14.07.2009

Parlement européen : 6 députés MoDem inutiles ?

Depuis hier, le Parlement européen tient sa première session à Strasbourg. Si tous les postes ne sont pas encore officiellement attribués, on peut désormais jauger l'influence des uns et des autres, et l'utilité d'avoir voté MoDem, UMP, PS ou Europe Écologie lors des dernières élections.

pse_ppe_eldr.pngPremière donnée, la coalition. Finalement, il s'agit d'une très grande coalition, associant les conservateurs du PPE, les soc-dem du S&D (socialistes européens et démocrates italiens) et les libéraux de l'ADLE (dont le MoDem est membre). Cet accord technique va permettre au PPE de co-gérer avec ses alliés le Parlement européen pendant la législature. Il ne constitue pas une alliance politique, même si faire partie ou non de cette coalition est tout de même un signe de l'Europe que l'on souhaite. Clairement, PPE, PSE (S&D) et ELDR (ADLE) ont fait le choix du maintien d'un modus vivendi consensuel, plutôt que d'opter pour un parlement géré par une majorité et une opposition politiques claires, sur un mode droite/gauche. J'ai tendance à me réjouir de ce maintien de la recherche du consensus, qui correspond bien à l'esprit européen, même s'il est certain que cela continuera à rendre peu lisible le fonctionnement du PE pour les citoyens qui lui appliqueront pour la plupart une grille de lecture nationale.

_beres_fabius.pngDans le partage des rôles quelques bonnes nouvelles. D'abord, la députée française fabiusienne Pervenche Bérès, perd sa présidence de commission. Si Pervenche a de remarquables qualités intellectuelles, je suis très content que cette fervente européenne passée dans le camp du Non en 2005, comme un caniche au bout de sa laisse suit son maître, se retrouve ainsi le symbole de la perte d'influence des socialistes français au PE. _lama_sarko.pngA contrario, Alain Lamassoure obtient la présidence de la commission des budgets. Voilà un monde bien fait, où la traitresse est finalement punie de ses fautes et, celui qui est toujours resté fidèle à ses convictions, enfin récompensé pour son travail en faveur de l'Europe.

_sharon-pde.pngCôté ADLE, c'est une lib dem, Sharon Bowles, qui récupère la commission "économique et monétaire" de Bérès. Contrairement à la légende sarnezo-bayrouiste qui présentait l'ADLE comme un groupe de gentils centristes limite à gauche, cette députée britannique n'a rien d'une modérée, mais est belle et bien une vraie libérale. Elle est somme toute le symbole de l'extrême marginalisation du MoDem au sein du PE. Avec le départ des démocrates italiens dans le groupe commun qu'ils ont fondé avec le PSE, le MoDem est la dernière délégation à représenter le Parti démocrate européen au sein de l'ADLE. Le groupe est désormais très nettement dominé (mais il l'était déjà très largement durant la précédente législature) par les libéraux qui ont pris pour la plupart d'entre eux un chemin politique inverse à celui du MoDem, en étant des alliés des démocrates-chrétiens et conservateurs.

Et le MoDem n'a pas fini d'avaler les couleuvres. En effet, l'un des principaux points (implicites) de l'accord PPE-S&D-ADLE est qu'aucun de ses groupes n'empêchera le maintien de José-Manuel Barroso à la tête de la commission européenne. Et voici l'ADLE, qui vient d'élire comme président de groupe Guy Verhofstadt, qui s'apprête à laisser passer, laisser faire.

_dany_stop_barroso.pngIronie de l'histoire, si vous vouliez voter utilement pour l'Europe et contre Barroso, il fallait décidément voter Europe Écologie. Le groupes des Verts/ALE reste le seul à s'opposer vigoureusement et unitairement à la "réélection" de Barroso.

Une fois de plus, la stratégie de l'isolement du MoDem montre ses limites. Dans sa recherche de pureté fédéraliste, l'UDF avait quitté le PPE qui avait pris la décision d'accueillir les conservateurs britanniques eurosceptiques au sein de son groupe. Aujourd'hui, les tories ont quitté le groupe du PPE, le Partito democratico a rejoint le PSE, et le MoDem se retrouve au sein d'un groupe libéral qui penche de plus en plus sérieusement à droite... Quelle cohérence idéologique ? Quelle efficacité politique ? Double zéro pointé.

Ironie de l'histoire, c'est bien l'UMP qui permet à un centriste, Alain Lamassoure, d'obtenir la présidence d'une commission importante.

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