10.06.2009

Guy Verhofstadt, candidat de compromis

Le compromis est loin d'être trouvé, mais l'idée de désigner Guy Verhofstadt à la tête de la Commission européenne commence à faire son chemin. Revue des bonnes raisons qui pourraient amener un libéral à la tête du "gouvernement" européen :

1. Barroso n'a pas fait ses preuves. Par son manque de dynamisme, son aplat-ventrisme face au Conseil, Barroso manque de véritables soutiens parmi les membres du Parlement européen. Même au sein du PPE (centre-droit), bien des députés lui reprochent de faire systématiquement le jeu des Etats et de ne pas s'appuyer suffisamment sur le Parlement pour soutenir une politique européenne ambitieuse. Barroso n'incarne pas l'intérêt de l'Union européenne, mais bien celui des Etats. Il contribue donc à déséquilibrer le "triangle institutionnel" qui fonde le fonctionnement des institutions européennes : un Parlement incarnant l'intérêt des peuples, un Conseil celui des Etats, et une Commission l'intérêt général de l'Union.

2. Barroso incarne, à tort, une Europe libérale. Même s'il n'est pas franchement plus libéral que ses prédecesseurs, Barroso s'est laissé enfermer par les socialistes dans le difficile rôle du bouc émissaire. A l'heure de la crise, il colle assez peu avec le revirement dirigiste/économie sociale de marché qu'ont pris les gouvernements.

3. Barroso fait un peu trop savoir qu'il est candidat. A force de répéter presque tous les jours qu'il est candidat et qu'il est soutenu par une majorité de gouvernements, Barroso donne le sentiment depuis plusieurs semaines que son maintien en fonction est joué d'avance. En fait, cela traduit surtout qu'il en est tellement peu assuré qu'il cherche à forcer les chefs d'Etat et de gouvernement à s'engager publiquement en sa faveur. Mais qui s'est senti forcé de soutenir, se sent libre de tout engagement. Quelles que soient les déclarations répétées de plusieurs dirigeants européens, Barroso reste sur la scellette et peut très bien être éjecté de la course à la candidature.

4. Les gouvernements commencent à instiller le doute. Depuis le scrutin, les déclarations des chefs de gouvernements vont toutes dans le même sens : Barroso est le seul candidat, il n'existe pas d'alternative. En termes diplomatiques, c'est ce que l'on appelle un soutien mou. Nul ne dit avec force qu'il est le meilleur candidat, ni même qu'il est le plus crédible. Tous ou presque se bornent à constater qu'il n'en existe pas d'autres... pour le moment ? Ajouter à cet enthousiasme relatif une déclaration de Merkel reconnaissant que la désignation de Barroso sera "difficile", et vous comprenez que d'autres options sont à l'étude.

5. Verhofstadt en recours. Pas ouvertement candidat, libéral (ce qui assure le soutien de l'ELDR au Parlement), modéré, éloigné de la vie politique nationale belge, citoyen d'un Etat-membre de taille moyenne, Verhofstadt a encore deux atouts. D'abord, il est également ouvertement soutenu par les Verts, une partie du PDE et de l'ELDR voire le PSE. Ensuite, il a déjà obtenu un quasi consensus parmi les Etats en 2004, si ce n'est le veto que Tony Blair a opposé à sa nomination. Aujourd'hui, il est le meilleur compromis possible.

6. Verhostadt rend possible un double compromis. A la tête de la commission, il rend possible la conclusion d'une coalition au Parlement européen entre le PPE, l'ELDR et le PSE ou les Verts. Elle se traduirait vraisemblablement par une présidence du Parlement avec une alternance à mi-mandat. Un début de mandat pourrait être confié au PSE ou aux Verts, la fin de mandat au PPE, ce qui lui laissera le temps de s'accorder sur un nom.

Trackbacks

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Commentaires

Salut Bob

Ben oui, très bonne candidature. Je ne vais pas dire le contraire, bien sûr. Très bons arguments aussi...

Ecrit par : L'Hérétique | 11.06.2009

D'ailleurs l'ASDE pourrait également le soutenir.

Bob, juste pour être honnête, qui a mis la candidature de GV sur le tapis ?

Ah oui, ceux qui ne parlaient pas d'Europe ...

Ecrit par : Claudio Pirrone | 11.06.2009

A L'Hérétique

Toujours content de voir que tu es l'un des rares blogueurs MoDem à t'intéresser en profondeur aux sujets européens...

A Claudio

Oui, c'est bien le MoDem qui a porté cette idée en France. Mais il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées, il faut se donner les moyens de les concrétiser. Avec 6 députés, un poids national très faible, pas d'allié au niveau national sur lequel peser, un parti européen qui n'est qu'une coquille vide et un groupe parlementaire qui ne soutient pas ouvertement "son" candidat à la Commission car cela entrave la candidature de son président à la présidence du PE... l'honneteté te fera aussi reconnaître que le MoDem ne va jouer qu'un rôle extrêmement marginal dans cette question de la plus haute importance.

Ecrit par : Bob | 11.06.2009

Pq Blair avait-il été contre ? Très intéressant. Tout le monde peut s'intéresser à l'Europe sur les blogs quand les billets sont clairs, bien écrits et simples sans être simpliste. Comme les tiens...

Ecrit par : LCDM | 12.06.2009

De mémoire l'opposition de Blair était conjoncturelle. Je crois qu'il préférait Barroso était portugais, un pays traditionnellement proche du Royaume-Uni. Sur le fond, Blair voulait aussi s'opposer à certaines propositions de l'Allemagne et de la France (qui soutenaient Verhofstadt) car il les considérait comme trop intégrationistes... Mais j'avoue ne plus me rappeler lesquelles. Et puis, il y avait le problème de la guerre en Irak, à laquelle Verhofstadt s'était opposé certainement trop vigoureusement. En résumé, on était dans une posture britannique classique, visant à limiter les avancées de l'intégration européenne et à donner une dimension atlantiste à l'UE.

Ecrit par : Bob | 13.06.2009

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