18.03.2009

Sondage européennes : les résultats deviennent plus crédibles

Un sondage IPSOS, à paraître dans le Point de cette semaine, semble plus "crédible" que les précédents où le MoDem se situaient parfois au dessus de 14%. Une donnée est principalement mise en avant par cette enquête, celle d'une abstention qui serait fortement à la hausse pour atteindre près de 50% (30% à la même époque en 2004). Une tendance regrettable, mais qui n'est pas très étonnante pour un scrutin auquel les Français ne comprennent toujours pas grand chose 30 ans après son institution. D'autant que dans le contexte économique actuel, le fatalisme et le découragement face au peu de prise qu'ont les politiques sur les événements, peuvent être une source légitime d'abstention.

Les résultats me semblent plus en accord avec l'air du temps que les sondages précédents. Le NPA est à 9%, tout comme Europe Ecologie, le MoDem à 10%. Le PS paye son entrée en campagne catastrophique avec un score moyen de 24%, nettement en retrait par rapport à 2004 (29%). L'UMP reste toujours en tête à 27%, bénéficiant des scores moyens du FN (5.5%) et de Libertas (Villiers-CPNT à 6%), en net retrait (9.8 et 8.4 respectivement en 2004).

Quels enseignements tirer de ces données ?

fontdegauche.jpgD'abord, que depuis 2005, l'Europe reste un problème à gauche. Nette progression de l'extrême-gauche, contamination des listes Verts et PS par des anti-TECE, il est aussi notable que le PC (certes dynamisé par Mélenchon) peut encore mobiliser 6% d'intentions de vote quand il est question d'Europe, alors qu'il n'a fait que 1,29% à la dernière présidentielle. Bref, la question européenne fait de la gauche française l'une des plus archaïques d'Europe, dont on a bien du mal à cerner ce qui pourrait lui permettre de constituer des alliances durables avec un MoDem encore fédéraliste, si ce n'est une opposition-systématique commune à la politique de Sarkozy.

barnier dati.jpgEnsuite, que Sarkozy, s'il est impopulaire, ne semble pas rongé par ce mal jusqu'aux os, comme l'a été la droite sous Chirac-Raffarin ou la Gauche en 1993. Sarkozy et l'UMP bénéficient toujours de trois acquis "structurels" électoralement payants. L'unité de l'UMP qui rend plus présentable un score moyen que lorsqu'il se divisait entre RPR et UDF naguère. L'épuration idéologique des eurosceptiques qui lui épargne les fractures humiliantes type Sarkozy-Madelin / Pasqua-Villiers en 1999. La marginalisation électorale du FN, due à son échec en 2002 et à la captation par Sarkozy d'une partie de son électorat traditionnel en 2007.

bayrou.JPGCohn_Bendit_FC-1.jpgAutre élément à noter, l'espace inter-grands partis PS-UMP, où les scores du MoDem et d'Europe Ecologie semblent voués à se rapprocher. La grande variation par rapport aux sondages précédents, confirme au moins que l'électorat "du milieu" reste fondamentalement volatile. Impossible de dire aujourd'hui qui de Bayrou ou Cohn-Bendit finira par le capter. Mais cela démontre une nouvelle fois que le MoDem ne peut pas compter sur le socle électoral de Bayrou 2007. Sa dynamique ne repose que sur un espace électoral finalement proche de celui de l'UDF libre, compris entre 8 et 12% en fonction des scrutins. Ce qui n'est déjà pas si mal, mais pas suffisant pour construire une "troisième voie" susceptible d'équilibrer durablement PS et UMP.

Globalement, je pense que l'on peut - un peu - se réjouir de ce sondage. L'extrême gauche n'explose pas. La droite eurosceptique ne décolle pas. Le PS fait un score à la hauteur de l'indigence des listes qu'il présente. L'UMP résiste, ce qui pourrait lui permettre de sauver quelques candidats valables en borderline d'éligibilité (je pense en particulier à Lamassoure). Le MoDem et Cohn-Bendit font un score honorable.

Reste que ce sondage demeure grandement faussé par son approche nationale, qui ne prend pas en compte les circonscriptions et le mode de scrutin. Tout juste donne-t-il un début de tendance. Aurons-nous quelques sondages "régionalisés" avec projections en sièges... pas certain. Si la participation n'est que de 50%, c'est dire si le suspense risque d'être entier jusqu'à la proclamation des résultats.

Lien vers les résultats du sondage sur le site d'Ipsos