08.07.2009
« Centristes cherchent UDF, désespérément »
La dernière chronique de Jean-Louis Bourlanges parue dans l'Expansion.
Deux France
Jean-Louis Bourlanges est professeur à l'IEP de Paris - 01/07/2009
Tout semblait les rapprocher : une robuste allergie au sarkozysme, une aversion commune pour les grands et mornes appareils de la gauche établie, de vieux combats partagés pour une Europe différente, le goût des voies traversières. Mais il a suffi d'un débat, d'un échauffement, d'une passe d'armes, pour que François Bayrou et Dany Cohn-Bendit apparaissent pour ce qu'ils sont vraiment : les figures emblématiques de deux France qui se comprennent mal et ne s'aiment guère.
C'est l'histoire de celui qui croyait au ciel et de celui qui n'y croyait pas. Ou encore, plus sociologiquement, de celui qui avait un tracteur et de celui qui n'en avait pas. D'un côté, un gars de chez nous, qui ne dédaigne pas le béret, qui fleure bon la France de toujours, accroché à son village et à ses pâtures, élevé entre l'église, l'école et le monument aux morts. De l'autre, un homme aux semelles de vent, un cosmopolite qui atterrit en France une fois sur deux, des amis partout, des racines nulle part. Pour l'un, la France est une mémoire, pour l'autre, une liberté. A Strasbourg, François avait apprécié Dany comme un produit exotique, le compagnon d'une bonne soirée un peu canaille. Pour le reste, c'était un martien, étranger au combat des vrais hommes politiques, sur le seul terrain qui compte, le sanctuaire national, et pour le seul enjeu qui vaille, la présidence de la République.
Et patatras, voici que d'affreux sondages, un agencement humiliant du débat télévisé et la hideuse familiarité de son interlocuteur (« On ne tutoie pas le président de la République », disait Gaston Doumergue à des amis irrespectueux) retranchent brutalement Bayrou de la cour des grands, le ramènent à son étiage et l'enferment dans un combat réducteur contre un histrion libertaire. Trop. C'était trop. C'est qu'elle vient de loin, l'indignation de François Bayrou. Là où Sarkozy nous amuse d'une critique rhétorique de Mai 68, le président du MoDem s'attaque à la racine du mal.
Il distingue le péché originel, dénonce en Dany le serpent de la damnation et suggère que la faute première ne s'efface jamais. Le crime de Mai 68 est là, intact et sacrilège. Bayrou refuse la prescription, et cette sévérité sonne comme un appel au secours à droite. Malheureux clin d'oeil qui ruine en un instant la complicité grandissante du MoDem et de la gauche. Le rêve vole en éclats d'une fédération antilibérale des amis du tracteur, de la poste et de l'université réunis. Le drame du MoDem, c'est que l'idéologie française, comme la qualifie Bernard-Henri Lévy, porte à la dénonciation du marché, au scepticisme européen et à un culte exacerbé de l'exception française. Cette horreur du libéralisme vous arrache du centre, vous met à la droite de la droite, quelque part entre Uriage et les Chantiers de jeunesse, et à la gauche de la gauche, du côté du ressentiment anticapitaliste et altermondialiste.
Le 4 juin, les téléspectateurs ont compris qu'il ne suffisait pas d'être antilibéral pour tenir politiquement debout. Le 7, avec la victoire de Nicolas Sarkozy et de Dany Cohn-Bendit, libéralisme bien tempéré et ambition européenne ont repris des couleurs. Il leur reste à s'incarner dans un parti. Ni l'UMP ni les Verts ne sauraient y prétendre pleinement. Une petite annonce s'impose : « Centristes cherchent UDF, désespérément ».
22:07 Publié dans Centrisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bourlanges, udf, modem, cohn-bendit, bayrou, sarkozy, européennes, élections






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Commentaires
j'aime assez l'analyse :)
Ecrit par : KaG | 11.07.2009
Le moderne de la ville ( donc le gentil ) contre le vieux plouc ( le méchant, bien évidemment )
Je m'attendais à mieux de la part de monsieur Bourlanges.
Tant pis
Ecrit par : Teo Toriatte | 13.07.2009
Le texte de Bourlanges est, certes bien écrit (le bonhomme est doté d'une jolie plume), mais d'un vide absolu et très décevant.
J'ai l'impression de retrouver à chaque fois les mêmes faiblesses dans les chroniques de J.L.B. Les effets de style et les références un peu faciles ("C'est l'histoire de celui qui croyait au ciel et de celui qui n'y croyait pas. Ou encore, plus sociologiquement (!!!) , de celui qui avait un tracteur et de celui qui n'en avait pas." y masquent le peu de fond.
Et tout cela pour finir par cette phrase assez incroyable "Le 7, avec la victoire de Nicolas Sarkozy et de Dany Cohn-Bendit....". Eh, oui, on a bien lu "... la victoire de Nicolas Sarkozy...." ! Incroyable, non ?
Ecrit par : Bertrand | 14.07.2009
Moi je trouve cela assez bien senti. Peut-être que si l'on est fan de Bayrou, on n'en reste qu'aux figures de styles et au portrait plein d'ironie de l'homme au tracteur.
Mais JL Bourlanges saisit bien les contradictions qui meuvent François Bayrou. D'un côté tout l'engage à grande proximité avec Dany, et de l'autre sa rupture avec les valeurs centristes, l'attire vers un populisme terrien. Il parle au contraire de fond, des vertus du libéralisme, que Bayrou est en train de sacrifier pour aller draguer, sans succès, les électeurs du PS.
Je crois aussi qu'il saisit particulièrement bien, et le résume en quelques lignes efficaces, ce qui a pu pousser Bayrou à réagir aussi connement face à DCB.
Enfin, sur la victoire de Sarkozy, elle est réelle. C'est une évidence que Sarko est l'autre grand gagnant de ces élections. L'UMP a ouvertement fait campagne sur le bilan de Sarko et en mettant en avant sa personnalité. Force est de constater que cela n'a pas engendrer la réaction de rejet que MoDem et PS réuni ont subi à leur dépens.
Ecrit par : Bob | 14.07.2009
Pour abonder dans le sens de la dernière remarque de Bob, sur les marchés en mai dernier, les futurs électeurs UMP disaient : "Je vote Sarkozy", et pas "je vote Françoise Grossetête" ou "UMP" ou "Majorité présidentielle"... Ou alors était-ce un contrecoup de la campagne qui personnalisait beaucoup le "duel" Bayrou-Sarkozy ?
Ecrit par : Fulrad | 16.07.2009
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