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14.05.2008

L'avenir du centre se construit aussi à gauche

Depuis l'échec cinglant de la candidature à l'investiture de DSK, depuis la trahison de Fabius, depuis le renoncement de Delors en 1995 et la marginalisation inéluctable de Rocard, le centre gauche semble voué à grenouiller, quelque part entre New York et Bruxelles, coincé entre le bout de la trompe des éléphants du PS et le museau des mulots de son aile gauche mélanchono-emmanuelliste. Restait l'étonnante aventure d'un Kouchner, d'un Besson ou d'un Bockel, certes courageuse, mais dépourvue de toute capacité réelle à susciter l'émergence d'une véritable force sociale-démocrate. Restaient aussi quelques personnalités ralliées à l'UDF et ses succédanés, comme Christian Blanc au NC, définitivement coupées de leurs terres d'origine. Et si le centre-gauche avait terminé sa traversée du désert pour construire une gauche compatible avec les modérés de centre-droit ?

Alors que le MoDem rêve d'occuper la place sans pour autant attirer ne serait-ce qu'un seul poids lourds de cette famille politique en son sein, plusieurs signes, semblent marquer l'émergence d'un nouveau centre-gauche.

656432339.pngLa plus remarquable est sans doute la fondation Terra Nova. Avec un conseil d'orientation placé sous la présidence de Michel Rocard, la "fondation progressiste", si elle ne se revendique pas du centre-gauche, regroupe un beau panel d'intellectuels, qu'il est possible de classer dans la cette mouvance, plus que dans le socialisme archaïque que nous sert le PS depuis bien trop lontemps. De Bronislaw Geremek à Elie Cohen, de Daniel Cohn-Bendit à Olivier Duhamel en passant par Rutelli et Peyrelevade, Terra Nova fait la part belle aux européens modérés mais convaincus. S'il lui faudra une tenacité certaine pour imposer la légitimité d'une démarche externe à un PS bien trop refermé sur lui-même, cette fondation est aussi un beau pied de nez à l'aventure bayrouiste. Là où Bayrou s'est coupé de presque toute la matière grise qui l'entourait jadis à l'UDF, en France et via ses forts réseaux d'amitiés européens, Terra Nova est la démonstration de l'échec intellectuel du MoDem. En toute logique, un parti démocrate crédible aurait du être la mouvance dans laquelle se serait inscrite une telle fondation. Las, si Terra Nova s'institue comme une défiance au PS, elle n'a pas moins l'ambition d'en être l'un des instruments de sa mutation, vers une gauche véritablement moderne et inscrite dans les réalités de son siècle.

1897693662.jpgA côté de cette initiative de poids, notons la beaucoup plus confidentielle et balbutiante think-tank autoproclamée Left & Center citizens. Initiée par un militant MoDem issu du PS, elle a l'ambition de créer un pont entre l'aile gauche du MoDem et l'aile centriste du PS. D'emblée, le discours de son fondateur en dit long sur le vague à l'âme du bayrouiste de gauche. Trahisseur impénitent à la cause pour ses anciens camarades, le militant modémiste brandit le péril d'une extrème-gauche instrumentalisée par Sarkozy pour faire perdre la gauche, à l'image du FN boosté par Mitterrand pour handicaper la droite dans les années 80. Cette argumentation fondatrice, digne d'une motion du PS, compromet d'emblée la crédibilité de l'initiative, qui peut se résumer en une tentative désespérée de sortir le MoDem de son impasse stratégique. Là aussi, elle est un signe cruel pour le MoDem, qui démontre bien la désillusion des anciens sympathisans et militants PS qui l'ont rejoint. Ils rêvaient d'un MoDem force motrice d'une recomposition sociale-démocrate de la gauche, ils se retrouvent coincés dans un isolement parfait, tandis que le PS gagne seul les élections et mène seul une refondation qui se traduira avant tout par une énième guerre entre présidentiables putatifs, plutôt qu'en un véritable aggiornamento idéologique et programmatique.

Cependant, l'avenir du Centre se construit certainement aussi à gauche. Au final, bien des centristes ne sont jamais que des sociaux-démocrates refoulés ou contrariés. Fort nombreux sont ceux d'entre nous qui voteraient sans difficultés pour un Zapatero, un Blair ou un Schröder si l'échiquier politique français était plus proche de celui des autres Etats-membres. Maintenant que Bayrou a achevé de détruire le centre-droit pour ne construire que bien peu de chose sur ses ruines, en tout cas rien d'idéologiquement ou de démocratiquement novateur, les centristes n'ont plus que deux espoirs.

L'émergence d'un nouveau leader de centre-droit qui pourrait fédérer les chapelles issues de l'UDF après l'échec de Bayrou en 2012. L'échec est prévisible, mais l'émergence d'un nouveau leader au centre-droit reste très peu plausible. Quant à la restauration d'un centre doté d'une force comparable à l'UDF de 1978...

L'autre espoir réside dans l'émergence d'une aile centriste majoritaire au sein du PS. L'hypothèse est dans le domaine du possible, la plupart des leaders socialistes "premier-secrétariarisables" étant issus de la mouvance sociale-démocrate/deuxième gauche du PS. Le PS est aujourd'hui accaparé par une question de personnes. Quel leader sera le plus crédible face à Sarkozy ? Mais une fois cette séquence achevée en 2012, une évolution idéologique positive est fort probable. Une alliance complémentaire serait alors possible, pour peu que le centre-droit se soit quelque peu structuré et que la droite se soit nettement radicalisée.

Ce qui semble aujourd'hui évident, c'est que le syncrétisme bayrouiste est le plus important handicap à l'émergence d'un nouveau centre (sans mauvais jeu de mot ;)). Car il maintient une grande partie des forces militantes qui seraient utiles au centre-droit et au centre-gauche dans l'illusion d'un parti centriste indépendant à vocation majoritaire. Car il agit en repoussoir. Les ex-UDF non modemistes étant des traitres pour les bayrouistes, les modemistes non-issus de l'UDF étant des traitres à leurs familles d'origine. Plutôt que d'être un catalyseur d'énergies positives, le MoDem s'est transformé en générateur d'ondes négatives. Espérons au moins que l'oeuvre de Bayrou aura finalement un effet salvateur en 2012, lorsqu'il aura démontré l'impossibilité pour le centre d'exister seul, et ainsi définitivement levé l'hypothèque chimérique d'un centre révolutionnaire.

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Commentaires

Bonjour,

Je trouve le commentaire sur Terra Nova dur à l'égard des MoDem (même si en effet, le MoDem aurait du y être mieux représenté), notamment à cause de la participation de Jean Peyrelevade et celle de Rutelli (l'ex-Margherita était bien le corolaire de l'UDF-MoDem au PDE).

De même sur LCC, le commentaire fondateur sert avant tout à détailler ce qui rapproche stratégiquement les sociaux-démocrates du PS et du MoDem par rapport aux extrêmes et au refus de certains de tourner la page programmatique. Comme détaillé plus loin dans ton argumentation, la recherche de ponts programmatiques entre le centre et le centre gauche, ne peut pas être critiquée en soit, pas plus que celle de ponts entre le centre et le centre droite.

En ce qui me concerne, tu décris bien le point unificateur ("bien des centristes sont des sociaux démocrates refoulés") mais je le perçois sous un autre angle: bien des démocrates sont issus de la famille socio-démocrate (dont moi), tout autant que des démocrates issus de la famille des démocrates-chrétiens, auxquelles on pourrait ajouter les verts (de centre-droite ou de centre-gauche). C'est blanc bonnet et bonnet blanc.

Etant résident en Italie, adhérent du MoDem et du PD, oui, cela ne me pose aucun problème de voter pour un Veltroni. Pour information, il aura fallu 5 ans avant de rejoindre toutes ces tendances (les mêmes que souhaite unir le MoDem) au sein du PD (et encore le travail d'unification n'est pas terminé cf. Radicaux, Bonino, Del Piero). Compte tenu des ambitions présidentielles exacerbées en France sous le système de la Vème, il est probable que cela prenne plus de temps (bien que le paradigme de départ soit le même). Pour ma part, tant que le résultat est là à l'arrivée, cela prendra le temps que ça prendra...

Bien que militant MoDem de la première heure, je n'attends pas forcément l'émergence d'un MoDem majoritaire à court/moyen terme. Mais tant que les options seront celles d'un NC rattaché à une majorité de droite, ou d'un PS miné par des luttes internes, incapable de faire une révolution programmatique pourtant évidente, alors oui, l'émergence d'un groupe démocrate majoritaire me semble être la seule option souhaitable - même si cela représente un challenge électoral considérable (comme tu as pu le détailler à de maintes reprises dans tes billets). Cela implique sur le fond, la prédisposition pour une alliance avec le centre droite et le centre gauche mais pas avec la droite conservatrice, la gauche radicale ou la gauche archaïque. Cela n'empêche pas le dialogue et les rapprochements sur le fond entre centristes / démocrates. :-)

Ecrit par : ArnaudH | 14.05.2008

Décidément, tu es atteint d'une véritable obsession concernant le Modem ! C'est amusant. Ton discours est assez loufoque, mais au moins je me suis marré à le lire. A quand une alliance Morin-Royal ?!!!

Ecrit par : Bertrand | 14.05.2008

Hem... cher Bob, ton discours ne me paraît pas très sensé : imagines-tu un seul instant une alliance entre le Nouveau Centre et l'aile droite du PS ? Déjà que cela ne va pas de soi entre cette aile socialiste-là et le MoDem...tu fais une fixation sur Bayrou et le MoDem, si tu veux mon avis.
En ce qui concerne Terra Nova, pour ma part, j'attends de voir.
Quant à Left et Center, je n'ai pas d'avis sur la question. Cela dit, Le Nouveau Centre et le centre-droit en règle générale, doivent comprendre qu'en s'enferrant dans une majorité qui n'a rien de centriste, ni de près, ni de loin, il est condamné à disparaître et à s'amuir dans cette majorité-là, sauf à voir un improbable leadership de Borloo un jour.

Ecrit par : l'hérétique | 14.05.2008

@ Bob
Seul Bayrou s'est clairement prononcé pour une telle union des centres. Il a même constitué un nouveau parti autour de cette idée (Le Modem).
Les autres ne font qu'y rêver secrètement à travers un think thank , un club, un cercle ou autour d'un bon repas.. (pour qui les Gracques ont-ils voté au premier tour de la Présidentielle? on attend toujours la prise de position)

@ l'Hérétique
Apparemment, Borloo a déjà pris le leadership du nouveau centre mou (cache-cache dans l'Assemblée au moment des votes xD)

Ecrit par : jeremy | 15.05.2008

A vous tous

Déjà, je tiens à replacer ma réflexion dans son contexte. Si je m'appuie sur le frémissement du centre-gauche actuel, je n'envisage pas que cela puisse déboucher sur quelque chose de concret à moyen-court terme. Pour moi, nous sommes entrer dans une séquence au soir du 1er tour de la présidentielle. Celle d'une validation claire et nette de la bipolarisation. Celle d'un éclatement du centre dans sa configuration traditionnelle. Celle d'une guerre des chefs au PS. Celle d'un leadership plus que jamais incontestable de Sarkozy sur le droite. La fin de cette séquence peut intervenir en 2012 (ou pas).

Il n'est donc pas pour moi question de marier le NC avec l'aile droite du PS... Le NC n'est en rien une base crédible pour reconstruire le centre, y compris le centre-droit. Encore une fois, ce n'est pour moi qu'une chapelle parmi d'autres, qui défend une ligne tout à fait louable, mais qui n'aura jamais les moyens d'assumer seule une refondation du centrisme.

Sur mon systématisme à fustiger le MoDem, je plaide coupable. C'est vrai que le MoDem reste la principale tentative de novation centro-démocrate de la séquence actuelle.

Sans reprendre tout mon argumentaire, décliné à de maintes occasions, je suis effectivement chaque jour un peu plus attristée par les conséquences catastrophiques de l'aventure bayrouiste. Le MoDem se résume en deux points forts. La popularité de Bayrou, son statut de présidentiable. La dynamique militante qu'il a suscitée. Le problème étant que la popularité de Bayrou ressemble de plus en plus à celle d'un Jack Lang ou d'un Kouchner. Autrement dit, une popularité qui ne se traduit pas dans les urnes. On l'a vu à Pau et plus largement lors des derniers scrutins. Ensuite la dynamique militante reste très relative. Elle est exceptionnelle pour une formation centriste, très limitée si on la replace dans son ambition de jouer d'égal à égal avec le PS et l'UMP.

Pour en revenir à ce qui fondamentalement m'oppose à la démarche du MoDem, c'est qu'elle est pour moi bien peu utile. Elle mobilise des énergies autour d'un dessein irréaliste, et qui plus est qui ne tient même pas ses promesses à court terme. La création du MoDem ne favorise aucunement une scission au sein du PS entre modernes et archaïques. Le fonctionnement interne du MoDem n'a rien de vraiment novateur. Sa contribution programmatique est quasi nulle et se limite à des questions institutionnelles, certes capitales, mais qui n'intéressent pas les Français et qu'il n'a aucunement les moyens d'imposer aux deux grandes formations de notre système bipolaire.

Si Bayrou avait réussi à intégrer à son équipe un Kouchner, un Cohn-Bendit, si électoralement son parti jouer un rôle véritablement charnière utile à la constitution de majorités au niveau national ou local, il en serait autrement. La démarche deviendrait crédible et utile. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Et il y a bien peu de chances que cela soit possible demain.

Pour finir, je pense effectivement que le centre peut retrouver un jour un rôle par la réunion des forces de centre-gauche et de centre-droit. C'était d'ailleurs le pari initial de l'UDF et de Bayrou au 1er tour de la présidentielle. Cela implique un préalable, que l'UMP et/ou le PS éclate d'une façon ou d'une autre. Si Bayrou s'était retrouvé au second tour face à Sarko, l'affaire aurait été entendue, et la réunion des deux centres possibles.

Le problème, c'est que Bayrou ne réussira jamais à gagner de cette façon. Parce qu'il s'est coupé de l'électorat de droite et qu'une bonne partie de l'électorat de gauche verra toujours en lui un homme issue de la droite.

Un scénario possible, serait l'échec de Sarkozy à la prochaine présidentielle et l'élection d'un social-démocrate, type DSK, qui fasse l'ouverture au centre, soit en raison d'une majorité relative à l'Assemblée, soit par souci de s'émanciper définitivement de son aile archéo.

Autre scénario envisageable, celui de la succession de Sarkozy à droite, qui pourrait se traduire par l'émergence d'un nouveau leader de centre-droit.

Ecrit par : Bob | 15.05.2008

Bob,

ton analyse est grandiloquente, mais baisée car elle ne voit la situation globale qu'à partir d'une sorte d'anti-bayrouisme assez primaire. C'est ta marque de fabrique, soit, mais c'est une lorgnette déformante.

Sur tes deux hypothèses finales, l'option DSK est intellectuellement interessante. C'est sur que DSK est une des personnalités les plus brillantes du vivier politique... et pour ne rien te cacher j'aurais adoré voter pour lui l'an dernier. C'était a mon avis le seul à gauche qui était crédible face à Sarkozy, et aurait été en mesure de placer le débat à un tout autre niveau. Si le PS avait choisi DSK au lieu de Royal, Bayrou aurait probablement plafonné à 5 ou 6%, comme l'UDF auparavant.
Malheureusement pour lui, DSK appartient au PS ! Ce qui n'est pas scandaleux, mais ce qui l'oblige à passer - s'il veut postuler (mais le voudra-t-il toujours en 2012 ?) - à passer par les fourches caudines des primaires, et donc du vote des militants. Et plus cela va, et plus je crois que le choix du candidat au suffrage direct des militants est une catastrophe, tant pour la droite que pour la gauche. Cela donne Royal d'un coté et Sarkozy de l'autre, qui, tous les deux, sont très loin d'être les meilleurs dans leurs camps respectifs. Très photogèniques tous les deux, très "glamour", mais aussi peu crédibles l'un que l'autre dans une posture présidentielle. C'est apparu avant les élections pour Royal, et cela apparait après pour Sarkozy.

Quant à la potentielle succession de Sarkozy par un nouveau leader modéré et plus "centro-compatible", c'est partir du postulat que soit Sarkozy ne se représentera pas en 2012. Hypothèse peu crédible actuellement. En dehors de ses discours "je ne suis pas là pour durer !", force est de constater qu'il fait tout aujourd'hui pour qu'aucun leader n'émerge de sa formation et soit en mesure, à un moment donné, de lui faire ombrage. C'est un peu la politique de la terre brulée. C'est classique, Mitterrand, puis Chirac, ont agi de même antérieurement. Rien n'est sans doute plus insupportable aux hommes de pouvoir que la concurrence interne.
La différence, c'est que tant Mitterrand que Chirac ont agi dans cette optique avec une certaine finesse politique : ils ont petit à petit "tué" leurs concurrents, mais sans jamais perdre une certaine assise vis à vis du parti. Sarkozy, tout en voulant rester de fait le patron du parti, est en train de perdre totalement son autorité sur ses propres troupes. Cf pour cela les noms d'oiseaux désormiais échangés quotidiennement par médias interposés entre les parlementaires et l'exécutif. Ce qu'on a vu ces jours derniers, avec par exemple Gloasguen traitant les gens de l'Elysée de "connards" en dit long sur l'ambiance. Comme Copé ovationné alors même qu'il venait de se faire engueuler par Sarkozy et Fillon. Ces deux épisodes auraient été totalement inimaginables durant les périodes Mitterrand puis Chirac.
Il existe un "DSK de droite", crédible, reconnu, "centro-compatible", c'est Juppé. C'est le premier qui a été éloigné, et joue désormais, exilé à Bordeaux comme DSK à Washington, le rôle du recours possible au cas où....

Après, un leader "centriste" peut-il émerger de la partie gauche de l'échiquier ? En théorie sans doute. Les discours d'un Vals par exemple montrent qu'il existe au sein du PS un embryon de quelque chose. Mais en pratique, ce leader peut-il émerger du PS, configuré comme il l'est aujourd'hui ? Et là le doute est grand, d'autant plus grand que, Sarkozysme oblige, la gauche de la gauche a plutôt tendance à se renforcer aujourd'hui. C'est même actuellement à peu près la seule gauche audible.
Personnellement, je ne crois pas du tout à l'hypothèse d'une candidature PS "recentrée", sans sission préalable du PS. Et j'ai bien peur pour eux qu'ils préfèrent encore une fois - le futur congrès sera à ce titre interessant à suivre - aller vers une "motion" faite de bric et de broc, ménageant encore une fois la chèvre et le chou, affirmant à la fois les alliances traditionnelles à gauche (PC, Verts et désormais même LO !), tout en postulant pour des ouvertures possibles au centre. Bref, une sorte de monton à 5 pattes encore une fois.

Quant au centre-centre ?

Le fait est que le discours de Bayrou a atteint un premier objectif : il a rendu possible l’idée qu’il puisse y avoir un centre qui réunisse aussi bien des gens de sensibilité plutôt de gauche et d’autres de sensibilité plutôt de droite, mais d’accord sur beaucoup de points fondamentaux : europe, économie libérale mais encadrée, justice sociale, éducation, etc… Et que ce centre est en mesure de regrouper beaucoup de monde.
Il y a encore un an, cette hypothèse paraissait totalement surréaliste. Elle est devenue depuis crédible, et ce grâce à Bayrou. Tellement crédible d’ailleurs qu’elle est désormais reprise par une partie de la droite comme par une partie de la gauche. Les seuls, curieusement, qui voudraient l’invalider, sont le NC avec leur positionnement un peu absurde d’un centre qui serait intrinsèquement lié à la droite, et uniquement à la droite. Cela fait un peu regroupement de nostalgiques ! pour moi le positionnement choisi par le NC de « faire revivre l’UDF » en versant des larmes de crocodile sur le nombres d’élus UDF des années 80 est une aberration. On imagine mal l’UMP affirmer « vouloir faire revivre le RPR », ou le PS la SFIO. Même la LCR affirme vouloir aller de l’avant et évoluer, c’est dire !

Après sur la personne de Bayrou. Sera-t-il le leader capable de réunir ces différentes sensibilités centristes, droite et gauche confondues, à vrai dire je n’en sais rien. Le fait est qu’il est aujourd’hui celui par qui cette idée est arrivée, et qu’il est désormais identifiée à elle. Après, sur le destin de l’homme, cela m’indiffère assez. Si un autre émerge, et a plus de talent pour mener ce projet, tant mieux. Mais pour le moment, cette personnalité ne semble pas émerger.
Il y a eu un temps l’hypothèse Borloo. Là aussi hypothèse intellectuellement intéressante. Mais avec le problème désormais que Borloo est pieds et poings liés avec l’UMP, et plus qu’avec l’UMP avec Sarkozy. Et d’autre part sa tentative de réunir la famille radicale a fait long feu. Ce qui aurait – peut-être – été possible il y a un an semble ne plus l’être.

Ecrit par : Bertrand | 16.05.2008

A Bertrand

A l'exception de ta vision de Bayrou où ton aveuglement "baise ;)" ton analyse comme mon anti-bayrouisme la mienne, je partage l'essentiel de ce que tu dis.

La mort politique de Sarkozy et de Delanoé-Royal est peu probable, l'émergence d'une alternative "centriste" à gauche ou à droite une hypothèse qu'il est difficile de créditer aujourdh'ui. Certainement faut-il moins penser à 2012, qu'à 2017 pour que tous ces scénarios théoriques ait une chance infime de se réaliser.

Au passage, je trouve que tu conserves une approche très caricaturale du NC. Ce parti ne se résume pas à Morin-Santini. Si prend le discours tenu par Lagarde, on s'éloigne d'une vision "droitiste" de l'UDF. Et puis, le NC, avec la présence de Blanc en son sein a au moins réussi à attirer une véritable personnalité de centre-gauche...

Ecrit par : Bob | 16.05.2008

Effectivement, un "i" s'est échappé quelque part ! Il s'agissait de "biaise" et non de "baise". Comme quoi, il suffit de perdre une lettre en route et tout est changé.

Lagarde, j'écoute. Son discours est assez interessant, notamment parce qu'il se démarque vraiment des Morin-Sauvadet-Santini. A tel point qu'on se demande un peu ce qu'il fait au NC ! Dans quelle mesure est-ce opportuniste, je n'arrive pas bien à cerner ses motivations.

Mais même, dans l'hypothèse peu probable pour le moment, où il émergerait au NC et en prendrait la tête, je ne suis pas sur que cela clarifierait le positionnement du NC. Le discours de Lagarde est très éloigné d'un Sarkozy, et en réalité assez éloigné de celui tenu par "l'UDF historique" aussi. En dehors des questions de stratégies électorales, le fond est beaucoup plus proche d'un Bayrou, à equi-distance de l'UMP et du PS.
Problème : le créneau est déjà occupé, et ce n'est pas sur cette option politique qu'a été fondée le NC. Lagarde risque de se retrouver un peu dans la même posture que Bayrou : séduisant pour les adhérents, mais totalement incontrolable pour les élus et cadres.

Pour moi, Lagarde risque de connaître un pei le piège d'un Borloo. Il faut l'avoir avec soi pour ne pas l'avoir contre soi, mais en même temps, il faut le contrôler. Je vois mal l'UMP accepter un NC véritablement libre mené par Lagarde. Qui plus est Lagarde a encore à se construire.

Blanc, un type plus qu'intéressant, et qui plus est un des très rares responsables politiques qui connait vraiment le monde de l'entreprise. Mais là aussi trop iconoclaste. Sous employé systématiquement, par l'UDF, par le NC comme par Sarkozy actuellement, car trop libre. Et problème, il a tenté avec son mouvement, mais n'a jamais réussi à agréger autour de sa personnes, en dehors que quelques afficionados.

Ecrit par : Bertrand | 16.05.2008

Je suis assez d'accord avec ce que tu dis de Lagarde et Blanc. Mais cela étant, leur engagement au NC démontre qu'il existe aussi une diversité dans les centristes non modémistes. Ca m'agace un peu quand on résume les centristes non bayrouistes au NC et le NC à une dépendance de l'UMP. C'est très loin de la réalité.

C'est comme dire que le MoDem est au centre-gauche, ce n'est pas vrai. Le MoDem a une stratégie de facto qui le place dans le camp de l'opposition menée par le PS, le NC et les indépendants ont une stratégie qui les placent volontairement dans la majorité menée par l'UMP...

Ca n'empêche que Sarnez ou Bayrou ne sont pas devenus socialistes, et que Bourlanges, Arthuis, Lagarde, Cavada ou Blanc ne sont pas devenus des conservateurs néogaullistes... Bourlanges reste un centriste issus du gaullisme de gauche, Arthuis un démocrate chrétien, Lagarde et Cavada dess républicains modérés, Blanc un social démocrate... etc.

Ecrit par : Bob | 16.05.2008

C. Blanc est surtout une sorte d'OVNI politique. C'est d'ailleurs ce qui le rend intéressant. Il est sans doute culturellement social démocrate, mais je crois qu'il est surtout un homme libre qui méprise grandement les partis. Il s'est retrouvé à l'UDF un peu par hasard, parce qu'il fallait bien être quelque part pour avoir un minimum droit à la parole. Et s'est retrouvé ensuite au NC un peu pour les mêmes raisons, mais visiblement sans y croire plus que cela. Son peu d’investissement dans son parti montre l’estime qu’il a pour lui.
Et au fond, on le comprend. Sa seule tentative de stratégie "partisane" lorsqu'il s'est présenté aux municipales dernières au Chesnay, investi et soutenu par l'UMP contre le maire sortant (UMP aussi, mais dissident), s'est soldée par un fiasco total. Résultat calamiteux, et qui plus est, posture grotesque puisqu’un an avant il avait déposé un projet de loi visant à interdire le cumul d'un mandat de parlementaire avec celui d'élu local.
Sur cette affaire, il s'est fait avoir comme un bleu par l'UMP, à tous les niveaux.

D'ailleurs, son cas soulève une question plus large. Il est quand même assez aberrant qu'il ne puisse y avoir en France de parlementaire véritablement libre de toute attache partisane.

Concernant les relations NC-UMP, le projet de révision constitutionnelle est l’objet de postures amusantes. Jusqu’à présent le NC avait toujours affirmé qu’il faisait de l’introduction « d’une dose significative de proportionnelle » la condition sine qua non de son soutien. Aujourd’hui, Morin et Lagarde affirment subitement le contraire.
Désormais la condition sine qua non est « l'interdiction pour le gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement sur la durée d'un cycle économique ».

« Sur la durée d’un cycle économique », cela ne veut strictement rien dire, mais, bon, cela permet de reculer en ayant l’air de ne pas reculer. Amusant, non ?

Ecrit par : Bertrand | 16.05.2008

J'ai personnellement bcp d'estime pour les idées que défend Christian Blanc. C'est une personnalité de grande valeur, mais qui s'est enfermé dans une posture d'intellectuel. C'est assez étonnant pour un homme qui a forgé une partie de son parcours dans l'entreprise et aurait pu capitaliser sur ses qualités de gestionnaire.

Sur son investissement au NC, je ne suis pas vraiment d'accord. Au final, il s'y investi quand même plus qu'il ne l'a fait à l'UDF. Il est membre à part entière du groupe parlementaire, il a dissous son mouvement politique Energies 2007 au moment où il a rejoint le NC, et je crois savoir qu'il a tjs participé activement à la vie interne du parti.

Je ne te suis pas vraiment sur le caractère aberrant qu'il peut y avoir à ce que des députés libres et indépendants des partis ne puissent pas avoir une réelle existence. C'est certainement en France plus qu'ailleurs dans la logique des institutions, le scrutin présidentiel étant celui qui rythme et conditionne tous les autres, il entraîne fatalement une bipolarisation qui oblige la plupart des candidats à choisir un camp entre droite et gauche. Cela dit, je ne connais pas d'autres Etat européen où il en soit autrement. Un député n'a de poids politique que de deux façon. Soit parce qu'il possède une stature nationale et un crédit hors norme auprès de l'opinion. C'est le cas de Bayrou, mais il s'agit de personnalité d'un niveau exceptionnel. Pour les autres, ils ne peuvent exister qu'en intégrant ou étant issu d'une équipe.

Sur les relations UMP-NC, je ne connaissais pas ce dernier "repositionnement" de Lagarde et Morin. Mais le NC est à l'évidence dans une situation minoritaire et marginale au sein de la majorité. Il n'a pas fini de devoir pratiquer l'art de l'acrobatie... quitte à raconter un peu n'importe quoi à certains moments comme cette histoire de cycle économique à laquelle tu fais référence...

J'ai vu l'autre jour la retransmission de l'intervention de Bayrou devant la commission des lois. Je n'ai pas trouvé son discours extrêmement convaincant. Il a passé son temps à chercher quelque approbations du côté de Montebourg, qui a gentiment joué le jeu... mais c'était assez pathétique de voir Bayrou parler un peu dans le vide tant il est impuissant à exercer une quelconque influence sur l'adoption de la réforme et son contenu.

Ecrit par : Bob | 16.05.2008

Je ne suis pas sur que Blanc se soit « enfermé dans une posture d’intellectuel », et, si mon souvenir est bon, il me semble qu’il a dissous Energies 2007 avant les échéances électorales du printemps dernier, donc avant la création même du NC. Mais là n’est pas le sujet.

(au passage, je viens de découvrir ce qu’écrivait Blanc en mai 2006, en annonçant la création d’Energies 2007 : « En 2002, nous attendions du Président réélu une stratégie, un pilotage vers une France moderne permettant de valoriser nos potentiels et notre rayonnement dans le monde. La déception est immense. L'échec du référendum sur la Constitution européenne a fourni à Jacques Chirac une occasion d'en tirer toutes les conséquences. Il ne l'a pas fait, accélérant ainsi la fin d'un cycle politique durant lequel les Français auront perdu leur fierté, mais aussi leur niveau de vie. C’est une période à risque social grave, dans un climat d'attentisme et d'intrigues, que le pays affronte en ce moment.

Cette analyse, je l’ai développée, il y a quelques mois, dans une lettre ouverte au Président de la République. Je lui conseillais de mettre fin à son mandat dans l’urgence afin de permettre l'émergence d'une nouvelle ambition pour la France en redonnant la parole au peuple. ».

Etonnant ! )

La cas Christian Blanc est, je crois, symptomatique de l’incapacité pour le monde politique – droite et gauche confondus – d’accorder une place à des personnalités venues de l’entreprise. C’est un truc incroyable en France. On se gargarise de mots, on vante les vertus de l’entreprenariat, mais dès que quelqu’un qui a fait ses preuves dans le monde de l’entreprise tente de rallier le monde politique, il est immédiatement placardisé. Depuis 30 ans, on a vu défiler quelques centaines de ministres. Aucun responsable d’envergure – aux finances, à la recherche, au développement économique par exemple – ne venait de l’entreprise. Le monde politique dans son ensemble semble ignorer que tout notre système, économique - donc financier, mais ce faisant aussi social ou éducatif – plonge ses racines et se nourrit exclusivement des richesses économiques comme de l’intégration sociale que constitue l’entreprise. L’Allemagne a le raisonnement exactement inverse, puisque plus de la moitié de ses ministres viennent – et retournent souvent après leur mandat – à l’entreprise.

C’est à croire qu’on a réussi à développer une classe politique d’utopistes pour qui le réel n’a pas à entrer en ligne de compte. Le politique français considère que le discours fait acte, et que le réel s’adaptera nécessairement à son utopie. C’est par exemple le credo idiot du « choc de confiance » sarkozien, mais on pourrait trouver aussi facilement des exemples aussi idiots à gauche.
Blanc est dans une logique inverse, qui est une logique d’entrepreneur : on part de réel, et en fonction de ce réel qui est quantifiable (en gros c’est ce qu’on appelle un bilan, étude de marché ou une étude de faisabilité), on essaye de trouver des solutions. Si on fait autrement, la sanction est sans appel, on coule immédiatement !

On retrouve cette aberration du système français à tous les niveaux politiques. Les partis sont des espèces de pouponnières pour gens qui refusent le réel. De beaux esprits pour certains, mais totalement déconnectés.

Dans le même texte, Blanc poursuivait : « Les Français assistent à l’agonie d’un système politique, capté à droite comme à gauche par un groupe de hauts fonctionnaires, brillants mais coupés du monde réel. Une caste administrative qui n'a pas su adapter notre pays, car elle n'a jamais voulu s'appuyer sur l'intelligence collective de nos concitoyens. »

Voilà, tout est dit.

Sarkozy a fait une belle campagne parce qu’il a réussi à faire croire qu’il était dans le réel : discours sur le pouvoir d’achat, sur la sécurité, etc… C’est ce qui lui a permis d’attirer le vote des classes populaires. Une fois élu, tout cela s’est envolé, et il nous a subitement parlé de politique de civilisation, de « vraie » France des années 40, de religion, etc… Bref déconnection totale.

Ecrit par : Bertrand | 17.05.2008

Mouais, Ok sur Blanc, mais je trouve que tu généralise un peu hâtivement son cas.

La classe politique française n'est pas si éloignée que ça du monde de l'entreprise. En fait, elle vit tjs dans l'économie mixte d'après-guerre, où l'Etat contrôlait peu ou prou l'ensemble de l'économie française de façon directe, à commencer par les grandes industries.

Je crois que ce que tu décris est assez datée.

Il y a qq années une Martine Aubry, ou même une Edith Cresson étaient des femmes revenues en politique après un passage dans le privé.
Aujourd'hui, le ministre de l'Economie a fait 90% de sa carrière dans le privé, qui plus est pour une bonne part à l'étranger et dans un secteur non lié au secteur public.
On peut continuer avec une femme comme Anne-Marie Idrac, qui sort d'une véritable expérience de gestionnaire d'entreprise.
Eric Besson a aussi passé plusieurs années en entreprise.
Borloo sans être un dirigeant d'entreprise a gagné sa vie dans le privé en tant qu'avocat pendant de longues années avant de se lancer en politique.
Hervé Novelli, est directement issu du monde des PME.
Je ne parle pas de Bernard Laporte ;)

Bon j'en oublie peut-être, mais tout ça pour dire que nous sommes loin des ministères 100% ENA d'il y a encore 10/15 ans...

Et puis si l'on regarde au niveau européen, si les allers-retours public/privé sont peut-être plus systématiques, on ne peut pas dire que bcp de grands dirigeants soient issus du monde de l'entreprise. A part Berlusconi bien-sûr...

Ecrit par : Bob | 17.05.2008

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