22.04.2009
Contre l'absentéisme à l'Assemblée, la proportionnelle!
Tribune d'Hervé Morin publiée dans Rue89.
Contre l'absentéisme à l'Assemblée, la proportionnelle !
On se plaint de l'absentéisme de nos députés, et on a raison. Mais sait-on que la cause principale réside dans le mode de scrutin ? Le scrutin majoritaire encourage les élus à quitter l'Assemblée nationale dès que possible pour retourner dans leur circonscription retrouver leurs électeurs et préparer leur réélection. La mécanique est imparable.
Imparable au point de dévaloriser le travail parlementaire qui consiste à élaborer les lois et à contrôler le gouvernement. Imparable au point qu'un député sera souvent d'autant mieux élu qu'il négligera sa fonction de parlementaire pour assurer sa présence sur le terrain.
Cette situation est d'autant plus préjudiciable qu'elle repose sur un mensonge : celui qui laisse penser aux citoyens qu'un député possède un quelconque pouvoir dans sa circonscription. Or le pouvoir d'un élu de la nation, il est d'abord à l'Assemblée nationale.
Pas une réponse financière mais politique
Imposer des sanctions financières ? Pourquoi pas, mais j'y vois là un traitement bien cosmétique de l'absentéisme parlementaire, dont les causes sont ailleurs. La réalité, ce n'est pas des députés fainéants ; bien au contraire les députés sont de gros bosseurs qui vont d'abord là où leur intérêt politique les guide. Ce n'est donc pas une réponse financière mais politique qu'il faut apporter au serpent de mer de l'absentéisme parlementaire.
Cette réponse politique elle passe à mes yeux par une adaptation du mode de scrutin pour instaurer, comme je le propose depuis longtemps, un scrutin mixte pour partie majoritaire et pour partie proportionnel, c'est-à-dire le mode de scrutin allemand.
Le temps me semble venu de tourner la page d'un scrutin majoritaire intégral qui accentue la fébrilité de députés parfois peu enclins à voter des réformes courageuses dès lors que leur réélection se joue à quelques dizaines de voix près.
Dans la quasi-totalité des pays européens
Seul le scrutin de liste -ce n'est pas par hasard si c'est le mode de scrutin de la quasi-totalité des pays européens- émancipe la fonction parlementaire de cette obligation de déserter le Parlement la moitié du temps pour veiller sur son électorat.
Une dose de proportionnelle permettra de lutter plus efficacement contre l'absentéisme parlementaire, tout en présentant quatre avantages majeurs :
- Atteindre la parité réelle : pas seulement à la fonction de candidate mais aussi à celle d'élue !
- Donner toute sa place à la diversité des candidatures aux élections : le scrutin proportionnel permet de donner leur chance à des candidats que le scrutin majoritaire prive de toute possibilité d'être élu. La mixité plutôt que l'uniformité !
- Mieux représenter le pluralisme des courants d'opinion et des sensibilités politiques : un peu de proportionnelle, ce n'est pas le retour à l'instabilité de la IVe République. Cela n'empêchera en rien l'émergence d'une majorité claire et d'une opposition. La bipolarisation, oui ! Le bipartisme, non !
- Tirer tous les bénéfices de la réforme constitutionnelle de l'été dernier : les pouvoirs du Parlement ont été sensiblement renforcés. Ce n'est pas pour avoir des députés à temps partiel !
23:31 Publié dans Le nouveau centre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hervé morin, nouveau centre, assemblée nationale
19.04.2009
Sénateurs centristes : plus que jamais dans la majorité
Le journaliste politique Laurent de Boissieu a récemment publié sur son blog iPolitique une radioscopie du groupe Union centriste du Sénat. Cette étude confirme la marginalisation de la ligne de François Bayrou parmi les rangs du groupe. Tant numériquement, que par le sens des votes de ses membres.
Dans un premier temps, Laurent de Boissieu ose un comptage des sénateurs centristes selon leur obédience. Pas de grande révélation sur ce point, les "purs" MoDem ne sont plus que 6, les "purs" NC sont 6, et les purs Rassembler les centristes ... 6 également. S'ajoutent à ce décompte 6 sénateurs MoDem également membres de RC et 4 sénateurs NC membres de RC. Le rapport de forces numérique reste donc légèrement en faveur du MoDem, qui compte 12 membres, contre 10 au NC et 6 purement RC.
Cela dit, cette légère avance n'est que numérique. Tout d'abord car les lignes politiques du RC et du NC, si elles divergent sur la stratégie d'alliance avec l'UMP, se rejoignent sur le fond, à savoir, inscrire les centristes au sein de la majorité menée par l'UMP, dans un positionnement libre et critique.
Du coup, le rapport de forces politique est nettement défavorable au MoDem. Le groupe Union centriste compte bien une forte majorité (16 + 6 sénateurs MoDem-RC) qui s'inscrit dans un soutien clair au gouvernement et au président de la République.
Mais la donnée la plus intéressante et "nouvelle" que livre l'étude de Laurent de Boissieu, réside dans son étude des votes des sénateurs centristes, afin d'en affiner la sensibilité entre majorité et opposition. Le bilan est dur pour François Bayrou qui ne voit sa ligne d'opposition suivie fermement que par 3 des sénateurs UC. Parmis les "purs" MoDem, il ne sont que 5 sur 6 à se positionner dans l'opposition. Quant aux sénateurs MoDem-RC, au nombre de 6, tous s'inscrivent dans la majorité, 3 fermement, 2 de façon moins systématique et un seul de façon "molle".
Côté NC et RC "purs", les choses sont beaucoup plus simples. Les 16 sénateurs s'inscrivent fermement dans la majorité, sans ambiguïté.


Si l'on ne tient plus compte des clivages partisans, le rapport de force est très clairement en faveur de la majorité, qui rassemble 23 sénateurs, contre 6 dans l'opposition. Et si l'on ne s'en tient qu'aux plus fermement engagés dans l'un et l'autre camp, la majorité repose sur un socle de 20 sénateurs, contre 3 à la ligne d'opposition défendue par Bayrou.
Cette étude démontre un double échec.
Le premier est celui de Bayrou, qui ne parvient pas (mais le souhaite-t-il vraiment ?) à constituer une "troisième voie" véritablement centrale au Sénat. Si l'on devait rassembler les sénateurs sur cette ligne médiane, à savoir les plus modérément inscrits dans l'un et l'autre camp, ils ne sont que 3 à 6. Le problème est que cette ligne n'est plus incarnée aujourd'hui par Bayrou et qu'il n'est que très difficilement possible de convenir que ces sénateurs, tous MoDem, s'inscrivent toujours dans la ligne de leur parti dans la mesure où ils votent des projets de loi que leur leader conteste et condamne.
Le second échec est celui du NC. L'analyse de Laurent de Boissieu démontre clairement que le clivage partisan des sénateurs centristes ne repose pas sur une scission idéologique, mais bien sur leur positionnement vis-à-vis de l'UMP. Si le NC ne se complaisait pas dans une ligne quasi-systématique de supplétif de l'UMP, il pourrait naturellement compter dans ses rangs les 23 sénateurs qui partagent son positionnement théorique de parti centriste libre au sein de la majorité.
Les deux principales formations centristes sont donc l'une et l'autre face à l'hypocrisie de leur positionnement stratégique respectif.
Que dire pour finir des acolytes de Jean Arthuis qui, tout en adoptant une ligne presque identique à celle du NC, parviennent à réunir 16 sénateurs ? Peut-être qu'ils ont su trouver le supplément d'hypocrisie nécessaire à cette séquence politique. Qui consiste pour les centristes à choisir un camp, tout en se laissant la possibilité de le trahir si les événements le rende nécessaire. Quoi de plus centriste après tout ?
22:02 Publié dans Centrisme | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sénateurs, sénat, centrisme, udf, modem, nouveau centre, rassembler les centristes
Alain Lamassoure : "L'Europe qui protège", ou l'Europe bouc émissaire?
Dans le dernier éditorial de son site internet, Alain Lamassoure revient sur l'ancienne et terrible caricature que les médias et bon nombre de politiques donnent de l'Union européenne.
"L'Europe qui protège", ou l'Europe bouc émissaire?
De gauche, de droite et d'extrême droite, les partis politiques français engagent la campagne des élections européennes en se disputant le slogan de « l'Europe qui protège ». En pleine crise économique, c'est bien ce que les Français attendent d'elle. Plus étonnant, et plus navrant, est l'unanimité qui semble se refaire spontanément pour faire de « Bruxelles » le bouc émissaire de nos malheurs, réels ou imaginaires. Et chacun de se délecter de l'affaire de la composition du vin rosé, avec une conclusion unanime : « mais pourquoi l'Europe s'occupe-t-elle de pareilles broutilles, au lieu de se concentrer sur l'important ? ».
Revient alors dans les mémoires, et dans tous les discours, le fameux règlement européen sur la fabrication des fromages au lait cru. Dix-sept ans après, la formidable philippique de Charles Pasqua fait encore trembler les esprits faibles. Quoi ! Les technocrates de Bruxelles prétendraient apprendre à nos vaillants producteurs comment on fait le vacherin ? Mugissez, bovins, ricanez sonnailles ! Quelle mouche a piqué ces ronds-de-cuir ? Mais tout simplement ... les représentants des producteurs français. Car un fromage au lait cru mal fabriqué peut transmettre la redoutable listériose, une maladie mortelle, qui frappe encore de temps en temps. Saisissant ce prétexte, nos partenaires européens interdisaient l'importation de ces fromages français. Le seul moyen de les rassurer était de transformer le règlement français sur la fabrication des fromages au lait cru en règlement européen. Voilà qui fut fait, et qui permit à nos éleveurs d'élargir leur clientèle, pour la plus grande satisfaction des producteurs, des consommateurs, de notre balance commerciale ... et des démagogues allergiques à l'Europe.
L'actualité nous rappelle que ce danger sanitaire n'est, ni imaginaire, ni, hélas, limité au fromage : nous apprenons aujourd'hui que plusieurs dizaines de Marseillais ont été intoxiqués, dont deux mortellement, par l'ingestion de braves figatelli corses. Après cela, faudra-t-il que les technocrates bruxellois apprennent aux bergers corses à faire de la charcuterie ? Non, mais si ceux-ci veulent continuer d'exporter, il faudra bien qu'ils produisent une garantie, disons extra-insulaire...
Survient là-dessus la décision sur le vin rosé. Hommage soit rendu à l'hebdomadaire Sud-Ouest Dimanche, l'officiel du bordelais, pour avoir osé approfondir le dossier, au lieu de participer aux vociférations générales. Qui a demandé que l'Europe se mêle des pratiques œnologiques ? Mais ... la France, la première, l'harmonisation des règles étant souhaitée par tous les producteurs. C'est cette harmonisation qui nous permet, entre autres, de garder le droit de chaptaliser, que nous contestent âprement Italiens et Espagnols. Le coupage entre vin rouge et blanc est-il synonyme de mauvaise qualité ? Sûrement pas, puisqu'il a toujours été autorisé pour les vins AOC, y compris, donc, pour le champagne, comme pour les producteurs provençaux qui ont été pourtant les premiers à protester ! Car le coupage n'a rien à voir avec la qualité : il avait été interdit à une époque où les subventions européennes variaient en fonction de la couleur du vin, ce qui permettait à des petits malins de frauder en mélangeant les teintes. D'ailleurs, il a toujours été légalement possible d'assembler en amont des raisins rouges et blancs pour tous les types de vins ! Comme le dit le secrétaire général de la Fédération espagnole du vin : « de quel droit Bruxelles interdirait-il pour les vins de table ce qui est déjà permis pour les vins d'appellation d'origine contrôlée ? Ceux-ci, qui ont normalement des règles plus restrictives que les autres, voudraient-ils défendre un privilège ? ».
La solution est évidente : un étiquetage adapté et une campagne de promotion commerciale pour valoriser le vin de qualité. Ce qui a si bien réussi pour le chocolat : il y a dix ans, l'hexagone avait été ému, non par l'intervention de « Bruxelles » pour réglementer la composition des graisses végétales additionnelles - les Français le lui demandaient, au contraire -, mais par l'ouverture de cette composition à des graisses nouvelles. Les commerciaux surent tirer le meilleur profit de l'incident : jamais le vrai chocolat noir et les chocolats de qualité ne se sont autant vendus depuis.
Trois conclusions s'imposent.
La première, c'est que, s'il est clair que l'Union européenne ne doit s'occuper que des problèmes importants, cette importance doit se juger, non à la technicité du sujet, mais aux conséquences économiques, sociales, sanitaires, environnementales, possibles. Lorsqu'il s'agit du fonctionnement du marché commun, de la loyauté de la concurrence et, à plus forte raison, de la sécurité du consommateur, des points apparemment microscopiques peuvent être déterminants. Comme l'épaisseur des portes des avions commerciaux en matière de sécurité aérienne.
La deuxième, c'est que le jour où les grands médias audiovisuels auront le courage de certains de leurs confrères régionaux de faire leur métier contre le vent dominant, l'image de l'Europe sera transformée. Et le débat public y gagnera beaucoup.
La troisième concerne les politiques. De l'Europe, certains n'évoquent que les queues de cerises, parce qu'ils veulent faire oublier les réussites extraordinaires de l'Union européenne, précisément sur les problèmes majeurs. Dans cette crise financière sans précédent, qu'est-ce qui a sauvé la France d'une effroyable tourmente monétaire ? Son appartenance à la zone euro. Mais c'est difficile à avouer quand on a voté contre le traité de Maastricht, ou lorsqu'on s'est servi du Président de la Banque centrale, Jean-Claude Trichet, comme bouc émissaire institutionnel. Et qui a conçu le plan énergie/climat, qui place l'Europe à l'avant-garde de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique ? C'est la Commission européenne, présidée par l'autre bouc émissaire favori de l'hexagone, José-Manuel Barroso, et non pas Saint Nicolas Hulot. Mais chut ! Nous franchissons là la ligne du politiquement correct.
Alain LAMASSOURE, le 14 avril 2009
21:09 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, union européenne, élections européennes, européennes, lamassoure, alain lamassoure
Européennes : le destin du NC conditionné par les dissensions au sein de l'UMP.
Le Nouveau Centre a abandonné depuis plusieurs mois l'idée de conduire seul des listes aux européennes de juin. Au moment où l'UMP a bien du mal à boucler ses listes, ou pour le moins, joue la carte de les dévoiler le plus tard possible, le NC tente de profiter de ce délai de grâce pour enfin obtenir quelque chose de tangible du marchandage de tapis...
L'objectif a été clairement affiché par le NC au niveau national : il renonce à présenter des listes, mais compte obtenir au moins trois places éligibles sur les listes de l'UMP.
Pour l'instant aucune de ces places n'est officiellement confirmée. Même la troisième place qui semblait promise à Jean-Marie Cavada en Île-de-France reste en suspens.
Brigitte Fouré, dont on pouvait penser que son statut d'unique députée sortante du NC allait lui favoriser l'accès au haut de la liste du Nord-Ouest, attend elle aussi toujours le coup de fil de son compatriote picard Bertrand. En tout cas, elle sait faire montre de sa loyauté à l'UMP en consacrant les deux derniers de son blog, l'un à Barnier (ce qui n'est pas rien pour qui entend se présenter dans une région qui compte les pêcheurs les plus remontés du moment), l'autre à Bertrand.
Parmi les jeunes pousses, la candidature de Manon Fouquet dans le grand Centre semble un peu compromise. Si l'hypothèse Colonna semble définitivement abandonnée, le choix présumé de Brice Hortefeux de la jeune candidate néocentriste a suscité une avalanche de revendications côté UMP, où chaque leader de la région Centre a depuis sorti en off "sa" jeune candidate inconnue, avec pour certains des profils qui ajouteraient un peu de couleur à la jeunesse et à la féminité. Autre handicap pour le jeune femme, celui d'être élue de l'Indre-et-Loire, département qui vient de remporter la tête de liste UMP aux régionales en la personne d'Hervé Novelli. Que Tours soit à la fois avantagée aux européennes et aux régionales n'est pas sans faire grincer les dents du côté de la capitale régionale Orléans...
Celle de Damien Abad, dans le grand Sud-Ouest est de plus en plus souvent évoquée, avec la mise en avant désormais explicite de son handicap physique. Reste que la liste de cette circonscription demeure l'une de plus délicate à boucler. Juppé exige que l'on sauve Alain Lamasoure, VGE est prêt à tout pour sauver sa très proche amie Christine de Veyrac... D'ailleurs, du côté d'Agen, il semble que Jean Dionis du Séjour ait mis une croix sur le 3e place pour le NC. Il mise désormais sur la 2de, vouée a une femme et propose la candidature de Muriel Boulmier (photo), également soutenue par le sénateur Soulage (centriste rassemblé). Si cette stratégie - pas idiote, vue l'ire que Veyrac a toujours provoqué chez ses collègues qui ne savent que trop bien à quoi elle doit sa place - réussit, Damien Abad n'aura qu'une chance infime d'avoir la 3e place pour des questions d'équilibre politique.
Seule éclaircie véritable pour le NC, l'Outre-Mer, où il portera de façon autonome ses couleurs avec le chapelet de chefs de file qu'il avait présenté. Il sera donc possible d'évaluer le score du NC seul dans au moins une circonscription et voir s'il dépasse la marge d'erreur des sondages.
17:22 Publié dans Majorité UMP-NC | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, européennes, élections européennes, nouveau centre, ump





