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29.04.2008

Pourquoi j'ai voté Sarko au 2nd tour. Bilan un an après.

Comme un certain nombre d'électeurs centristes, j'ai fait le choix, au second tour de l'élection présidentielle de voter pour Nicolas Sarkozy. Retour sur les raisons qui ont fondées ce choix et bilan après un an de sarkozysme présidentiel.

Après l'échec relatif de Bayrou au 1er tour, les centristes se trouvaient face à une triple alternative. L'abstention par dépit. Le vote Royal par esprit contestataire. Le vote Sarkozy par esprit constructif.

Le premier, confortable, mais finalement peu responsable, était tout à fait honorable. Voter pour Sarko ou Ségo, c'était en effet tirer un trait sur l'aventure bayrouiste. C'était considérer que les centristes ne pourraient, dans la séquence à venir, poursuivre leur stratégie d'autonomie.

Le vote Royal quant à lui, était essentiellement tactique. Donc selon moi bien moins honorable. Il s'agissait de tenter de faire perdre Sarko coûte que coûte, quitte à renier à la fois ses idées et le rêve d'un centre qui n'aurait pas été plus autonome comme supplétif du PS qu'il n'a pu l'être comme allié-soumis au RPR dans le passé.

Reste le choix Sarko. Pour moi, plus que stratégique, il fut aussi un vote d'adhésion. Par défaut. Mais un vote d'adhésion tout de même.

Première raison, le volontarisme. Sarkozy, en tant que ministre de l'intérieur, mais aussi sous Balladur en tant que ministre du budget avait su démontrer qu'il était une nouvelle incarnation du volontarisme en politique. L'idée qu'en agissant, il est toujours possible de faire plus qu'en restant essentiellement passif, comme avaient pu l'être, au moins dans leur style suranné et compassé, Mitterrand et Chirac.

Deuxième raison, la rupture face au système. Si la véritable rupture était bien celle prônée par Bayrou, celle qui aurait fait voler en éclat, par sa seule élection, une bonne partie des pratiques et des institutions de la Ve République, Sarko avait lui aussi été le chantre d'une rénovation en profondeur du système politique. Et sur des fondements plus crédibles que la démocratie participative ségoléniste, impraticable et dangereuse pour la démocratie représentative, la seule qui vaille à mes yeux.

Troisième raison, le programme économique. Si le programme de Sarko sentait bon la machine à promesses, il était toutefois principalement d'essence libérale. Seul véritable point noir, sa mollesse quant aux déficits publics et le mirage d'un certain dirigisme économique à la grand papa. Mais sur ces deux points, je n'avais pas trop d'inquiétude quant à la realpolitik à laquelle il serait bien obligé de se plier. Qu'il s'agisse du déficit ou de l'interventionnisme, il serait bien obligé de se rendre rapidement aux évidences respectives de l'urgence et l'impuissance.

Quatrième raison, le rassemblement. Pour moi, le centre est le fruit d'une tradition historique, il est porteur d'un corpus de valeurs qui le porte naturellement à s'allier avec les forces de droite, pourvu qu'elles soient relativement modérées. Contrairement à ce que l'on a bien pu dire durant la campagne, Sarko incarne une droite relativement modérée. Bien moins libérale qu'un Madelin avec lequel nous fûmes pourtant alliés jusqu'en 1998. Bien plus sociale que la plupart des droites européennes. La droite française reste une droite influencée par le syncrétisme gaulliste, qui la positionnerait au centre-gauche dans bien des États membres de l'Union. L'intérêt d'une alliance avec le centre, c'est que ce dernier la modère sur ses travers. Au dirigisme, le centre répond libéralisme. A l'individualisme, le centre répond humanisme social. Au nationalisme, le centre répond Europe. Aux valeurs traditionalistes, le centre répond ouverture sur les sujets sociétaux. En tout cas, le centre tel que je le conçois.

Cinquième raison enfin, l'adhésion à la bipolarisation. Votez Sarko, c'était aussi assumer que la France était, depuis l'élection au suffrage universel instituée en 1962, entrée dans un système politique viscéralement bipolaire. Et que les Français l'avait accepté massivement, trouvant en l'alternance, devenue possible depuis 1981, une façon de faire vivre la démocratie. Revenir sur cette bipolarisation n'est possible qu'en changeant le mode de scrutin présidentiel. Ce qui est impossible. En outre, bipolarisation ne veut pas dire bipartisme, mais seulement l'affrontement de deux coalitions naturelles de partis, l'une ancrée à droite, l'autre à gauche. Dans la bipolarisation, le centre peut donc continuer à jouer un rôle, certes minoritaire. Mais à long terme, rien ne lui interdit de modifier sa stratégie d'alliance. Avec un PS rénové, dans le cadre d'un contexte local ou régional particulier, le centre reste une force libre, capable de s'allier intelligemment. Mais cela n'est possible, comme dans les autres États européens, que dans un cadre clair pour le citoyen-électeur. Quand la CDU allemande s'allie avec le SPD au niveau fédéral ou avec les Verts à Hambourg, cela reste exceptionnel et non une règle de l'alliance à géométrie variable systématique.

Passons maintenant au bilan.

Sur le volontarisme, la déception est grande. Plutôt que de volontarisme, Sarkozy a fait preuve d'agitation tous azimuts. Le volontarisme aurait consisté à une sorte de Grenelle général. Une traduction concrète, avec échéancier, de ses promesses de campagne en un programme législatif de mandature. Bien au contraire, la réforme a été lancée dans tous les domaines sur le mode classique de la réformette. Plutôt que de réformer le système fiscal en profondeur, on nous a livré un paquet fourre-tout, peu lisible, et qui plus est sans réel effet immédiat. Plutôt qu'une réforme de l'enseignement, on a donné une semi-autonomie aux universités. Puis on a distillé, sans mise en perspective, des réformes de l'éducation nationale, qui semblent être autant de perles enfilées sur un collier que l'on sait déjà sans fin depuis 30 ans. Plutôt que de libéraliser la vie économique là où cela est nécessaire, on a enchaîné les petites touches cosmétiques. L'abrogation des lois Royer-Raffarin-Galland en est certainement le plus bel exemple, la touche Chatel ayant inutilement précédée la touche Lagarde actuellement en débat, pas encore assez radicale pour réellement changer la donne.

Sur la rupture face au système, Sarkozy a confirmé qu'il était bel et bien dual en la matière. Si la réforme des institutions annoncée reste porteuse de belles avancées, Sarkozy n'a pas véritablement rompu avec le système clanique des ères Mitterrand et Chirac. Le retour d'un Guaino plus pathétique qu'inspirant une tendre nostalgie, l'omniprésence du couple Balkany en véritable décalcomanie des réseaux Pasqua, la répartition des postes élyséens et ministériels qui tient compte de l'humeur de la Première Dame, sont autant de signes que Sarko raisonne plus chef d'une bande de copains, qu'en chef d'un État moderne et démocratique.

Le programme économique. Là aussi, nous sommes loin du compte. Mais force est de constater que Sarkozy s'en est plutôt tenu à son programme initial. Mi libéral, mi dirigiste, mi père-la-morale, mi démagogue, il ne lui aura pas fallu six mois pour s'engluer définitivement dans son refus de faire des choix responsables. Plutôt que d'assumer d'emblée les réalités, Sarkozy a préféré tenter de bercer les Français dans l'illusion que nous pouvions éviter d'adapter notre économie à la mondialisation. Point de réelle remise en cause des 35h, point de traitement de choc contre le déficit et la dette publics, point de réforme de l'État-providence... Mais sur ce point, Sarkozy n'aura pas le choix. L'État n'a plus de marges de manœuvre budgétaires et les coupes ciblées qui sont actuellement réalisées démontrent l'impasse dans laquelle il se trouve. Mais plutôt que d'être le Président qui aura mis les Français face aux réalités, Sarko restera certainement celui du bonimenteur aux "poches vides". Un boulet bien lourd et dont il aura bien du mal à se délier.

Sur le rassemblement, Sarkozy a plus que rempli sa mission. Je reste un fervent amoureux de l'ouverture. Même si elle n'a pas l'ampleur qu'elle pourrait avoir en raison du sectarisme qui inspire profondément l'opposition socialo-bayrouiste, cette ouverture est bien celle dont, nous centristes, avions rêvé. Un gouvernement rassemblant Kouchner, Borloo, Alliot-Marie, Dati, Bockel, Lagarde, Yade, Wauquiez, Darcos... des missions confiées à Bourlanges, O. Duhamel, Attali, Amara, Hirsch, Simone Veil, cela reste une belle aventure politique. Et au-delà du coup politique, des symboles porteurs de sens, et l'intégration de valeurs différentes dans un esprit pluraliste. Quel dommage cependant que Bayrou n'est pas su donner à l'UDF la place qui lui revenait dans ce schéma. Mais à côté de ce tableau plus que séduisant, reste l'UMP. La large victoire aux législatives n'a fait que renforcer son godillotisme grognon par la réélection de bon nombre de députés aussi nuls qu'issus de la droite la plus conne du monde. Là encore, avec le score réalisé par l'UDF au 1er tour de la présidentielle, il aurait sans doute été possible de rééquilibrer quelque peu cette majorité en négociant des circonscriptions "gagnables" pour des candidats centristes. Las, il ne nous reste que la grosse vingtaine de députés NC et l'autre petite vingtaine de députés radicaux. Une force bien maigre, à côté des centaines d'UMP, aussi bien élus qu'une vache l'autre été avec l'étiquette Sarkozy agrafée à l'oreille droite.

Sur la bipolarisation, là aussi, le contrat est rempli. Il n'était d'ailleurs pas question de contrat, mais tout simplement de logique. Et son application était bien moins l'affaire de Sarkozy que celle des Français. En lui donnant une majorité franche au 2nd tour de la présidentielle, ils ont confirmé leur validation d'un système bipolaire. Sans réserve. Tout comme aux législatives, où entre les deux tours, ils ont porté leurs voix sur des candidats socialistes pour modérer le raz-de-marée umpiste annoncé. Tout comme aux municipales, où, lorsqu'ils ont voulu sanctionner la droite, ils ont voté à gauche, et vice-versa.

Alors, au final, était-ce un bon choix que de voter Sarkozy ?

Peut-être pas si l'on tient compte de son échec sur les principales questions de fond. Mais aurait-il mieux valu voir l'élection de Ségolène. Rien n'est moins sûr. Nous aurions certainement eu droit à un grand n'importe, sans plus de rigueur économique, sans plus de méthode dans la mise en œuvre des réformes et assurément avec encore moins d'intensité, et, qui plus est, nous n'aurions certainement pas eu d'ouverture.

Peut-être pas non plus si l'on considère que Bayrou a finalement survécu. Au fond de sa chapelle, abandonné des Français qui lui conservent pourtant une affection parfois un peu honteuse, souvent superficielle et qui ne se traduit nullement en acte d'amour électoral, Bayrou entretient la petite flamme du centrisme révolutionnaire, qui nous a tant fait espérer jusqu'au soir du 22 avril 2007. Mais la chapelle qu'il s'est construite est entourée d'un champ de ruine. En rompant de façon définitive avec ses racines, ses amis et l'homme de centre-droit, viscéralement démocrate-chrétien, qu'il est au fond de lui, la flamme qu'il entretient n'a d'autre destin que d'attendre que la chandelle qui la fait luire finisse par se consumer. Pas plus qu'au soir du 22 avril, le choix du non-choix que nous a imposé Bayrou n'a de sens.

Voter Sarkozy est donc un choix que je continue d'assumer. Parce qu'il reste un choix par défaut. Parce qu'il ne fut pas un choix irraisonné, qu'il ne fut pas le choix d'un militant aveuglé par ses croyances. Si Sarkozy m'était apparu véritablement sincère dans son volontarisme, sa capacité à rompre avec le système, son courage à assumer une ligne économique nécessaire, je n'aurais pas voté Bayrou au 1er tour. Ce que je regrette le plus au final, c'est que Sarkozy ne se soit pas muer en un autre, qu'il n'ait pas changé plus qu'il ne nous avait dit avoir changé.

Mais au final, j'ai voté sur un programme clairement présenté, par un homme dont je savais la personnalité, les qualités et les défauts.

Cela reste le principal avantage d'avoir voté Sarkozy. Celui d'avoir voté pour un candidat qui s'est placé en situation d'hyper-responsabilité. Une hyper-responsabilité qu'il a assumé et qu'il ne peut qu'assumer jusqu'à la fin de son mandat.  Sarko aura certainement apporté beaucoup à notre démocratie en ce sens.

Et si les Français l'aiment si peu aujourd'hui, c'est certainement qu'en assumant son programme et ce qu'il est, Sarkozy leur rappelle chaque jour à quel point ils ont voté pour lui en connaissance de cause. Et en conscience.

20.04.2008

Réunion du bureau de l'UDF : la version d'Arthuis

Jean Arthuis livre dans Le Point sa version du bureau de l'UDF qui s'est réuni mercredi dernier. S'il ne conteste pas que Bayrou y est resté majoritaire, il conteste le déroulement de la réunion et les "pratiques totalitaires" d'un Bayrou venu sans livres de compte. Il livre également la liste des sénateurs qui s'y sont opposés à Bayrou : Nogrix, Deneux, Ferat, Mercier et Morin-Desailly.

Ses dires confirment que Bayrou n'a qu'une vision très personnelle de la démocratie interne. Mais elle confirme surtout l'impasse que demeure l'idée de faire revivre l'UDF au sein du MoDem. D'ailleurs, Arthuis semblent en faire le deuil et annonce une "plate-forme" centriste trans-partisane associant le Nouveau Centre. A suivre...

Arthuis dénonce les "pratiques totalitaires" de Bayrou 

Jean Arthuis ne décolère pas. Le sénateur de la Mayenne, qui était présent mercredi soir au bureau de l'association centriste, a expliqué au point.fr qu'il remettait en cause les propos de François Bayrou sur le déroulement de la réunion. À l'issue de la soirée, le président du mouvement centriste avait affirmé qu'une large majorité s'était dégagée sur la question capitale de l'attribution du financement public. Avec cette précision de taille signée François Bayrou : ledit financement "ira au MoDem".

Une version vivement contestée par Jean Arthuis. "Au moment du vote, nous sommes sept à nous être levés et à avoir quitté la salle. Il y avait le président du groupe centriste au Sénat Michel Mercier, les sénateurs Marcel Deneux et Philippe Nogrix, les sénatrices Françoise Ferat et Catherine Morin-Desailly, le député européen Thierry Cornillet et moi-même. La raison était simple : lors de cette réunion, François Bayrou n'a pas apporté le budget, aucun livre de comptes, rien ! Comment voulez-vous pouvoir travailler sans document ?", s'exclame-t-il.

Jean Arthuis, qui dénonce une "pratique totalitaire", souhaite désormais "créer une nouvelle plate-forme politique qui rassemblera tous les centristes". "Des députés et des sénateurs du Nouveau Centre sont déjà prêts à nous suivre", promet-il.

Autre point de discorde : contrairement à François Bayrou, Jean Arthuis soutient que rien n'a été tranché sur la question du siège de l'UDF, situé dans le très chic VIIe arrondissement de Paris. Il souhaite désormais un accord avec le MoDem sur l'utilisation des bureaux.

Par Charlotte Chaffanjon - 12:16 | 17/04/2008 Le Point.fr

Lien vers l'article sur le site du Point.fr

"François Bayrou ou le rebelle solitaire"

C'est le titre d'une émission de Public Sénat diffusée le 11 avril dernier, qui tente de décrypter le phénomène médiatique Bayrou. Analyses somme toute assez convenues, mais intervenants assez pertinents...

Lien vers la vidéo sur le site de Public Sénat

14.04.2008

Aux "manoeuvres" de l'Elysée : Bayrou répond "plébiscite"

Rénover la démocratie, la refonder, la réinventer... voici quelques uns des leitmotive du MoDem depuis sa création. Et pourtant, plutôt qu'un laboratoire de la démocratie, le Mouvement-qui-n'a-de-démocrate-que-le-nom semble définitivement voué à fonctionner selon un mode pour le moins césariste.

Et ce, en maniant deux arguments pour le moins spécieux. L'urgence de contrer les attaques venues du dehors, la patrie "centro-modemiste" étant en danger. L'urgence de répondre aux attentes des électeurs d'avril 2007 et des nouveaux adhérents MoDem.

Et ces deux arguments, sont systématiquement utilisés, indépendemment ou cumulativement, pour mettre fin à chaque embryon de débat.

Lorsqu'il s'agissait du conseil national du 20 mai 2007, l'argument avait du sens. Aujourd'hui, on ne voit pas bien ce qui pousse Bayrou à décider du jour au lendemain d'organiser un référendum interne pour confirmer la ligne d'indépendance du parti.

En fait si, il y a deux raisons à cela.

La première est médiatique. Comme il ne reste à Bayrou que le ministère de la parole, et comme les dernière enquêtes d'opinion le voient entamer une nette chute dans les sondages, Bayrou doit trouver un source de relégitimation médiatique après son échec aux municipales. Sa stratégie pour y parvenir tient en deux axes : victimisation (dès le soir de 2nd tour il s'est présenté comme une victime des manoeuvres de l'UMP et de Sarkozy qui auraient téléguidé le choix des électeurs palois) ; soutien militant (Bayrou doit rester le héro des militants du MoDem qui continuent à le soutenir au milieu de la tempête).

La seconde est politicienne et financière. Les sénatoriales ayant lieu en septembre prochain, il serait particulièrement bien venu que Bayrou se trouve relégitimé par les militants juste avant les vacances. Juste à temps pour discréditer pour de bon l'aventure du trio Arthuis-Mercier-Cornillet visant à rendre à l'UDF son autonomie.

La fuite dans Le Monde de la note de l'Elysée sera donc tombé à point nommé. Elle donne l'occasion à Bayrou-Sarnez (cette dernière est d'ailleurs sorti de son silence post-électoral pour s'exprimer hier sur le sujet) de tuer dans l'oeuf le débat interne qui semblait pouvoir naître suite aux municipales. Elle leur permet d'accélerer les échéances, de réduire la question à une réaffirmation de la ligne sans possibilité de l'amender et de caricaturer le contexte en créant artificiellement l'idée d'un MoDem assiégé de toutes parts.

Non, le MoDem n'est pas en proie à des dissenssions internes plus fortes que celles qui le traversent depuis l'origine. L'échec des municipales aidant, elles s'expriment juste avec un peu plus de liberté. 

Non, le MoDem n'est pas plus qu'avant dans la ligne de mire de l'UMP et de Sarkozy. L'UMP veut la marginalisation de l'UDF depuis 2002. Sarko veut celle de Bayrou depuis mai 2007. Rien de nouveau donc.

Non, les départs d'Arthuis, voire de la moitié des sénateurs, ne sont en aucun cas plus dangereux que ceux des députés. Au contraire. La véritable fracture avec les élus a eu lieu dès le lendemain des présidentielles. 

Non, Bayrou n'est pas la victime de l'Elysée. Il est avant tout la victime des Français. Ces satanés électeurs, qui n'ont pas été suffisamment nombreux à glisser son bulletin dans l'enveloppe en avril 2007 pour le pousser au 2nd tour. Qui ont été trois fois moins nombreux à le faire pour les candidats MoDem aux législatives un mois plus tard. Et qui n'ont pas vu en lui un renouveau pour Pau, en tout cas juste un peu moins qu'une candidate issue de la gauche du PS, ni en Marielle une bonne façon d'équilibrer la municipalité de Delanoé...

Mais, plutôt que de donner le temps au débat, d'aborder ce passage difficile avec sagesse et le moins d'amertume possible, Bayrou fait le choix du plébiscite, dans une posture qui se veut gaullienne, mais qui tient plus de l'enfant vexé par les railleries dans la cour de récréation, et cherchant le soutien de sa bande de copains.

Il va en rester bien peu, des arguments, à ceux qui essaient depuis des mois de démontrer que le MoDem ne se résume pas à l'aventure personnelle d'un homme.

11.04.2008

Et si Sarko avait surtout peur d'un Borloo fédérateur du centre ?

Le Monde publie le texte intégral d'une note (attribuée à Dominique Paillé qui a démenti en être l'auteur) qui fait le point sur les tractations en cours pour pousser les sénateurs centristes à rompre définitivement avec François Bayrou.

On peut en tirer plusieurs enseignements.

L'UMP ne compte plus sur le NC pour rallier les centristes, mais sur les chances d'Arthuis et de Mercier de parvenir à rendre à l'UDF son autonomie face au MoDem.

Au sein de l'UMP, Méhaignerie a bien été investi de la mission de raviver les réseaux centristes du Grand Ouest.

Borloo rêve de fédérer sous sa personne les centristes, sans semble-t-il réussir à convaincre.

C'est pourtant cette dernière option qui serait certainement la plus dangereuse pour Sarkozy et Bayrou, dans la mesure où elle placerait le rassemblement du centre sous l'égide d'un leader crédible. Et si les manoeuvres de l'UMP visaient moins Bayrou, qui a du depuis longtemps intégrer une rupture à terme avec les UDF historiques tant elle paraît inéluctable depuis la création du MoDem, que Borloo qui nourrit de légitimes espoirs de pouvoir concurrencer un jour Sarkozy sur sa gauche ?

 

" 1) Plusieurs mouvements récents dans la famille centriste sont à noter.

Votre proposition à Michel Mercier pour appartenir officiellement à la majorité présidentielle a sans doute été un déclencheur puisque le président du groupe UC du Sénat ne s'en est pas caché.

Les ministres centristes (Hervé Morin, Valérie Létard, André Santini – Christian Blanc se tient à l'écart) ont alors redoublé d'assiduité auprès des sénateurs centristes pour leur proposer une alliance plus claire au sein du Nouveau Centre. Le petit groupe prêt à le faire atteindrait aujourd'hui le tiers de l'effectif.

Depuis le lendemain des élections municipales, Michel Mercier a fait savoir à François Bayrou et Marielle de Sarnez qu'il ne les suivrait plus dans des opérations-suicides et sectaires et que c'était là sa responsabilité de trésorier à la fois de l'UDF et du MoDem.

Jean Arthuis, dans une interview au Journal du dimanche, est venu s'aligner pratiquement mot pour mot sur la position de Michel Mercier.

Thierry Cornillet, député européen centriste, que vous avez reçu, a de son côté publié un manifeste pour le Centre qui constitue à la fois une proposition et une analyse pertinente de la situation : le Nouveau Centre ne recrutera pas plus, par contre il est possible de retravailler dans le cadre de l'UDF historique sans François Bayrou.

Dans le même temps, de nombreux élus dans le Grand Ouest, maires de petites villes (Douarnenez, Concarneau, Landerneau, Quimperlé) ne s'affilient pas au Nouveau Centre mais se réclament de l'Union centriste. Pierre Méhaignerie, comme il vous l'a d'ailleurs dit, les encourage dans ce sens. S'ils ne veulent pas venir à l'UMP, il préfère qu'ils n'aillent pas non plus au Nouveau Centre.

2) Derrière ces mouvements variés, plusieurs constantes peuvent nous permettre de continuer à compter sur l'ensemble de la famille centriste pour la recherche d'une majorité au Sénat et d'une majorité au Congrès.

Michel Mercier souhaite sincèrement être ministre et reste très intéressé par la possibilité pour un parlementaire de retrouver son siège directement, comme l'avant-projet de loi constitutionnelle le prévoit.

Jean Arthuis veut conserver la présidence de la commission des finances en septembre prochain.

Pierre Méhaignerie veut rester la référence centriste au sein de l'UMP.

Enfin, il est clair qu'à quelques semaines du versement aux partis politiques de la dotation publique de l'Etat, les sénateurs centristes et de nombreux élus locaux ne veulent plus en faire bénéficier François Bayrou et Marielle de Sarnez, sans pour autant apporter tout cela au Nouveau Centre.

En conclusion, il est possible dans les semaines qui viennent que les UDF centristes historiques récupèrent même matériellement le siège du parti et tous les actifs qui y sont, lesquels appartiennent toujours formellement à l'UDF. Nous nous retrouverions alors avec un parti centriste supplémentaire (l'ancienne UDF) entre le Nouveau Centre et le MoDem.

3) Il est clair que, depuis plusieurs semaines, cette analyse a été faite par Jean-Louis Borloo et son secrétaire général, Laurent Hénart. Le ministre d'Etat multiplie les entretiens et les déjeuners avec l'ensemble de cette mouvance et tente, en vain jusque-là, de la fédérer à son profit.

Dans ce contexte, la réunion que vous présidez [mercredi 9 avril] avec la majorité présidentielle n'en est que plus opportune."

Lien vers l'article sur le site du Monde

09.04.2008

Jean-Christophe Lagarde, moins MoDem et plus NC que jamais...

Rien de bien nouveau dans cette interview, sinon que Lagarde reste certainement l'un des centristes les plus libres du moment. Ne serait-ce que parce qu'il ne doit ses mandats, ni à Morin, ni à Sarko, ni à Bayrou. Et puis il fait partie de ces quelques - encore - jeunes élus qui pourraient reconstruire le centre dans l'avenir ...

 

Manifeste pour un vrai centre

Finalement assez peu relayé sur la blogosphère MoDemiste, le manifeste lancé par Thierry Cornillet se révèle une analyse assez objective de l'aventure dans laquelle l'UDF s'est lancée depuis Bayrou.

Mais il est à mon goût un peu trop teinté de l'amertume coupable de ceux qui s'en veulent d'avoir eu tort. De ceux qui attendent, un peu lâchement, que l'adversaire soit faible pour mener le combat.

N'est-ce pas un peu tard que d'attendre le printemps 2008 pour démonter l'irrésistible ascension de Bayrou en remontant jusqu'à son score de 2002 aux présidentielles ?

N'est-ce pas un peu malhonnête de prôner le retour à l'UDF de 1995 tout en ayant soutenu chacune des étapes qui l'ont logiquement conduite à devenir le MoDem de 2008 ?

Mais bon, il n'est jamais trop tard pour avoir raison, et cet appel n'en reste pas moins d'une grande pertinence en ce qu'il démontre, à son tour, l'impasse dans laquelle s'est fourvoyée l'UDF en rompant avec son identité naturelle de formation politique indépendante de centre-droit.



MANIFESTE POUR UN VRAI CENTRE
 

Pourquoi en sommes-nous là ?

L’UDF, depuis sa création en 1978, a subi 4 vagues successives de départs qui l’ont divisée et affaiblie particulièrement en terme d’élus

  • en 1997 avec les départs de Républicains de Démocratie Libérale d’Alain Madelin
  • en 2002 après la création de l’UMP
  • en 2007 avec la création du Nouveau Centre
  • en 2007 encore, avec la mise au congélateur de l’UDF, la disparition du sigle, et la création du MODEM.


10 ans, bientôt 11 ans de perte d’influence et de moindre capacité d’action dans la vie publique

La création de l’UMP constituait un vrai danger pour l’UDF. Convenons qu’elle a bien résisté à cette tentative de captation. Avec plus de 12% des voix obtenues aux élections Régionales et Européennes de 2004, elle a même reconquis presque son étiage électoral moyen.

Aux élections présidentielles elle a toujours eu la capacité de présenter des candidats.

François Bayrou, pour sa part, a porté deux fois le flambeau.

  • en 2002, comme candidat de l’UDF (puisque l’UMP n’a été fondée qu’après le choc de la présidentielle). Résultat : 6,84% ;
  • en 2007, lors de la dernière élection, résultat 18,57% au terme d’une très belle campagne de son Président et de l’UDF…. car le Modem n’existait pas encore.


Une analyse courte mais qui participe de la légende, veut que ce score soit « exceptionnel » et porteur d’avenir.

Hélas, ce n’est pas vrai!

François Bayrou ne partait pas de 6,84% mais d’environ 13% (résultat cumulé par l’UDF tant aux régionales qu’aux européennes de 2004). Le gain final est de 5,8% et s’explique aisément par l’addition d’anti-ségolénistes et d’un peu d’anti-sarkozystes.

C’est même un résultat moyen si l’on considère le différentiel avec les concurrents

N.Sarkozy (31,18%, soit + 12.61%, 4 629 388 voix de plus)  et S.Royal (25,87% soit +7.30%, 2 680 381 voix de plus).

Rappel : En 1988 Raymond Barre: 13,19% par rapport à J. Chirac: 15.91%

Idem si l’on considère qu’en 1995 E. Balladur était le candidat centriste: 18,58% par rapport à J Chirac: 20,84%


Ce capital de 18,5% pourtant intéressant et prometteur fut gaspillé, à la veille du 2éme tour, en une phase que François Bayrou a prononcée inconsidérément en dépit de la position unanime du Comité exécutif : « Je ne voterai pas Nicolas Sarkozy ». Ce qui a été immédiatement compris par « je voterai Ségolène Royal » (qui s’est d’ailleurs empressée de le remercier).

C’était parfait pour gâcher son électorat, car qu’on le veuille ou non, l’électorat de base , l’électorat « nucléaire » de l’UDF est de Centre et de Centre droit, et cet électorat nous a, hélas, quitté.

Résultat : 7,3% aux élections législatives qui ont suivi avec trois députés (trente auparavant) et la chute s’amplifie.

Lors des élections municipales, du fait de la stratégie « à la carte » proposée par notre Président, l’image du parti s’est gravement altérée. «  Mais où habite-t-il ? »

Quant à sa lisibilité, elle apparaît plus que brouillée. « Mais où vont-ils ? »

« Parti de la gamelle », « Formation opportuniste » tout a été entendu.

Notre UDF, devenue MODEM, n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Les élus ont disparu, soit entraînés vers de nouveaux partis, soit restant en déshérence mais hors du parti.

Nos militants anciens se frottent à longueur de réunions à nombre de militants nouveaux dont la fraîcheur d’âme et la diversité politique n’ont rien à envier à l’inexpérience.

Le seul point commun de beaucoup de ces nouveaux adhérents est la personnalité de François Bayrou plus que l’adhésion politique. Situation qui est à la fois périlleuse car volatile et surprenante car peu conforme à la tradition anti homme providentiel du centrisme français. Qui plus est, elle donne prise à la critique de dérive sectaire.

Ce parti est la propriété collective de tous les adhérents et ne saurait être capté par un clan quelconque ou mis au service exclusif d’une seule ambition personnelle.

Nous demandons donc :

  • un retour à la lucidité

C'est-à-dire reconnaître, même si on peut le déplorer, que le scrutin majoritaire à 2 tours est la règle d’airain qui régit la vie politique, qu’elle a ses contraintes, et que sauf à avoir 51% tout seul au 1er tour, il faut des alliés pour être élu, et qu’il faut des élus pour peser sur les choix ou gouverner.

  • une morale d’honnêteté politique

Il faut dire, avant le premier tour, qui sont ses alliés, c'est-à-dire ceux avec qui on partage le plus de valeurs et quel bout de route on peut emprunter avec, soit que nous les rejoignons soit qu’ils se rallient à nous.

Observons que les rares succès enregistrés à ces élections municipales l’ont été par alliance avec l’UMP, à très peu d’exceptions près.

Avons-nous d’ailleurs une alternative crédible, en l’absence d’un grand parti social-démocrate séparé des communistes et de l’extrême gauche, sauf à vouloir devenir un supplétif dans une stratégie « arc en ciel » comme en Italie: de Bezancenot à Bayrou ?
       

  • La fin des légendes
Celle d’un résultat exceptionnel aux présidentielle
 
Celle de l’indépendance du Centre
 
Ce n’est qu’une posture, nous avons toujours été indépendants et libres mais l’indépendance en politique c’est d’abord la puissance et la capacité d’agir.

L’UDF était puissante et indépendante, le MODEM n’est que faible et à la merci de ses alliés  « interchangeables ».
 
 Celle de la construction d’un parti nouveau
 
« nous n’avons que trois mois »  « il faut du temps » ….

En fait de construction, c’est à une déconstruction systématique à laquelle on assiste. Faut-il rappeler que l’UDF dont le Modem profite tant en locaux qu’en subsides a bientôt 30 ans, qu’elle avait des élus sur tout le territoire et à tous les niveaux de responsabilités.

Le nombre d’élus dont nous disposons maintenant (moins que le parti communiste !) la capacité réelle d’agiter autre chose que le ministère de la parole ou l’incantation à la « résistance », ne sont que quelques uns des critères apparents de cette perte de substance.
 
 Celle de l’élection salvatrice, rédemptrice, à la présidentielle de 2012.

Une élection présidentielle est l’aboutissement d’un processus, pas un préalable

On ne peut pas sacrifier un parti et ses élus, à ce qui, en l’état, n’est qu’une chimère.

Sous le Vème République, sans parti puissant en terme d’élus, on ne gagne pas une primaire présidentielle.

  • L’arrêt de la stratégie de l’embuscade permanente

Faute de peser réellement sur les choses, les dirigeants actuels du Modem souhaitent la défaite du gouvernement et l’échec des réformes pour se refaire une santé à bon compte.

Réformes que nous avons pourtant appelées de nos vœux lors de la campagne présidentielle.

Notre parti s’honorerait de voter celles qui lui paraissent bonnes, voire en les amendant, fussent-elles douloureuses et impopulaires dans un premier temps.

  • Un partenariat actif pour ces réformes 

Une forme de contrat de gouvernement, si nos valeurs et nos propositions sont prises en compte peut être passée avec la majorité présidentielle, sans y perdre son âme, tout en restant libre de le dénoncer si les termes du contrat ne sont pas respectés.       

  • La renaissance de l’UDF

Notre parti politique, socle du Centre, a été inconsidérément « assassiné » au Congrès de Villepinte. Nous demandons sa réactivation et l’organisation d’un congrès de renaissance de l’UDF sous forme éventuellement de fédération qui pourrait intégrer le MODEM comme l’un des membres.

Dans un premier temps et, sans préjudice d’un Congrès ultérieur, nous demandons la réunion rapide du bureau de 30 membres élus par le Congrès de l’UDF de 2007 chargé d’en défendre les intérêts juridiques, matériels et moraux.
   
- La mise à disposition de moyens et de capacité d’expression

au sein de cette fédération par partage, à convenir, de l’argent public versé (subsides calculés sur la base de candidatures aux législatives dont beaucoup ne sont plus sur la ligne politique actuelle du parti).

- L’ouverture immédiate de discussions par un collège à déterminer, avec le Nouveau Centre, Avenir Démocrate, le Parti Radical et toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le Centrisme afin de constituer une Fédération du Centre pour éviter que la division à l’infini de ses composants ne soit l’avenir du Centre en France. Il faut rassembler ce qui est épars, sinon la bipolarisation aura vraiment gagné.

Tout ceci est possible au sein de notre formation, fusse contre la volonté de son Président et sans son autorisation.

Rien ne vous oblige à quitter le parti. La façon dont son Histoire va maintenant s’écrire est de votre responsabilité.

C’est en son sein qu’il faudra faire renaître l’espoir et regagner la confiance des françaises et des français.

Si vous partagez cette analyse, pour le moins en partie,

      Rejoignez-nous, soit en m’écrivant :

      Thierry Cornillet BP 28  26201 Montélimar 

      Soit par message courriel à : lesamisdeludf@live.fr

06.04.2008

Jean Arthuis quitte un MoDem qui n'a plus rien à lui donner.

Jean Arthuis annonce dans le JDD qu'il quitte le MoDem. "On ne gouverne pas un parti comme une secte. Le MoDem ce n'est pas le Temple Solaire" balance-t-il selon une dépêche.

Cela fait bien longtemps que ce départ était prévisible. Depuis la création du MoDem, Jean Arthuis tenait une ligne bien difficile. Et peu claire. Celle d'être opposé à la création du MoDem tout en devenant membre fondateur en décembre dernier. Celle d'un défenseur de l'UDF d'avant, tout en se satisfaisant de sa disparition, pourvu qu'elle s'accompagne d'une phase transitoire où la vieille dame du centrisme français se résumait à une coquille vide. Celle d'un sénateur qui refuse d'intégrer le Nouveau Centre, tout en poussant le groupe centriste du Sénat à adopter une motion de soutien à la majorité présidentielle...

Pendant quelques mois, Arthuis aura mené un combat virtuel et sans issue. Virtuel, car de combat il n'y a pas vraiment eu. Il n'a pas mené la bataille statutaire qu'il avait promise. Il s'est abstenu de défendre réellement ses positions en interne au profit de quelques déclarations avant tout médiatiques. Mais que pouvait-il faire face au "gourou Bayrou" qu'il dénonce aujourd'hui ? Pas grand chose il est vrai. Le MoDem n'est plus l'UDF et avant même le MoDem, l'UDF n'était déjà plus l'UDF depuis longtemps.

Si Arthuis finit par mettre ses idées en cohérences avec ses engagements partisans, il sera parmi les derniers. Pourtant bien des occasions lui ont été offertes de défendre sa ligne. Mais, comme bien d'autres qui sont aujourd'hui au Nouveau Centre, il a préféré laissé Robien défendre seul cette ligne. Avant le 1er tour, il a laissé Santini incarner le ralliement des centristes à Sarkozy. Au soir du 2nd tour de la présidentielle, il a abandonnés ceux qui avaient le courage de rompre avec Bayrou en les laissant être taxés de traitres au centrisme.

Oui, Arthuis, qui est homme honorable par sa rigueur, son sens des valeurs, le travail qu'il accomplit au Sénat, Arthuis reste décidément un pur produit de l'UDF d'antan. Un homme de centre-droit qui n'est à l'aise que douillettement blotti dans une chapelle qui lui garantit de ne pas devoir trop se battre pour faire gagner ses idées. Cette UDF, qui pouvait quémander des postes auprès du RPR par le pouvoir de nuisance qu'elle représentait en divisant l'électorat conservateur en deux, a vécue.

Finalement, Arthuis aura sûrement été de ceux qui auront toujours manqué aux combats des centristes. Manqué à ceux qui ont espéré peser au sein de l'UMP. Manqué à ceux qui se sont engagés au Nouveau Centre pour faire survivre le centre-droit. Ceux-là peuvent lui en vouloir aujourd'hui, car leur aventure serait sans doute plus crédible si elle ne s'était pas résumée à son origine en une opération de sauvetage des députés UDF sortants.

Cependant, son départ est aussi la démonstration que le MoDem se révèle un échec.

Un parti sans élus. Pas de députés, pas vraiment de sénateurs sinon réfugiés dans un groupe qui deviendra bientôt aussi anachronique que le RDSE des radicaux. Bien peu d'élus locaux aussi. Et s'il aura peut-être demain de nouveau quelques élus européens, leur niveau sera sans doute bien en deçà des pointures de l'ancienne UDF. Jamais le MoDem n'aura les ressources pour donner à l'Europe un Bourlanges, un Lamassoure, un Cavada et encore moins une Simone Veil...

Un parti sans dynamique militante suffisante. On a beaucoup parlé du nombre de militants ces derniers mois au MoDem. Mais les municipales auront sonné le début d'une hémoragie que Bayrou-Sarnez ne parviendront certainement pas à contenir. Ceux venus de la gauche ont rêvé d'un MoDem qui soit une UDF qui s'allie naturellement avec les forces de gauche pour infléchir la ligne du PS vers un positionnement plus moderne et actuel. Ils ont désormais la démonstration que le MoDem ne gagne que dans le cadre d'alliances avec la droite, que le PS n'a pas besoin de changer quoi que ce soit pour récupérer les voix modemistes du 1er tour et que le MoDem n'aura, par l'essence de son positionnement central, jamais de stratégie d'alliance naturelle avec la gauche. Ceux attachés au positionnement au centre-droit, peuvent désormais faire le constat que le MoDem favorise les victoires de la gauche, et qu'il ne pèse pas suffisamment pour remporter des primaires à droite.

Un parti qui ne donne pas d'espace à l'expression des idées. Le MoDem se résume plus que jamais à Bayrou lui-même. Bayrou a toujours suivi la ligne du "moins nous serons nombreux, plus notre ligne sera apurée". Aujourd'hui, Bayrou est seul, et il n'a plus de ligne à défendre sinon celle du recours à un homme providentiel. Mais comme je l'ai souvent dit, Bayrou n'est pas De Gaulle.

Alors, oui Arthuis a raison de quitté le MoDem. Le MoDem n'a que faire des élus. Il n'a rien à lui apporter en terme de dynamique militante ou électorale. Il n'a d'autre vocation que de résister jusqu'à la présidentielle de 2012. Et Arthuis n'a pas la prétention d'y être candidat.

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