d'alliances, tout en comptant leur faire jouer le mauvais rôle de celui qui dit "non".

bayrou dany.jpgCar c'est bien Bayrou et Sarnez qui compliquent sciemment l'émergence de nouvelles alliances à gauche. Chacun des gestes qu'ils adressent est assorti de conditions : pas d'alliance nationale, ancrage à gauche tout en refusant les primaires, ouverture aux Verts tout en rejetant le développement durable comme approche programmatique globale... Chaque appel du pied est assorti d'un cordon sanitaire qui n'a d'autre but que de limiter l'alliance au contexte électoral des prochaines régionales. Et surtout, de garantir à François la possibilité de se présenter en 2012, ce qui n'est envisageable que dans une stratégie d'indépendance complète au niveau national.

bayrou france.jpgEncore et toujours, la seule ligne qui compte, c'est la candidature en 2012. Si en 2007, on pouvait considérer légitime que cette ligne conduise Bayrou à sacrifier une grande partie du travail de reconstruction d'un centre indépendant allié à la droite engagé depuis 2002, il est aujourd'hui injustifiable de le voir gâcher la réorientation de son mouvement sur la thématique politique lisible du développement durable. Avec l'apport interne de Lepage, de Cap21, des ex-Verts ralliés, elle aurait pu conduire le MoDem à devenir un partenaire compatible sur le fond et sur la forme avec Europe-Ecologie.

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Commentaires

D'abord, je ne dirais de la prise de distance de Ginisty ni qu'elle est franche, ni qu'elle est nette ! On voyait depuis un moment qu'il cherchait une porte de sortie qui lui permette, comme il disait, de continuer à agir autant que possible selon ses convictions et, comme il faisait, de continuer à nuire autant que possible à ceux qui ne l'ont pas porté jusqu'où il espérait. Quand on se souvient comment il a traité Quitterie Delmas, c'est plutôt risible, mais libre à lui. Il ne peut rien faire seul, il choisit donc un autre mentor. C'est un épiphénomène banal...
Corinne Lepage a plus de droiture et de hauteur et elle représente pour le coup plus qu'elle-même mais elle a aussi de légitimes ambitions qu'elle n'a jamais cherché à cacher. Elle pense que le moment est bien choisi pour jouer sa partition en solo, et nous assistons depuis un moment déjà dans les régions à des appels au débauchage et à des propositions d'alliances de Cap21 en direction des divers écolos, voire d'autres petits partis. Pour l'instant, il s'agit d'ailleurs simplement de dissidence.
Mais Corinne Lepage est aussi prudente, et elle se souvient que seule, elle a fait moins de 2% à la présidentielle, moins de 4% aux régionales. Il ne s'agit pour l'instant que d'un club.
Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous déplorez le départ d'un blogueur pas même conseiller municipal et pourquoi vous attribuez celui (programmé mais déprogrammable) de Corinne Lepage à un échec de Bayrou-Sarnez. Il me semble plutôt que si Corinne Lepage essaye de marquer sa différence, c'est justement parce que la personnalité de Bayrou est celle d'un leader, et que si cela est dommageable pour ceux qui rêvent aussi de succès personnels, pour un parti c'est au contraire une force !
Certes Bayrou se voit un destin national, certes Marielle de Sarnez lui est et lui restera parfaitement fidèle. Que certains veuillent tenter leur chance, à telle ou telle échelle, et qu'ils la tentent ailleurs s'ils ont trouvé injuste de n'avoir pas été investis localement ou s'ils craignent nationalement l'ombre de Bayrou, c'est sain et naturel. Mais on ne peut pas reprocher à Bayrou de ne pas se suicider politiquement pour laisser sa place à ceux qui la désirent. Encore moins pour satisfaire les caprices de militants pleins d'idées mais en manque de reconnaissance. Des comme ça, y en a à la pelle.
Bayrou est très cohérent. Têtu certes, surtout selon ceux qui auraient voulu sa place. Mais cohérent.

Ecrit par : ChristineB | 16.10.2009

A Christine

En fait je ne déplore pas vraiment le départ de Ginisty que je connais assez peu. Ce qui me parait dommageable, c'est qu'il est une fois de plus la démonstration que Bayrou et Sarnez ne savent pas gérer une équipe. La thématique des "traitres" qu'ils distillent depuis le départ des 2/3 des élus UDF vers l'UMP, me semble vraiment éculée... On n'explique pas tant de départs uniquement par le carriérisme et l'arrivisme des autres.

Sur Corinne Lepage, je crois que la prise de distance est plus sensible que vous ne le pensez. Au-delà de la création de son club, sa démission de responsable des commissions est directement imputée à la gestion "autocratique" du mouvement par François. Elle l'a dit sans ambage dans un message adressé aux militants du MoDem (dont j'ai lu un passage sur le blog de Marc Vasseur http://marc.vasseur.over-blog.com/article-lepage-bayrou-divorce-consomme--37530920.html). Sa démarche est effectivement prudente pour ce qui est de Terre démocrate, mais le ton de son explication de démission ressemble fortement aux arguments développés par la très grande majorité des personnalités qui ont quittées ou se sont éloignées du MoDem depuis sa création.

Après, sur la cohérence de Bayrou, je comprends tout à fait votre point de vue. On peut effectivement estimer qu'il n'a pas à sacrifier son ambition dont l'objectif est bien supérieur à celles de militants inexpérimentés ou de personnalités politiques de second rang qui ont bénéficié du MoDem pour se faire élire. Comme c'est le cas de Lepage.

Là où Bayrou ne me parait pas cohérent, c'est qu'il renonce à beaucoup de ses promesses pour continuer à tenter de tracer sa route vers l'Elysée. Et s'il avait tenu ses promesses, celles qui consistaient à démontrer par le MoDem qu'il était possible de faire émerger une force politique démocratique qui rénove profondément les pratiques de la vie politique, il aurait traiter son principal handicap de 2007. Il aurait dépassé la faiblesse de son message qui ne lui a pas permis de convaincre suffisamment pour atteindre le 2nd tour. Près de 3 ans après le 1er tour, il n'a rien ajouté à son profil de candidat, sinon l'anti-sarkozysme. Il place donc sa candidature de 2012 dans un axe purement tactique, qui consiste à agréger les voix des partisans d'une politique d'union nationale modérée, à celles d'une partie des électeurs de gauche qu'il espère séduire par un positionnement résolument anti-sarko. Je ne crois pas à la réussite de cette tactique, surtout depuis que les Verts offrent une alternative anti-sarko à gauche aux électeurs qui ne feront pas d'emblée confiance au PS et qui ne voudront pas voter NPA, PC ou PG.

S'il veut vraiment gagner en 2012, il faut que Bayrou se force à travailler le fond et qu'il pense moins à la tactique. Et pour le coup, je pense que sa dernière chance de rendre son positionnement lisible sur le fond, aurait consisté à "développementdurabliser" le MoDem. Ainsi il aurait ajouter à la défense de la démocratie et à sa posture morale un axe programmatique porteur, qui aurait à la fois pu attirer des électeurs UMP, du PS, voire d'Europe Ecologie.

Ecrit par : Bob | 16.10.2009

Merci pour cette analyse lucide, Bob.

Ecrit par : Fotini | 16.10.2009

@ Bob : si votre préconisation est la bonne, notez en tout cas que le premier pas avait été fait dès 2007. Le "développement durable" figure dans l'objet statutaire du MoDem, alors qu'il ne figurait nulle part dans les statuts de l'UDF.

Les ex-Verts et Cap21 ont bien été intégrés dans le Mouvement (mon président départemental vient de Cap21), et sur la réflexion interne c'est Corinne Lepage qui avait la main à travers les commissions. Elle était certainement la 2ème personnalité du MoDem par son audience médiatique, et consacrait la majorité de ses interventions au développement durable.

Si bien que votre critique ne me semble pas porter, au fond, contre le Modem, mais seulement contre les récentes interventions publiques de François Bayrou. Le même François Bayrou qui en 2009 s'est attaqué au "lobby du nucléaire", et a confirmé contrairement à Ségolène Royal son engagement sur la taxe carbone avec le Pacte écologique.

Je ne prétends pas que vous ayez entièrement tort ;-) Il y a effectivement quelque chose qui a été raté, dans la fusion entre valeurs démocrates des adhérents UDF et valeurs écologiques des adhérents Cap21. Mais où, qui, quand... je ne sais pas bien.

Ecrit par : FrédéricLN | 16.10.2009

A FrédéricLN

J'avoue ne pas être très au fait du travail interne qui a pu être fait sur le développement durable. Mais malheureusement, ce qui compte, c'est la résonance qu'on lui donne en externe. Force est de constater que le MoDem n'est absolument pas identifié par l'électeur moyen comme une formation politique plus forte que la moyenne sur cette thématique.

A la suite des élections européennes, Bayrou avait l'occasion politique de réorienter son projet. Une telle initiative aurait à la fois été une réponse directe à une attente des électeurs, une reconnaissance positive du mauvais positionnement du MoDem par le passé, et une voie d'avenir pour le mouvement en interne : "on se remet au travail et on sait pourquoi". Médiatiquement un tel choix aurait été également certainement payant, d'autant qu'il aurait effacer comme une repentance constructive le dérapage de François contre Dany.

Ecrit par : Bob | 16.10.2009

Ton analyse est pas mal,en particulier sur la comparaison de terre démocrate et de Cavada mais je pense qu'il faut arrêter de prendre tes désirs pour la réalité en particulier sur les (in)possibles alliances. Par ailleurs je trouve que tu contredits pas mal de tes anciens écrits. Tu participes donc à la meute qui souhaite dépecer le modem pour son propre bonheur. Je n'en vois pas l'intérêt pour le l'avenir du Centre.

Ecrit par : Franck | 16.10.2009

Brillante analyse, mais j'ai plusieurs objections

1/ Sur la main tendue du MODEM vers la gauche, et les obstacles qu'y poserait Bayrou :

- le parlement de l'altenance se situe dans la droite ligne de l'offre de débat de Bayrou à Sarkozy et Royal dans l'entre-deux tour des présidentielles, et a au moins le mérite d'une certaine transparence.

- il ne peut y avoir de stratégie d'alliance nationale, dans la mesure où la direction du PS est incapable d'imposer une ligne de conduite unique aux Président de région socialistes sortants, qui trancheront indpendamment de Solférinos.

-Bayrou est moins la cause que le révélateur, au PS et chez les verts, de divisions largement mises en lumière lors du référendum de 2005. JL Bourlanges disait il y a quelques années que le principal clivage de la vie politique française ne séparait pas droite et gauche, mais traversait de part en part le PS ; avec l'effacement des querelles scolaire et religieuse, plus rien ne sépare les démocrates des vrais sociaux-démocrates, mais ces deniers ne résument pas à eux seuls le PS.
Pour les écolos, la monopolisation de la parole verte par Dany Cohn Bendit pendant les européennes est l'arbre qui cache la forêt du sectarisme et de la radicalité de nombreux verts, soixantehuitards attardés ancrés à la gauche du PS sur nombre de points (régularisation de tous les sans -papiers et ouverture des frontières..). Les nouveaux adhérents gagnés dans la foulée des européennes s'en rendront rapidement compte.

2/ Sur Corine Lepage
- Le thème du dévelopement durable est très présent au MODEM, je vous renvoie à ce sujet sur la note de Laurent de Boissieu du 22/9/2009 sur i politiques.
- Si d'aventure elle quitte le MODEM, j'espère que C. Lepage aura la décence de démissionner d'un mandat européen qu'elle aurait été bien incapable d'emporter avec les seules forces de Cap 21.

3/ Ecrire que le carriérisme et l'arrivisme n'ont joué aucun rôle dans la défection des députés UDF vers l'UMP en 2007 défie le sens commun : dans ce cas, pourquoi le Ministère de la défense a-t-il échu au Président du groupe parlementaire UDF ? Quel désintéressement chez les Mercier, Leroy ? C'est faire insulte à Christophe Ginisty que de rapprocher sa démarche de celle de ces élus.

4/ Vous êtes plus disert sur les affres du MODEM que sur les doutes qui peuvent assaillir un centriste égaré dans la majorité. Je sors du sujet traité dans ce billet, mais que vous inspire la position du Nouveau Centre dans l'affaire de l'EPAD, entre un élu local (Hervé Marseille) qui se rend complice de cette manoeuvre en échange d'un fromage au Conseil économique et social, et le plaidoyer ridicule d'un Jean-Christophe Lagarde, comparant Jean Sarkozy au jeune Bonaparte ? . Et plus largement, que peut penser de la présidence Sarkozy, entre démagogie fiscale, mépris des contrepouvoirs perçus comme des obstacles à l'action, et affaiblissement de l'indépendance de la justice (réforme du CSM, suppression annoncée du juge d'instruction au profit de procureurs aux ordres...), quelqu'un qui se réclame des valeurs du libéralisme politique ?

Ecrit par : Megalon | 16.10.2009

Ginisty va se retrouver sur le même plateau que Santini lors du Forum e-Démocratie d'Issy-les-Moulineaux r(http://www.forum-edemocratie.com/programme.html).

Quel heureux et surprenant hasard ? A moins que cela ne soit un de ces clins d'oeil que l'Histoire adore nous envoyer. Quand on pense comment il a insulté Santini pour avoir quitté Bayrou, ce n'est pas risible, c'est pathétique.

Ecrit par : Hector | 17.10.2009

A Megalon

Sur la main tendue, pas grand chose à contester dans ce que vous dites. Il est vrai que la question d'alliance nationale avec le PS est un jeu de dupes. Au final, cela montre l'immense limite qui réside dans la stratégie de Bayrou depuis 1998. Depuis la création de la nouvelle UDF, il refuse de se battre au sein d'un rassemblement pour défendre ses idées et préfère se replier sur une petite base militante qui lui est totalement acquise pour être dans la course présidentielle. Si de 2002 à 2007, cette stratégie avait du sens pour "sauver" un espace politique centriste indépendant, je crois qu'elle a démontré aussi en 2007 qu'elle ne lui donnait pas une assise suffisante pour gagner. On ne gagne pas une élection qui se joue à la majorité absolu au second tour en la préparant par une stratégie de l' "entre-soi". Le MoDem devait résoudre cette impasse en élargissant l'UDF. Force est de reconnaître qu'il n'y est pas parvenu. Bayrou est donc toujours dans une impasse, alors qu'avec plus d'humilité et de rationnalité, il aurait pu rejoindre en 2007 le camp de la droite et du centre et devenir un challenger crédible à Sarkozy dans son propre camp. Cela ne lui aurait pas donné l'assurance de remporter 2012, mais au moins, le centre ne serait pas aujourd'hui aussi éclaté et impuissant dans le débat public.

Sur les Verts et Europe-Ecologie, ce que vous dites est également très vrai. Du jour au lendemain, les Verts ne se sont pas départis de leurs "pastèques". Cela étant, ce mouvement est porté par deux personnalités qui ne sont justement pas sur cette ligne "rétrograde" de l'écologie. Avec un Dany CB d'une part, et une Cécile Duflot de l'autre, les Verts connaissent tout de même une évolution très positive de leur mouvement. Et je ne crois pas, comme ce fut le cas en 1999, les forces d'arrière garde des Verts en mesure de contrer cette évolution. Parce que Dany reste dans le jeu alors qu'il l'avait abandonné en quelques semaines en 99. Et surtout parce qu'ils ont fait l'amère expérience de la gauchisation avec la période Lemaire et le score humiliant de Voynet à la dernière présidentielle. Les Verts et EE bénéficient d'un contexte favorable à une poursuite de leur évolution, tant en interne, qu'en externe. Et en plus ils ont deux leaders pour l'incarner avec Dany et Duflot.

Sur Lepage, rien à redire. Je ne sais pas ce qu'elle fera au final, mais il est certain qu'elle n'a pas les reins assez solides pour pouvoir ne compter que sur ses propres forces pour gagner des élections. Après, Europe-Ecologie peut tout à fait lui apporter cette machine à gagner qui lui manque lorsqu'elle est seule. Et son départ du MoDem serait un signe très fort de l'échec définitif de la stratégie de Bayrou...

Sur l'arrivisme et le carriérisme, je ne dis pas que cela ne joue pas. Mais ce n'est pas la seule clé d'analyse. Et je ne crois pas que s'engager dans un parti consiste à n'avoir d'ambition que pour son chef. Il est tout à fait légitime lorsque l'on s'engage en politique de vouloir exercer le pouvoir. Et cela ne signifie pas que l'on est particulièrement égoïste et intéressé. Si Bayrou enregistre tant de départ autour de lui, c'est aussi qu'il a choisi une stratégie personnelle qui ne laisse que peu de place à celles de ses soutiens.

Sur le NC, que dire. Oui, il s'agit d'un parti "croupion" qui s'est allié en position de faiblesse à l'UMP... Je n'attends pas plus du NC que ce qu'il est en capacité de faire avec sa très faible assise électorale et son positionnement de "rallié à Sarkozy". Si j'en parle moins que le MoDem, c'est que la promesse que le NC était en capacité de tenir est bien moins grande. La différence c'est peut-être aussi que Bayrou a une responsabilité dans ce qu'est aujourd'hui le NC, alors que les fondateurs du NC n'en ont aucune dans la situation actuelle du MoDem.

Et sur Sarkozy, je l'ai déjà dit, je suis loin d'être un aficionado. Je lui reconnaît une certaine cohérence (je ne le trouve pas fondamentalement différent du ministre de l'Intérieur que nous avons bien connu avant qu'il soit élu), de faire bouger les lignes et globalement de ne pas renier ses principales promesses. Et là encore, le seul moyen d'influencer Sarko pendant ce premier mandat, aurait consisté à bâtir sur le socle du score de Bayrou au 1er tour un véritable pôle modéré au sein de sa majorité. J'aurais préféré que le centre soit utile pendant 5 ans, plutôt qu'il parte avec l'essentiel de ses forces dans une aventure chimérique vouée à l'impasse. La question pour moi est moins en quoi Sarko est mauvais, mais en quoi le centre n'a pas su se donner les moyens de le rendre un peu meilleur.

A Hector

Un hasard surement pas. Pathétique surement. Mais ce ne sera pas le dernier à vous démontrer que le MoDem est un parti comme les autres. Où par sectarisme, les gens s'expriment de façon excessive, font croire qu'ils n'ont rien en commun avec leurs adversaires... Mais une fois sorti de leurs postures partisanes, tous les politiques, militants ou responsables, savent bien que le dialogue est possible et les valeurs communes nombreuses.

Ecrit par : Bob | 17.10.2009

A Bob
Sur les verts, je ne suis pas aussi optimiste que vous quant à leur aptitude à faire leur aggiornamiento,. Dany, qui n'arrive déjà pas à imposer ses vues sur les alliances, aura du mal à peser sur un mouvement dont il ne prendra pas la direction, et qu'il ne conduira pas à la présidentielle. Quant à Duflot, son implication dans Europe Ecologie me semble surtout tactique. Issue de l'aile gauche du parti, elle me parait moins moderne et modérée qu'une personnalité comme Yves Cochet, et son leadership est fragilisé par une absence totale de charisme.

Ecrit par : Megalon | 26.10.2009

A Megalon

Je ne suis pas d'accord sur l'absence de charisme de Duflot. Elle n'a peut-être pas de grandes qualités de tribun, mais elle a une fraîcheur, et une sincérité dans le ton qui attire naturellement la sympathie, voire l'adhésion à son discours. Après, c'est certain qu'elle a encore quelques progrès à faire, notamment dans le débit, qu'elle gagnerait à réduire...
Sur l'aggiornamento, je crois qu'il sera d'autant plus possible que la percée électorale des Verts et d'EE se confirmera. Pour l'instant, c'est le cas dans les partielles, notamment en IdF, où ils ont clairement quitté le rang des "à moins de 5%" pour passer d'un coup au "entre 10 et 20%". C'est considérable, et c'est un moteur qui permet à la ligne de DCB de conserver son ascendant sur le mouvement. Il faut justement écouter Duflot, qui au lieu de soutenir Placé dans son rejet des alliances avec le MoDem, n'a d'autre choix que de jouer les équilibristes et de donner de fait un quitus à la stratégie des Cohn-Bendit.

Ecrit par : Bob | 26.10.2009

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