13.06.2009

Centre : des nouvelles boutiques à faire fructifier aux régionales

L'éclatement progressif de l'UDF continue d'accoucher de nouvelles formations politiques. Ce week-end, Jean Arthuis entamera la mutation de son association "Rassembler les centristes" en parti politique. La semaine prochaine, ce sera au tour de Christine Boutin de ripoliner son Forum des républicains sociaux, créé en 2001, pour en faire le "Parti chrétien-démocrate". Un "coming-out" comme elle dit... Un frémissement qui s'inscrit dans la préparation des régionales où l'UMP souhaite capitaliser sur ses partenaires pour jouer la carte de l'ouverture.

Arthuis ouvre sa boutique

Logo-Rassembler-les-centris.pngDepuis fin mai, Jean Arthuis a passé une vitesse. Il a en effet annoncé à ses adhérents qu'il souhaitait modifier les statuts de l'association "Rassembler les Centristes" en un véritable parti politique. Deux étapes à venir : un conseil d'administration qui se tient aujourd'hui adoptera le principe d'une révision des statuts, et un rassemblement le 27 juin achèvera la procédure avec l'adoption d'une nouvelle dénomination pour le mouvement. La démarche d'Arthuis vise rien de moins que de ressusciter l'UDF. En effet, sa nouvelle chapelle sera conçue sous la forme d'une confédération politique, dont Rassembler les centristes ne constituerait que l'un des piliers à terme.

Le succès de l'entreprise repose sur deux échéances. La première est le remaniement ministériel, que Nicolas Sarkozy a judicieusement positionné 3 jours avant le grand rassemblement d'Arthuis. Ainsi, si Michel Mercier est nommé au gouvernement, il pourra tranquillement rejoindre la boutique d'Arthuis, dans laquelle il a déjà un pied, en tant que co-fondateur de l'association locale du Rhône menée par Muguette Dini. Deuxième rendez-vous fondateur : les élections régionales.

Des primaires de la majorité pour les régionales...

carte-regions-UMP.pngL'UMP et Sarkozy comptent transformer le comité de liaison, présidé par Jean-Claude Gaudin, qui réunit régulièrement les partis de la majorité présidentielle, en une alliance électorale dans la perspective des régionales. Ainsi, les investitures conclues par l'UMP à l'issue de primaires internes, devraient se doubler d'un nouveau tour de piste ouvrant la course aux autres formations de la majorité. A priori, la chose se déroulera en deux temps. D'abord la conclusion d'une alliance où les autres formations de l'UMP se rangeront gentiment derrière certaines têtes de liste déjà investies en échange de places éligibles. Pour la seconde, rien n'est calé, mais l'idée d'organiser une nouvelle série de primaires ouvertes à l'ensemble des formations de la majorité fait son chemin.

Cette démarche aurait l'avantage d'occuper le terrain médiatique, de prendre le PS de court par une procédure démocratique dont il discourt depuis 2002, de donner de la visibilité aux partis frères et par là-même de capitaliser sur l'ouverture de l'UMP en amenuisant son image de parti hégémonique. Reste à éviter la foire d'empoigne, ce qui parait possible grâce à la première étape, qui fixera les règles du jeux en attribuant a priori telle ou telle région à l'une des formations, et une sortie honorable pour les candidats déjà investis qui devraient céder leur place aux cousins.

Le revirement de Sarkozy sur la compatibilité entre un portefeuille ministériel et une candidature en tête de liste aux régionales va dans ce sens. Des 8 ministres UMP qui s'y sont engagés, plusieurs devraient préférer conserver un maroquin à une victoire hypothétique aux régionales. D'autant que selon les experts UMP, seules 4 régions sont gagnables.

Un rassemblement élargi à Arthuis... et au PRG ?

baylet-sarko.pngMais si elle veut rendre crédible ce rassemblement, l'UMP a besoin de l'élargir en apportant de nouvelles formations. Si le Nouveau Centre négocie depuis des mois une place de choix aux régionales, il conserve une image de parti des traitres à Bayrou, qui gâche le signe d'ouverture que constituerait sa participation aux listes de la majorité.

Aussi Sarkozy se réjouit-il à l'avance de pouvoir ajouter à son escarcelle la petite formation centriste qu'Arthuis est en train de constituer. Renforcée par l'arrivée d'un Mercier et constituée dans un contexte où le MoDem aura du mal à refaire le coup du départ des traitres, le parti d'Arthuis donnera une touche "100% vrais centristes" à l'équipée sarkozyste. De plus, il dispose d'un poids électoral non négligeable dans l'une des régions gagnables, les Pays de la Loire, où son département de la Mayenne reste pour ainsi dire le seul bastion du grand Ouest démocrate-chrétien. Toutes les autres places fortes, flirtent durablement ou épisodiquement avec le PS. Avec la Vendée villieriste, il est donc l'une des clés pour un retour de la droite à la tête de l'exécutif régional.

Parallèlement, Sarkozy négocie avec Jean-Michel Baylet et le PRG. Oubliée par le PS aux européennes, force d'appoint indispensable à Sarkozy pour l'adoption de la révision de la Constitution, la gauche cassoulet se laisse gentiment draguer par l'UMP. On parle de l'entrée au gouvernement d'un radical de gauche. Reste que le PRG doit quand même l'essentiel de son implantation électorale, qu'il s'agisse des parlementaires ou des élus locaux, à la bienveillance du PS. Aussi, il semble assez peu probable que Baylet réussisse le tour de force de faire prendre le risque à son parti, presqu'exclusivement composé d'élus, de se fâcher avec le PS pour tenter une aventure assez folklorique avec l'UMP. Le plus probable est certainement la conclusion d'alliances au niveau régional, comme en Corse, où il se dit que les pourparlers vont déjà bon train.

Boutin ripoline sa boutique

boutin.pngDernier "événement" de la galaxie centriste plus ou moins alliée à l'UMP, avec l'initiative de Christine Boutin. En passe de quitter le gouvernement bien qu'elle n'ait pas l'assurance de conserver la présidence du CG des Yvelines qu'elle exerce par intérim depuis la condamnation de Pierre Bédier (UMP), Christine Boutin tente de revigorer la petite formation catho qu'elle a créé en 2001. Au placard les appellations cache-sexe, la Boutin souhaite désormais s'assumer et renommer son parti en Parti démocrate-chrétien.

Boutin ne pèse pas grand chose, et ne pèsera certainement toujours que presque rien, mais elle compte ainsi capter une partie des villieristes déçus du score de leur champion aux européennes. Et pour le futur PDC, comme pour tout groupuscule, quelques dizaines de militants et d'élus, c'est toujours une bonne manne à prendre. Surtout si Boutin quitte le gouvernement, ce qui lui permettra de reprendre sa liberté de paroles et ainsi de peser plus certainement par son petit pouvoir de nuisance sur l'UMP. Et on l'a vu avec le NC aux européennes, il suffit d'être en capacité de mobiliser quelques pour cents de l'électorat pour être en capacité de négocier avec le grand frère quelques places éligibles.

L'UMP assèche son camp, face à un PS qui devra composer avec ses dissensions et les concurrents de son camp.

carte-Verts-PS.pngVoilà. A ceux qui posent régulièrement la question des réserves de voix dont aura besoin l'UMP pour gagner aux régionales au second tour, le parti présidentielle commence à apporter sa réponse. Il poursuit sa stratégie d'assèchement à ses marges, pour concentrer le plus largement possible son socle électoral naturel dès le premier tour. L'idée est de réitérer un score autour de 30% avec un net écart face au PS.

Un PS que l'UMP espère sérieusement handicapé par un double exercice très périlleux. D'une part, celui de constituer des listes respectant les équilibres internes du PS et compensant le déséquilibre issu de son échec aux européennes qui a désavantagé certains courants. D'autre part, celui de donner des places à ses alliés naturels (PCF, Verts), de limiter leur propension à faire fructifier en solo leur bon score aux européennes avec un retour du Front de Gauche et d'une alliance écologiste élargie à la société civile. Ce dernier défi semble le plus difficile à tenir, et ne devrait s'opérer qu'entre les deux tours, avec la constitution d'alliances artificielles qui devront aussi composer avec les quelques pour cents du MoDem, et avantageront sans nul doute les listes UMP arrivées largement en tête.

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Commentaires

et si tu répondais à mes com' ? ;-)

Ecrit par : LCDM | 13.06.2009

C'est fait. Désolé, mais je voulais prendre le temps d'y réfléchir hier, surtout sur ton com sur l'intelligence des centristes. Et aujourdh'ui j'ai zappé...

Ecrit par : Bob | 13.06.2009

Vous affichez une vraie crédulité de tout ce qu'on raconte dans le Figaro?! ce n'est pas comme ça qu'on peut tenir de bonnes analyses politiques: le parti (Assoc) d'Arthuis ne pèse rien....et le Modem n'est pas quelques %. Le PS est toujours bien servi par les électeurs aux régionales!
Tout cela ne cache pas la grosse défaite aux européennes de votre camp sarkosyste. l'Ump a bien du mal, je vois à se rendre à l'évidence...12% des électeurs pschittttt....

Ecrit par : Capucine | 16.06.2009

Le parti d'Arthuis pèse du poids de 15 sénateurs. Le MoDem ce n'est que 3.29% des inscrits, à peine 8.5% des suffrages exprimés. Pour passer le 1er tour, il faut faire 10% aux régionales. Le MoDem risque donc d'être dans bien des régions seulement en capacité de fusionner avec une autre liste du 1er tour. Les Verts, s'ils arrivent à conserver la dynamique des européennes, seront en capacité de se maintenir. Ce qui constitue une force de pression non négligeable sur le PS.
Un PS qui devra convaincre des Verts de ne pas se maintenir et intégrer des Front de Gauche avec lesquels il aura besoin de fusionner (le PC conserve un poids significatif dans certains départements), se souciera assez peu de l'électorat volatile d'un MoDem qui ne pourra pas se maintenir.
D'autant qu'aux municipales, le PS a eu la démonstration que fusion ou pas fusion, il récupérait toujours à peu près la même quote-part de l'électorat MoDem.
Si le MoDem ne rebondit pas d'ici là, il ne sera effectivement que quelques % la plupart du temps inutiles politiquement.

Ecrit par : Bob | 16.06.2009

voilà bien une affaire: peser du poids de 15 sénateurs..on ne parle pas de la même chose, les sénateurs ne sont pas des militants! il faut des militants et des adhérents pour mener et gagner une campagne. Et ce n'est pas JeanArthuis qui n'a jamais su abaisser les yeux sur aucun des adhérents qui l'auraient apprécié, qui sera capable d'agréger autour de lui autre chose que des opportunistes. Sa grande prétention et la haute idée qu'il a de sa personne (peut-être justifiée?) en font un homme seul.
par ailleurs les verts savent très bien que leur score ne se renouvellera pas de sitôt en scrutin national: ils négocieront des places comme lors de dernières régionales et cette fois pour la moitié des postes! Le PS dans ce cas de figure là a besoin encore d'autres formations pour l'emporter sur De Villiers+ UMP+ FN!

Ecrit par : Capucine | 16.06.2009

Les Verts ont déjà décidé le we dernier de constituer des listes autonomes. De plus même s'ils ne font pas 16.5% aux régionales, ils gardent des chances de dépasser les 10% dans un certain nombre de régions et l'assurance de dépasser les 5% (nécessaire pour fusionner) dans la très grande majorité d'entre elles. Ils n'ont donc pas grand chose à perdre à partir seul et au contraire tout à gagner s'ils renouvelle le succès de la semaine dernière.

Sur Arthuis, tu as en partie raison. Il n'a aucune chance de créer un parti de masse. Mais, bon, avec 40 ou 50 000 militants, le MoDem est aussi très loin d'être une machine de guerre électorale aussi efficace que l'UMP ou le PS. J'ai même peur que cela donne à Bayrou l'image d'un homme de parti, alors qu'il était auparavant perçu comme un homme libre.

Et puis en politique tout ne se joue pas seulement à la présidentielle. Avec 15 sénateurs, Arthuis a bel et bien du pouvoir au Sénat. Et jusqu'en 2012, il en a bien plus que Bayrou, qui ne détient aucun levier d'action politique.

Ecrit par : Bob | 16.06.2009

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