03.10.2009
Premiers sondages sur les régionales : vers des européennes bis ?
Deux premiers sondages ont récemment parus sur le prochain scrutin régional. Ils confirment le rapport de force des européennes et les difficultés des deux grandes formations, pour le PS au 1er tour et pour l'UMP au second.
La première étude a été menée par Opinion Way pour le Figaro. Elle donne un rapport de 43/36% en faveur de la gauche, ce qui pemettrait au PS et ses alliés de conserver la plupart des régions à l'exception de 3 à 4 qui pourraient basculer. Ce sondage a la particularité de prendre en compte des listes NC au 1er tour. Elles sont créditées de 4%, un niveau légèrement supérieur à celui des européennes dans les sondages de la pré-campagne. Le MoDem se situe en bas de sa fourchette avec 7%. Quant aux Verts, avec 16%, ils sont proches du PS, seulement crédité de 19%. Ces 3 petits points d'écart, s'ils se confirment augurent de belles surprises dans certaines régions... L'UMP caracole en tête avec 32%, mais ne dispose en réserve que des 4% du NC. Même si l'on ajoute les extrêmes, la droite est largement distancée : Gauche + NPA + MoDem totalisent 55% des intentions de vote. Un matelas, qui même s'il sera fragilisé par les divisions du 1er tour, voire les dissensions entre les deux, assure à la gauche un avantage déterminant dans le scrutin.
Le sondage de CSA pour La Chaîne Parlementaire donne des résultats sensiblement équivalents. Le rapport de force est plus avantageux pour la gauche 44% contre 31%, mais le NC n'étant pas testé dans l'étude, les 31% se résument à l'UMP. Faut-il en conclure que cette étude est plus crédible, l'UMP étant bien mieux identifiée par l'électorat que le NC, ou que la présence du NC peut au contraire constituer l'ébauche d'une petite réserve de voix pour le camp présidentiel ? Je pencherais pour la première option, même si une offre centriste indépendante dans certaines régions pourra effectivement apporter un "plus de voix" à la majorité plutôt qu'un transfert de l'UMP vers les centristes. Même si le PS est à 21%, il reste proche des Verts qui sont crédités de 17%. Côté MoDem, un petit 8%. Le rapport de force global (avec extrêmes) est quant à lui encore plus tendu pour l'UMP. Avec 61% la gauche (Gauche + NPA + LO + MoDem) est très nettement majoritaire. Ce qui rend le défi de reconquête de l'UMP particulièrement compromis.
Ces premiers sondages confirment donc pour l'instant le rapport de force issu des européennes.
Une gauche très divisée au 1er tour, mais qui rassemble une large majorité des suffrages. Avec deux écueils. Un vote aux extrêmes qui peut potentiellement "geler" 5 à 9% des suffrages. Et un leadership partisan potentiellement bicéphale, le PS se trouvant désormais à un étiage proche de celui des Verts. Le défi pour la gauche est donc double. Premièrement, ne pas trop souffrir d'un effet "échec du PS au 1er tour" qui pourrait démobiliser l'électorat et sur-avantager l'UMP qui est en capacité de distancer d'une dizaine de points la première liste de gauche au 1er tour. Ensuite, réussir la fusion entre les deux tours, en confinant les psychodrames et marchandages de tapis qu'elle engendrera inévitablement aux arrières boutiques des partis. Pas gagné. Surtout si les Verts devancent le PS dans certaines régions.
Un centre virtuellement hors-jeu. D'un côté le NC et les centristes de la majorité restent trop faibles pour que l'on sache véritablement leur poids. Cela rend impossible la systématisation de la constitution de listes indépendantes, qui pourrait pourtant être un début de réponse à l'absence de réserves de voix de l'UMP. De l'autre, un MoDem à un étiage trop bas pour qu'il puisse jouer un rôle actif entre les deux tours. Qui ne pourra pas se maintenir (moins de 10%) ne pèsera pas grand-chose. L'option d'alliances exclusivement à gauche annihile également tout enjeu "médiatique", la question de l'entre-deux-tours devant très certainement être monopolisée par le rabibochage Verts/PS.
Enfin, à droite, les régionales seront certainement la démonstration des limites de la stratégie présidentielle d'un bloc unitaire autour de l'UMP. Sans réserve de voix, sans ouverture possible sur l'électorat de gauche, l'UMP semble condamnée à un bilan proche de celui de 2004. Même si l'état de la gauche et ses divisions lui offrent un contexte plus favorable. Elle ne peut plus compter que sur les symboles et réussir à faire basculer une grosse région, ce qui lui permettrait, comme Jospin en 2001 avec Paris de faire passer son échec relatif pour une victoire médiatique.
13:03 Publié dans Elections | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, nouveau centre, modem, verts, europe écologie






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Commentaires
Bonjour Bob,
Cela faisait pas mal de temps que je n'étais pas venu sur ton blog et j'ai lu avec plaisir tes billets des dernières semaines...
Je te trouve, comme Bourlanges d'ailleurs, bien amer et un peu sévère sur l'avenir du MoDem. Moi aussi, je suis déçu que le MoDem n'ait pas réussi à densifier sa ligne programmatique, se contentant de critiques trop souvent caricaturales - d'autant plus qu'il y a dans ce parti une belle réserve d'intelligences trop peu exploitées...
Mais en cette rentrée, et de retour en France après quelques années d'expatriation au Cameroun, je veux retrouver la flamme que j'ai (un peu) perdue et éclaircir le tableau que tu te plais à noircir :
1- l'arrivée de personnalités nouvelles, aussi talentueuses que Goulard ou Rocheford, peut dynamiser nos futures campagnes électorales et apporter un peu de contenu - et le fait qu'elles aient rallié le MoDem reste un gage de vitalité pour le parti.
2- être à 7-8 % dans les sondages est anecdotique à 6 mois des élections, le scrutin européen a bien montré que l'essentiel se joue dans les 3-4 derniers jours... Et puis, 7-8 % , cela montre tout de même que le MoDem n'a pas complètement disparu et conserve davantage de visibilité que le NC.
3- le scrutin régional sera peut-être l'occasion de tester, au moins partiellement, une alliance Europe écologie / Modem qui pourrait dessiner les contours d'une future alternance - à condition que le contenu soit crédible et n'apparaisse pas comme simplement politicien.
4- l'erreur historique du NC, c'est de n'envisager le centre que à droite - et c'est aussi ton erreur, Bob. (Morin notamment parle systématiquement du "centre et du centre-droit" parce que pour lui le "centre-gauche" c'est mal, c'est sale, c'est un gros mot. Or l'histoire d'avant l'UDF (MRP mais aussi avant la guerre le PDP) montre que des alternances de centre-gauche peuvent exister et les futurs scrutins laisseront forcément de l'espace pour un tel scénario. Le MoDem n'en sera peut-être pas le pivot mais il en sera au moins partie prenante ce qui n'est déjà pas si mal.
5- enfin, les derniers sondages, si tant est qu'ils aient un intérêt, montrent bien que la droite n'est pas en mesure de reprendre le contrôle de beaucoup de régions, et je reste persuadé que la stratégie de Sarkozy de récupérer l'écologie reste extrémement risquée dans une élection à 2 tours où l'on voit mal les Verts accepter une alliance avec l'UMP.
Au plaisir de te relire, Bob !
Vincent
Ecrit par : Vincent | 06.10.2009
Salut,
si j'ai bien compris tout cela, c'est surtout la théorie du bipartisme naturel et presque "obligatoire" qui tombe à l'eau. Amalgamer une gauche allant du NPA au Modem me semble pour le moins hasardeux. D'abord parce qu'il y a dans ton bel ensemble les Verts, et ensuite parce que tu y rajoutes le Modem.
De tout cela, on peut tirer :
1) que le camp de la majorité présidentielle ne recueille qu'entre 30 et 35 des votants potentiels... ce qui est peu.
2) que les verts voient leur heure venir et profitent de la déliquescence des partis politiques traditionnels en général et du PS en particulier.
3) Qu'il existe un gros bloc, ni veritablement à droite ni véritablement à gauche, regroupant Verts et Modem, et que ce bloc regroupe 25 à 30% des électeurs.
4) et pour finir, que ces élections sont à hauts risques pour l'actuel exécutif, ce qui n'est pas pour me déplaire !
Ecrit par : Bertrand | 06.10.2009
A Vincent
Sur ta tentative visant à dénoircir le tableau, j'avoue ne pas être très convaincu.
Certes, avec 7/8%, le MoDem fait mieux que le NC. Mais cela reste un étiage particulièrement décevant, qui est à peu près celui de la nouvelle UDF... Alors à quoi bon créer le MoDem si c'est pour construire un mouvement électoralement aussi faible que l'UDF ?
Certes, le MoDem a intégré quelques personnalités dignes d'intérêts. Mais je ne suis pas certain que l'arrivée d'une Sylvie Goulard et d'un Robert Rochefort compense réellement les nombreux départs qu'a connu le mouvement bayrouiste. En tout cas, on est très très loin d'un mouvement de rassemblement tel que nous pouvions le rêver jusqu'au soir du 1er tour des présidentielles de 2007.
Sur le scrutin régional, j'applaudirais des deux mains si le MoDem avait initié un rapprochement avec les Verts. Mais ce n'est malheureusement pas le cas. Les regards de François et Marielle sont presqu'exclusivement tournés vers le PS... Et Corinne Lepage, qui prêche pour une alliance démocrates-écologistes le fait dans le désert.
Sur l'erreur historique qui consisterait à n'envisager une alliance qu'avec la droite, elle est peut-être vraie. Mais il est encore un peu tôt pour faire appel à l'Histoire pour trancher la question. Encore une fois, personnellement, je suis loin d'être fermé à l'idée d'une alliance socialiste-centriste. Encore faudrait-il qu'elle se fonde sur autre chose qu'une question tactique conjoncturelle. Si le MoDem souhaite s'allier au PS, c'est principalement car il a bu le bouillon aux européennes et qu'il cherche une bouée pour le prochain scrutin.
A Bertrand
Je crois qu'il est un tant soit peu signifiant de regrouper les forces d'opposition et celles de la majorité. Il n'y a bien sûr peu de chose en commun entre le NPA et le MoDem, mais les électeurs qui porteront leur voix à l'un de ces deux mouvements participent d'une même logique. Au second tour, ils choisiront le vote le plus à même de signifier leur opposition à Sarkozy, et voteront donc PS ou Verts, s'agissant des deux partis qui semblent à l'heure actuelle en capacité de mener des listes au delà du 1er tour.
Nous présentons les choses différemment, mais je partage donc en grande partie tes remarques. A l'exception peut-être du grand risque encouru par Sarkozy. Le bilan risque au contraire d'être - au moins médiatiquement - mitigé. Un PS qui a de grande chance de voir les Verts continuer à lui contester son leadership. Une UMP incapable de transformer ses bons scores de premier tour au second et donc qui risque de regagner qu'une ou deux régions. Un président de la République dont on saura qu'il ne peut compter que sur sa dynamique personnelle et la faiblesse de ses opposants pour espérer gagner en 2012.
Au final, je pense que l'issue du scrutin tiendra essentiellement aux résultats dans quelques régions emblématiques.
En Île-de-France, où une défaite de Huchon face aux Verts signerait un coup de semonce sans précédent. D'autant que cette "défaite" peut aussi s'accompagner d'un effondrement de l'UMP, Pécresse n'étant pas partie pour mener une bonne campagne.
Dans les régions théoriquement très gagnables par l'UMP : PACA, Pays de la Loire, Champagne-Ardenne, voire Alsace. Un échec de l'UMP y serait très difficilement justifiable.
En Poitou-Charentes, où le score de Ségolène vaudra pré-test pour 2012. Une contre-performance pourrait signer la fin de son aventure.
Ecrit par : Bob | 07.10.2009
Bob,
je ne suis pas convaincu (et d'ailleurs je ne le souhaite pas) que la tendance soit à un rapprochement PS-MoDem. Même si médiatiquement parlant, il est évident qu'une rencontre Peillon-Sarnez a une certaine visibilité, j'ai la nette impression que localement le dialogue est beaucoup plus naturel et bien mieux institué avec les Verts qu'avec le PS, et qu'en interne les pressions s'exercent dans ce sens là. Certains intérêts communs ne sont d'ailleurs pas étrangers à cet état de fait !
Ce n'est pas par hasard si par exemple à la dernière grand-messe estivale du Modem, un des invités notables était François de Rugy. Dans mon coin, les verts font des alliances avec le PS, mais quand on observe les votes des élus, ils votent quasiment toujours comme les élus Modem.
En Paca aussi, il semblerait qu'un rapprochement soit en train de s'opérer.
Tout ça pour dire que plus qu'un bipartisme, j'ai plus l'impression qu'on est en train d'assister à un tripartisme :
- un bloc de droite de gouvernement comprenant l'UMP et ses satellites
- un bloc de gauche de gouvernement comprenant le PS et ses satellites
- un bloc "centre-verts", naturellement affilié ni à la droite ni à la gauche.
Ecrit par : Bertrand | 08.10.2009
A Bertrand
Par chez moi, les contacts entre Verts et MoDem sont peu nombreux et s'ils existent, ils doivent être récents. Nos Verts sont plus des gauchistes recyclés que de véritables écologistes.
Après, ta conclusion est séduisante, mais elle me semble plus tenir de la politique-fiction que d'une anticipation de ce qui pourrait véritablement se passer d'ici le printemps prochain.
D'abord, à aucun moment les Verts ne contestent leur positionnement à gauche. S'ils n'excluent pas des alliances avec le MoDem, cela ne remet aucunement en cause leur ancrage à gauche. Le bloc centre-Verts (moi je dirait écolo-démocrate) ne peut-être qu'un sous-bloc du bloc de gauche de gouvernement.
Contrairement au MoDem qui rêvait d'une troisième voie, l'objectif des Verts depuis 1994 n'est pas d'en constituer, mais bien de prendre le leadership, effectif ou au moins programmatique, sur le camp de la gauche. Le fait qu'ils semblent en voie d'abandonner définitivement leur positionnement gaucho de l'ère Lemaire, pour un positionnement plus ouvert, ne signifie en rien que les Verts sont en train de se recentrer. Il n'y a pas que des proches de Nicolas Hulot ou Eva Joly qui les ont rejoints dans Europe Ecologie. Il y a aussi José Bové.
Ecrit par : Bob | 08.10.2009
" L'option d'alliances exclusivement à gauche annihile également tout enjeu "médiatique", la question de l'entre-deux-tours devant très certainement être monopolisée par le rabibochage Verts/PS".
C'est bien vrai. En revanche que tous les électeurs NC votent à droite et tous les MoDem à gauche au second tour... J'en doute
Ecrit par : LCDM | 10.10.2009
A LCDM
Tu as raison pour les électeurs centristes et démocrates. Ce qui renforce encore le côté "hors-jeux" du NC et du MoDem, qui sont deux partis à l'électorat volatile, qui se préoccupera très peu des "consignes" ou stratégies d'alliance. C'est une faiblesse de plus. Ces deux partis n'ont pas réellement prise sur leur électorat, ils n'ont pas su instaurer avec lui un dialogue démocratique construit et incarne une ligne politique trop faible pour que cela incite leurs électeurs à être fidèle à la cause de leur parti. Encore faudrait-il connaître la "cause". Au MoDem, il n'y en a qu'une lisible, permettre à Bayrou d'être dans la course en 2012. Au NC, c'est restaurer l'ancienne UDF, une droite light au côté d'une UMP conservatrice.
Ecrit par : Bob | 10.10.2009
à Bob,
Quand j'écrivais : "le scrutin régional sera peut-être l'occasion de tester, au moins partiellement, une alliance Europe écologie / Modem ", tu as peut-être démoli cette perspective un peu rapidement (cf : http://fr.news.yahoo.com/4/20091010/tts-france-regionales-bayrou-ca02f96.html - Bayrou ouvert à un accord avec les Verts pour les régionales )
J'aime beaucoup la finesse de tes analyses, Bob, mais ton problème, c'est que tu tombes dans les mêmes travers que ceux-là même que tu dénonces ; ton anti-bayrouisme n'a d'égal que dans l'anti-sarkozysme que tu n'es par ailleurs pas le seul à déplorer. Et cela altère quelque peu, du moins à mes yeux, la pertinence de tes propos.
Je t'invite à lire l'entretien que Bayrou a accordé au Monde (http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/10/francois-bayrou-cela-rappelle-l-empire-romain_1252162_823448.html#xtor=AL-32280184) ; j'y ai personnellement trouvé de quoi me redonner un peu d'espoir.
Je regrette parfois la tournure prise par le positionnement du MoDem et sa difficulté à construire concrètement une alternative crédible. Mais tes analyses qui tentent un peu stérilement d'opérer un désenchantement de tout ce qui est fait par Bayrou depuis le second tour de 2007 ne construisent rien. Elles détruisent. Et c'est dommage, car je suis sûr que nos différences ne sont pas plus épaisses qu'un papier à cigarette.
On en reparle un jour autour d'un verre ?? (maintenant que je suis rentré en France...)
Avec toute ma - très sincère - amitié
Vincent
Ecrit par : Vincent | 10.10.2009
A Vincent
Sur l'alliance avec les Verts, je crois que Bayrou et Sarnez ont véritablement raté le coche. D'abord pendant la campagne des européennes où ils n'ont pas su tenir un discours la rendant possible en répondant de façon peu habile aux provocations de Dany. Ensuite, à l'issue du scrutin, pendant l'été et à la rentrée, où ils ont fait de l'alliance avec le PS le principal enjeu du MoDem pour les régionales.
D'autres au MoDem comme Corinne Lepage, prêchait une autre ligne. On ne peut pas dire que Bayrou les ait soutenu et mis en avant. Qu'il ne ferme pas aujourd'hui la porte me semble plus une conséquence du bon score d'Europe écologie dans les Yvelines et dans les premiers sondages. Bayrou ne pensait pas que le score écologiste des européennes pourraient être itérer aux régionales. Maintenant qu'il constate que la dynamique verte n'est pas morte, il est bien obligé d'en tenir compte.
Maintenant, cette ouverture du MoDem aux Verts reste assez peu construite. Elle s'appuie essentiellement sur le constat d'un électorat partagé, et stigmatise les différences entre MoDem et Verts plus qu'elle n'insiste sur les convergences. Et le problème du MoDem reste toujours le même, à être ouvert à tous et à tout, il perd toute lisibilité quant à son propre positionnement. Tant qu'il n'aura pas le courage d'assumer une nouvelle alliance privilégiée avec un autre parti, le MoDem se résumera pour l'électeur à un outil de pré-campagne présidentielle de 2012, n'attirant les suffrages que des bayrouistes.
Après sur mon anti-bayrouisme, je ne crois pas être aussi net que tu le penses. Je conserve de l'estime pour Bayrou, mais je ne le place pas au dessus des autres. Je le crois aussi politicien, tacticien que la plupart des hommes politiques, en particulier ceux qui visent les plus hautes fonctions. Ce qui me gène particulièrement, c'est qu'il entretient l'idée du contraire et en fait des tonnes sur la posture morale et à la limite désintéressée qui serait la sienne. Et avec son virage tactique à gauche, je le crois de plus en plus éloigné de la sincérité de convictions qui faisait la force de sa démarche depuis 1998. Et cette posture et ce virage étant l'essentiel de son offre politique actuelle, j'ai effectivement bien du mal à trouver des points positifs dans le bayrouisme d'aujourd'hui.
Cela dit, lors de la constitution des listes aux européennes, j'ai salué la qualité de la composition des listes. Elles constituaient sans conteste la meilleure offre en termes de futurs élus, Kahn mis à part, et portait théoriquement un message que je partageais très très largement. Mais une fois encore, c'est bien Bayrou qui a gâché cette aventure par laquelle j'étais sur le point de laisser séduire. En axant sa campagne sur l'antisarkozyme, en tentant de transformer ce scrutin en test pour 2012, et en mettant par conséquent à l'arrière-plan l'engagement européen et fédéraliste de son mouvement, il m'a une nouvelle fois profondément déçu.
Alors voilà, plus qu'un discours ou un entretien, j'attends l'acte politique de Bayrou qui me permettrait de penser qu'il n'est pas avant tout obsédé par cette foutue échéance de 2012. Qu'il est prêt à sacrifier un peu de son ambition pour véritablement faire avancer les idées qui ont fondées le centre dans ce pays.
Ecrit par : Bob | 10.10.2009
L'échéance de 2012 est cependant cruciale.
Il faut cesser de dire que Bayrou a nui à ce qu'on appelle le centre dans ce pays. Une déception peut venir de ce qu'il n'a pas fait bénéficier le centrisme de sa plus-value personnelle mais c'était impossible. Ce qu'il disait en 2007 reste vrai : dans le système politique français actuel, seule la victoire à l'élection présidentielle peut rendre possible une nouvelle organisation.
Or le PS n'est plus en mesure d'apporter une alternative crédible. Le seul opposant à avoir une stature présidentielle est Bayrou, qui vient du centre. Ne boudons pas notre plaisir !
Pour ma part j'ai toujours milité au centre (CDS, UDF...) par défaut, sans enthousiasme, presque en désespoir de cause. Et voilà que le centre est en mesure de l'emporter. Le centre, non, mais Bayrou.
Alors moi je mise tout sur lui. Attention, pas par idôlatrie ! C'est un choix raisonné.
Ecrit par : Christine | 11.10.2009
à Bob,
Don't act. Il est vrai que tu avais salué la composition des listes MoDem aux européennes, et notamment certaines têtes de liste. Et je partage ton point de vue : la campagne européenne, que Bayrou a systématiquement cherché à recentrer sur son opposition à Sarkosy a été décevante.
Mais, Bob, essayons de ne pas voir que les aspects négatifs de la situation actuelle. Vouloir faire émerger un centre indépendant après 2007 était peut-être une chimère, mais c'était méritoire, et on peut espérer, comme Christine, qu'une victoire de Bayrou en 2012 (ou d'un autre candidat placé sur un positionnement semblable) peut casser la logique de la bipolarisation qui a stérélisé les efforts du MoDem depuis sa constitution.
A l'évidence, le pari de Bayrou en 2007 était risqué, et même si les déceptions étaient inévitables, il y a dans l'aventure du MoDem un certain panache, qui donne - qui me donne - envie d'y croire encore.
Vincent
Ecrit par : Vincent | 12.10.2009
A Christine et Vincent
Je vous suivrais si je croyais que François Bayrou était en mesure de gagner en 2012. En fait, je considère cette option comme caduque depuis la campagne de 2007.
En 2007, justement, l'hypothèse était devenue possible. Jamais le centre n'a été aussi proche d'atteindre le second tour. Il avait pour lui une dynamique positive, alors que par le passé, les bonnes expériences (Poher, Barre) se sont toujours traduites par de fortes intentions de votes au départ s'étiolant tout au long de la campagne. Mais alors que cela était possible, les Français en ont décidé autrement. Ils ont une nouvelle fois confirmé leur acceptation d'un système bipolaire, opposant deux camps, et n'ont pas laissé la place à une troisième voie.
S'il était encore possible de douter au soir du 1er tour, toutes les élections suivantes ont confirmé ce choix.
Dès les législatives, puis aux municipales, le MoDem n'a pas retrouvé le score de Bayrou à la présidentielle, mais s'est au contraire "coulé" dans celui de l'UDF d'après 2002. Dès les législatives, les Français, entre les deux tours, ont fait appel au PS pour équilibrer la majorité de Sarkozy annoncée écrasante au vu des résultats du 1er tour. Ils n'ont pas cherché une troisième option.
Même chose aux européennes de juin dernier, ou plutôt que d'adouber Bayrou comme troisième homme, voire comme meilleur opposant à Sarkozy, ils ont été cherché dans le camp de la gauche les forces d'alternance en votant PS et Verts.
Si François Bayrou n'avait pas quitté son camp, il en serait peut-être autrement. C'est son rejet du système bipolaire (qui est bien distinct d'un système bipartisan) qui rend l'aventure bayrouiste suicidaire. Une UDF libre et indépendante qui maintenait une alliance privilégiée avec la droite pouvait constituer un jour une alternance crédible. Un MoDem libre et indépendant rejetant toute alliance n'avait aucune chance de le devenir. Tout simplement car nos institutions sont profondément tournées vers le bipolarisme.
Et aujourd'hui, il est bien tard pour rejoindre le camp de la gauche, alors que celui-ci se trouve déjà réoxygéné par la montée des Verts. Les électeurs de gauche n'iront certainement pas chercher chez Bayrou et dans le MoDem la respiration démocratique à laquelle ils aspirent pour compenser la déliquescence du PS, alors que les Verts leur offrent cette possibilité. Qui plus est avec une ligne politique écologiste lisible, pendant que le MoDem n'a que sa chimérique "troisième voie" à servir pour tout programme politique.
Et pourtant, pour gagner en 2012, il faudrait bien que Bayrou et le MoDem constituent une alternance crédible au sein de l'un des deux grands camps. Et malheureusement, aujourd'hui, l'espace politique disponible n'est plus à gauche mais à droite. A gauche, l'électeur dispose déjà d'une palette très complète, allant du NPA en passant par les Verts et Ségolène Royal à DSK. A droite, il n'y a que Le Pen et Sarkozy. Peut-être Villepin. Au-delà des questions de fond, c'est donc stratégiquement à droite qu'il reste un espace politique pour le centre.
Ecrit par : Bob | 12.10.2009
Attention, aux législatives, aux municipales, aux européennes, c'est le MoDem qui était proposé, et il a obtenu peu ou prou le même taux que l'UDF, ce qui correspond au socle centriste.
Mais à l'élection présidentielle, c'est Bayrou qui se présentera. Et c'est sa personnalité qui fera la différence. Citez une personnalité à gauche qui puisse émerger ? Et chez les Verts ?
Vous dites que le PS est réoxygéné par les Verts ? Non, il est ridiculisé, atomisé. Le PS avait réussi à être au 2nd tour en 2007 grâce à un sursaut et une campagne alarmiste après le traumatisme de l'éviction par Le Pen à la précédente présidentielle. Mais ces réflexes joueront de moins en moins. Les vieux militants inconditionnels se font de plus en plus rares. Le PS agonise.
Et puis les verts accepteraient-ils de voter Ségolène Royal ou Martine Aubry ? Ou même Strauss-Kahn ?
Non, Bayrou a une vraie chance en 2012, plus qu'en 2007.
Bayrou ne se réduit pas au Modem (heureusement...), il est un leader bien au-delà du Modem. Et c'est lui qui fait la force du Modem, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, parfois sincèrement et naïvement, mais souvent avec mauvaise foi.
Ecrit par : Christine | 13.10.2009
A Christine
Aux municipales, Bayrou était candidat à Pau. Et même si le contexte ne lui était pas facile, sa stature nationale aurait du faire la différence. Même chez lui, le bon score de la présidentielle ne s'est pas répété.
Aux européennes, il a également monopolisé la campagne. Aucun autre leader MoDem n'a été mis en avant. Avec le bilan que l'on connaît. Bayrou, ce n'est pas uniquement le MoDem, mais a contrario, le MoDem, ce n'est que Bayrou.
Je ne dis pas que le PS est réoxygéné par les Verts. Mais bien le camp de la gauche. C'est différent. Le PS peut bien être mal en point, les Français ne vont pas chercher "au milieu" une alternative. Il la trouve à gauche.
Quant à un leader crédible pour le PS, je crois qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours... Qui pensait que Ségolène Royal serait candidate deux ans avant la présidentielle de 2007 ? Et si l'on remonte dans le passé, qui prédisait que Jospin serait en tête au 1er tour en 1995, deux ans après sa débâcle humiliante de 1993 ? Le PS est encore loin de l'agonie. Il a bien plus de ressources qu'on le pense. Ne serait-ce que parce qu'il est le pilier de l'un des deux grands camps politiques, c'est un parti "insubmersible", fort d'un important réseau d'élus, qui incarne quelques valeurs lisibles pour l'électeur. Son seul problème est celui du leadership. Il ne sera pas simple à régler, mais les socialistes ne seront pas hors-jeux en 2012.
Quant au report des voix vertes au second tour, il est quasi assuré pour le PS. Voter Verts, c'est un vote de gauche, il n'y a pas d'ambiguïté là dessus.
Ecrit par : Bob | 13.10.2009
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