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29.04.2008

Pourquoi j'ai voté Sarko au 2nd tour. Bilan un an après.

Comme un certain nombre d'électeurs centristes, j'ai fait le choix, au second tour de l'élection présidentielle de voter pour Nicolas Sarkozy. Retour sur les raisons qui ont fondées ce choix et bilan après un an de sarkozysme présidentiel.

Après l'échec relatif de Bayrou au 1er tour, les centristes se trouvaient face à une triple alternative. L'abstention par dépit. Le vote Royal par esprit contestataire. Le vote Sarkozy par esprit constructif.

Le premier, confortable, mais finalement peu responsable, était tout à fait honorable. Voter pour Sarko ou Ségo, c'était en effet tirer un trait sur l'aventure bayrouiste. C'était considérer que les centristes ne pourraient, dans la séquence à venir, poursuivre leur stratégie d'autonomie.

Le vote Royal quant à lui, était essentiellement tactique. Donc selon moi bien moins honorable. Il s'agissait de tenter de faire perdre Sarko coûte que coûte, quitte à renier à la fois ses idées et le rêve d'un centre qui n'aurait pas été plus autonome comme supplétif du PS qu'il n'a pu l'être comme allié-soumis au RPR dans le passé.

Reste le choix Sarko. Pour moi, plus que stratégique, il fut aussi un vote d'adhésion. Par défaut. Mais un vote d'adhésion tout de même.

Première raison, le volontarisme. Sarkozy, en tant que ministre de l'intérieur, mais aussi sous Balladur en tant que ministre du budget avait su démontrer qu'il était une nouvelle incarnation du volontarisme en politique. L'idée qu'en agissant, il est toujours possible de faire plus qu'en restant essentiellement passif, comme avaient pu l'être, au moins dans leur style suranné et compassé, Mitterrand et Chirac.

Deuxième raison, la rupture face au système. Si la véritable rupture était bien celle prônée par Bayrou, celle qui aurait fait voler en éclat, par sa seule élection, une bonne partie des pratiques et des institutions de la Ve République, Sarko avait lui aussi été le chantre d'une rénovation en profondeur du système politique. Et sur des fondements plus crédibles que la démocratie participative ségoléniste, impraticable et dangereuse pour la démocratie représentative, la seule qui vaille à mes yeux.

Troisième raison, le programme économique. Si le programme de Sarko sentait bon la machine à promesses, il était toutefois principalement d'essence libérale. Seul véritable point noir, sa mollesse quant aux déficits publics et le mirage d'un certain dirigisme économique à la grand papa. Mais sur ces deux points, je n'avais pas trop d'inquiétude quant à la realpolitik à laquelle il serait bien obligé de se plier. Qu'il s'agisse du déficit ou de l'interventionnisme, il serait bien obligé de se rendre rapidement aux évidences respectives de l'urgence et l'impuissance.

Quatrième raison, le rassemblement. Pour moi, le centre est le fruit d'une tradition historique, il est porteur d'un corpus de valeurs qui le porte naturellement à s'allier avec les forces de droite, pourvu qu'elles soient relativement modérées. Contrairement à ce que l'on a bien pu dire durant la campagne, Sarko incarne une droite relativement modérée. Bien moins libérale qu'un Madelin avec lequel nous fûmes pourtant alliés jusqu'en 1998. Bien plus sociale que la plupart des droites européennes. La droite française reste une droite influencée par le syncrétisme gaulliste, qui la positionnerait au centre-gauche dans bien des États membres de l'Union. L'intérêt d'une alliance avec le centre, c'est que ce dernier la modère sur ses travers. Au dirigisme, le centre répond libéralisme. A l'individualisme, le centre répond humanisme social. Au nationalisme, le centre répond Europe. Aux valeurs traditionalistes, le centre répond ouverture sur les sujets sociétaux. En tout cas, le centre tel que je le conçois.

Cinquième raison enfin, l'adhésion à la bipolarisation. Votez Sarko, c'était aussi assumer que la France était, depuis l'élection au suffrage universel instituée en 1962, entrée dans un système politique viscéralement bipolaire. Et que les Français l'avait accepté massivement, trouvant en l'alternance, devenue possible depuis 1981, une façon de faire vivre la démocratie. Revenir sur cette bipolarisation n'est possible qu'en changeant le mode de scrutin présidentiel. Ce qui est impossible. En outre, bipolarisation ne veut pas dire bipartisme, mais seulement l'affrontement de deux coalitions naturelles de partis, l'une ancrée à droite, l'autre à gauche. Dans la bipolarisation, le centre peut donc continuer à jouer un rôle, certes minoritaire. Mais à long terme, rien ne lui interdit de modifier sa stratégie d'alliance. Avec un PS rénové, dans le cadre d'un contexte local ou régional particulier, le centre reste une force libre, capable de s'allier intelligemment. Mais cela n'est possible, comme dans les autres États européens, que dans un cadre clair pour le citoyen-électeur. Quand la CDU allemande s'allie avec le SPD au niveau fédéral ou avec les Verts à Hambourg, cela reste exceptionnel et non une règle de l'alliance à géométrie variable systématique.

Passons maintenant au bilan.

Sur le volontarisme, la déception est grande. Plutôt que de volontarisme, Sarkozy a fait preuve d'agitation tous azimuts. Le volontarisme aurait consisté à une sorte de Grenelle général. Une traduction concrète, avec échéancier, de ses promesses de campagne en un programme législatif de mandature. Bien au contraire, la réforme a été lancée dans tous les domaines sur le mode classique de la réformette. Plutôt que de réformer le système fiscal en profondeur, on nous a livré un paquet fourre-tout, peu lisible, et qui plus est sans réel effet immédiat. Plutôt qu'une réforme de l'enseignement, on a donné une semi-autonomie aux universités. Puis on a distillé, sans mise en perspective, des réformes de l'éducation nationale, qui semblent être autant de perles enfilées sur un collier que l'on sait déjà sans fin depuis 30 ans. Plutôt que de libéraliser la vie économique là où cela est nécessaire, on a enchaîné les petites touches cosmétiques. L'abrogation des lois Royer-Raffarin-Galland en est certainement le plus bel exemple, la touche Chatel ayant inutilement précédée la touche Lagarde actuellement en débat, pas encore assez radicale pour réellement changer la donne.

Sur la rupture face au système, Sarkozy a confirmé qu'il était bel et bien dual en la matière. Si la réforme des institutions annoncée reste porteuse de belles avancées, Sarkozy n'a pas véritablement rompu avec le système clanique des ères Mitterrand et Chirac. Le retour d'un Guaino plus pathétique qu'inspirant une tendre nostalgie, l'omniprésence du couple Balkany en véritable décalcomanie des réseaux Pasqua, la répartition des postes élyséens et ministériels qui tient compte de l'humeur de la Première Dame, sont autant de signes que Sarko raisonne plus chef d'une bande de copains, qu'en chef d'un État moderne et démocratique.

Le programme économique. Là aussi, nous sommes loin du compte. Mais force est de constater que Sarkozy s'en est plutôt tenu à son programme initial. Mi libéral, mi dirigiste, mi père-la-morale, mi démagogue, il ne lui aura pas fallu six mois pour s'engluer définitivement dans son refus de faire des choix responsables. Plutôt que d'assumer d'emblée les réalités, Sarkozy a préféré tenter de bercer les Français dans l'illusion que nous pouvions éviter d'adapter notre économie à la mondialisation. Point de réelle remise en cause des 35h, point de traitement de choc contre le déficit et la dette publics, point de réforme de l'État-providence... Mais sur ce point, Sarkozy n'aura pas le choix. L'État n'a plus de marges de manœuvre budgétaires et les coupes ciblées qui sont actuellement réalisées démontrent l'impasse dans laquelle il se trouve. Mais plutôt que d'être le Président qui aura mis les Français face aux réalités, Sarko restera certainement celui du bonimenteur aux "poches vides". Un boulet bien lourd et dont il aura bien du mal à se délier.

Sur le rassemblement, Sarkozy a plus que rempli sa mission. Je reste un fervent amoureux de l'ouverture. Même si elle n'a pas l'ampleur qu'elle pourrait avoir en raison du sectarisme qui inspire profondément l'opposition socialo-bayrouiste, cette ouverture est bien celle dont, nous centristes, avions rêvé. Un gouvernement rassemblant Kouchner, Borloo, Alliot-Marie, Dati, Bockel, Lagarde, Yade, Wauquiez, Darcos... des missions confiées à Bourlanges, O. Duhamel, Attali, Amara, Hirsch, Simone Veil, cela reste une belle aventure politique. Et au-delà du coup politique, des symboles porteurs de sens, et l'intégration de valeurs différentes dans un esprit pluraliste. Quel dommage cependant que Bayrou n'est pas su donner à l'UDF la place qui lui revenait dans ce schéma. Mais à côté de ce tableau plus que séduisant, reste l'UMP. La large victoire aux législatives n'a fait que renforcer son godillotisme grognon par la réélection de bon nombre de députés aussi nuls qu'issus de la droite la plus conne du monde. Là encore, avec le score réalisé par l'UDF au 1er tour de la présidentielle, il aurait sans doute été possible de rééquilibrer quelque peu cette majorité en négociant des circonscriptions "gagnables" pour des candidats centristes. Las, il ne nous reste que la grosse vingtaine de députés NC et l'autre petite vingtaine de députés radicaux. Une force bien maigre, à côté des centaines d'UMP, aussi bien élus qu'une vache l'autre été avec l'étiquette Sarkozy agrafée à l'oreille droite.

Sur la bipolarisation, là aussi, le contrat est rempli. Il n'était d'ailleurs pas question de contrat, mais tout simplement de logique. Et son application était bien moins l'affaire de Sarkozy que celle des Français. En lui donnant une majorité franche au 2nd tour de la présidentielle, ils ont confirmé leur validation d'un système bipolaire. Sans réserve. Tout comme aux législatives, où entre les deux tours, ils ont porté leurs voix sur des candidats socialistes pour modérer le raz-de-marée umpiste annoncé. Tout comme aux municipales, où, lorsqu'ils ont voulu sanctionner la droite, ils ont voté à gauche, et vice-versa.

Alors, au final, était-ce un bon choix que de voter Sarkozy ?

Peut-être pas si l'on tient compte de son échec sur les principales questions de fond. Mais aurait-il mieux valu voir l'élection de Ségolène. Rien n'est moins sûr. Nous aurions certainement eu droit à un grand n'importe, sans plus de rigueur économique, sans plus de méthode dans la mise en œuvre des réformes et assurément avec encore moins d'intensité, et, qui plus est, nous n'aurions certainement pas eu d'ouverture.

Peut-être pas non plus si l'on considère que Bayrou a finalement survécu. Au fond de sa chapelle, abandonné des Français qui lui conservent pourtant une affection parfois un peu honteuse, souvent superficielle et qui ne se traduit nullement en acte d'amour électoral, Bayrou entretient la petite flamme du centrisme révolutionnaire, qui nous a tant fait espérer jusqu'au soir du 22 avril 2007. Mais la chapelle qu'il s'est construite est entourée d'un champ de ruine. En rompant de façon définitive avec ses racines, ses amis et l'homme de centre-droit, viscéralement démocrate-chrétien, qu'il est au fond de lui, la flamme qu'il entretient n'a d'autre destin que d'attendre que la chandelle qui la fait luire finisse par se consumer. Pas plus qu'au soir du 22 avril, le choix du non-choix que nous a imposé Bayrou n'a de sens.

Voter Sarkozy est donc un choix que je continue d'assumer. Parce qu'il reste un choix par défaut. Parce qu'il ne fut pas un choix irraisonné, qu'il ne fut pas le choix d'un militant aveuglé par ses croyances. Si Sarkozy m'était apparu véritablement sincère dans son volontarisme, sa capacité à rompre avec le système, son courage à assumer une ligne économique nécessaire, je n'aurais pas voté Bayrou au 1er tour. Ce que je regrette le plus au final, c'est que Sarkozy ne se soit pas muer en un autre, qu'il n'ait pas changé plus qu'il ne nous avait dit avoir changé.

Mais au final, j'ai voté sur un programme clairement présenté, par un homme dont je savais la personnalité, les qualités et les défauts.

Cela reste le principal avantage d'avoir voté Sarkozy. Celui d'avoir voté pour un candidat qui s'est placé en situation d'hyper-responsabilité. Une hyper-responsabilité qu'il a assumé et qu'il ne peut qu'assumer jusqu'à la fin de son mandat.  Sarko aura certainement apporté beaucoup à notre démocratie en ce sens.

Et si les Français l'aiment si peu aujourd'hui, c'est certainement qu'en assumant son programme et ce qu'il est, Sarkozy leur rappelle chaque jour à quel point ils ont voté pour lui en connaissance de cause. Et en conscience.

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Commentaires

Je suis loin d'être d'accord sur l'intégralité de ton analyse.
Notamment sur la notion de responsabilité.
Ensuite, si tu as cerné la personnalité de Sarkozy, c'est loin d'être le cas de tous ses électeurs... Notamment chez les seniors.

Mais... j'apprécie l'objectivité de ton billet :)

Ecrit par : KaG | 29.04.2008

Je ne pense pas que Sarko ait pu berner beaucoup d'électeurs. S'il est un homme politique que les Français ont pu jaugé avant son élection à la présidence de la République, c'est quand même bien lui.

Sarko a habilement joué en laissant pensé que ce qu'il avait réussi à l'Intérieur pouvait fonctionner avec le même volontarisme à l'échelle de l'État tout entier et sur la question du pouvoir d'achat en particulier.

Mais finalement, Sarko a été clair sur le sujet. "Le travailler plus pour gagner plus" que personne n'a pu ignorer n'a jamais été "demain on rase gratis".

A ce titre, le programme de Sarko est bien moins "malhonnête" que pouvait l'être la fracture sociale chiraquienne.

Ecrit par : Bob | 29.04.2008

Bob,

Je te rejoins sur certains points… et beaucoup moins sur d’autres. Rien de bien nouveau donc.

Je suis dans la catégorie des « peu responsables », car je n’ai voté ni Sarkozy, ni Royal. A l’époque, pour moi, ni l’un ni l’autre ne correspondait au chemin que devait prendre la France, pour des raisons très différentes. Royal parce qu’elle ne me semblait pas avoir la « carrure » pour le poste et que certaines de ses propositions étaient économiquement aberrantes, et Sarkozy parce que, en dehors de ses propositions ou de son volontarisme affiché, je trouvais le personnage dangereux. Dangereux dans sa façon d’exercer le pouvoir, et dangereux pour l’unité nationale.

Un an après, mon analyse concernant Sarkozy n’a pas changé. Concernant Royal, j’ignore si les résultats auraient été différents, mais je crois qu’elle aurait exercé la fonction différemment, et qu’elle aurait su s’entourer de compétences.
Le procès en incompétence fait à Royal a été probablement très exagéré. Et sans doute son statut de femme a-t-il en partie joué.

Bref, je n’ai pas choisi, considérant que de toute façon Sarkozy allait l’emporter haut la main. La seule chose que j’attendais de Sarkozy était que sa seule élection permettrait, par effet psychologique, de relancer l’économie.
La déception est venue très rapidement, et se renforce chaque jour un peu plus.

Contrairement à toi, je n’ai jamais cru véritablement au volontarisme de Sarkozy, ou si volontarisme il y avait, c’était un volontarisme de façade. Ses passages aux ministères du budget, puis des finances et de l’intérieur, n’avaient pas vraiment eu les résultats escomptés, loin de là. Beaucoup d’agitation médiatique, mais au-delà, un bilan assez peu brillant. As-tu remarqué qu’alors que les caméras de télé étaient au Ministère de l’Intérieur quotidiennement quand Sarkozy le dirigeait, elles n’y sont plus. Pour autant MAM semble obtenir des résultats au moins aussi bons.

Sur le programme économique, j’ai une différence d’analyse totale avec Sarkozy. Il considère que la croissance doit avant tout s’appuyer sur les grandes entreprises, à l’export. Mais les grandes entreprises, dans une économie mondialisées, sont des géants aux pieds d’argile. On l’a vu encore récemment avec Acelor.
L’Allemagne a pris depuis longtemps l’option inverse. Celle de baser son développement économique sur un tissus incroyablement dynamique de PME et PMI hyper spécialisées, et très souvent leaders sur leurs marchés. La recherche y est beaucoup plus développée, qui est en plus une recherche de pointe. Les PME ont en outre l’avantage de produire localement, donc de générer de l’emploi qualifié y compris en production. Les grandes entreprises conçoivent en France mais produisent ailleurs.

Sur le rassemblement, mon analyse est exactement inverse à la tienne. L’ouverture est un gadget de communication, mais faite comme elle l’a été, elle n’a strictement rien apporté si ce n’est de brouiller les cartes. Je me demande encore quels ont été les apports de ces ministres de gauche ou du centre.
Ce n’était absolument pas la vision défendue par Bayrou quand il parlait de faire travailler tout le monde ensemble. D’un coté il s’agit de s’allier une partie de l’opposition pour appliquer un programme clairement défini ; de l’autre de trouver un consensus trans-partisan pour régler certains problèmes essentiels.

Sarkozy n’est pas et ne sera pas un président de rassemblement. Au contraire même. Rarement un responsable politique de ce niveau aura autant clivé la population. Ni même autant clivé ses propres partisans. De Gaulle (mais le contexte historique était très différent), Pompidou, Giscard, Mitterrand puis Chirac ont dès leur prise de fonction essayé de rassembler les Français. C’est la théorie d’un président qui se situe, de par sa fonction « au dessus des partis ». Sarkozy fait exactement l’inverse. Il « joue » systématiquement les uns contre les autres.

Quant à l’avenir ? Je suis pour ma part très pessimiste. Nos fondamentaux économiques se dégradent. La situation mondiale n’est pas le fait de Sarkozy, mais je crains que ses remèdes ne soient pire que le mal. Les petites et moyennes entreprises – j’en rencontrent tous les jours – vont mal. Elles évoluent essentiellement sur un marché local, et le marché local se porte mal. C’est toute la problématique de pouvoir d’achat en berne.
Notre tissus social se déchire. Quoi qu’en disent les chiffres du chômage, la proportion de foyers précaires, voire très précaires, ne cesse d’augmenter. C’est la problématique des travailleurs pauvres. Ils bossent, mais ne peuvent ni se loger, ni se soigner, ni souvent se nourrir convenablement. Ils sont de plus en plus nombreux… En dehors des chiffres officiels du chômage, dont on sait qu’il ne sont que la partie visible de l’iceberg, la pauvreté s’accroît et touche désormais de plein fouet les classes moyennes, celles-là même qui jusqu’à présent faisaient tourner l’économie.

J’ai participé récemment à une réunion du Medef (tu vois, j’ai des entrées !). J’ai été sidéré d’entendre dans la bouche de certains responsables exactement le même discours que celui que j’avais lu précédemment sous la plume de Léotard dans son « Ca va mal finir ». Le spectre d’une explosions sociale de grande ampleur est désormais prise au sérieux, y compris dans ces milieux a priori assez peu « gauchistes ».

Sur ta conclusion, je ne suis pas persuadé que le désamour que vit aujourd’hui Sarkozy soit « qu’il assume son programme ». Je crois qu’il est au contraire la résultante entre les annonces et promesses de campagne et la réalité. « Ensemble, tout est possible ! ». Le « ensemble » s’est évaporé depuis longtemps, et le « tout est possible », chaque jour nous prouve qu’il n’en est rien.

Ecrit par : Bertrand | 30.04.2008

Sur un tout autre sujet, je vois que tu milites pour des listes communes MoDem-NC-Radicaux.

Comment concilier cela avec l'annonce faite par le NC de présenter des listes autonomes ?

Ecrit par : Bertrand | 30.04.2008

@ Bertrand
Ahah quelle cruauté! Tu vois bien que Bob s'est rendu compte du score que le Parti Social Libéral Européen allait faire aux prochaines élections. (

Ecrit par : jeremy | 01.05.2008

A Bertrand

Je partage une partie de ce que tu dis.

Sur le volontarisme, nous sommes assez d'accord. Je n'y vois pas une solution aux problèmes, mais une posture indispensable pour les résoudre. Faire preuve de volontarisme, incarner ses choix politiques, c'est le moins que puisse faire un homme d'Etat. Maintenant, tu as raison, ça ne fait pas tout. Au ministère de l'Intérieur, cela joue bcp, car la problématique de ce ministère tient pas mal du coaching et de la psychologie collective. On l'a vu sous Jospin avec un Vaillant, surement pas plus mauvais qu'un autre sur le fond, mais dont la mollesse et le peu de charisme ont été pour bcp dans la montée du "sentiment" d'insécurité. Sur le plan économique, le volontarisme ne fait pas grand chose, et tu as totalement raison, en quelques semaines passées à Bercy, Sarko l'avait démontré de façon flagrante.

Sur l'Allemagne, je suis tout à fait d'accord et en même temps tout est très relatif. Si son positionnement et la structure de son économie lui son aujourd'hui favorables, ils n'étaient pas bien différents au début des années 2000 quand elle était en crise. La véritable force des Allemands sont leur économie tournée vers l'exportation alliée à une demande interne forte. Sur les exportations, leur avantage compétitif est historique. Un produit allemand est a priori considéré comme hautement technologique et d'une grande fiabilité. Un produit français... Et pourtant, la France a aussi un réseau de PME très dense et en pointe dans tous les domaines, qui se vend de mieux en mieux à l'étranger. L'avantage des Allemands est aussi en grande partie conjoncturel. Ils sont particulièrement forts dans les équipements industriels qui sont très demandés par les pays émergents. Les solutions allemandes sont donc difficilement transposables...
Mais s'il est un domaine où l'Allemagne a fait bcp mieux que nous, c'est dans la réforme de son Etat-providence. Elle a été profonde, a coûté cher électoralement à Schröder, mais l'Allemagne a gagné en souplesse et en efficience.

Sur le rassemblement, je n'ai jamais cru en une union nationale. Ce n'est pas dans notre culture. On le voit bien aujourd'hui où aucun parti de l'opposition, ni le PS, ni le MoDem n'arrive à sortir du jeu stérile de l'opposition primaire et systématique à tout ce qui est proposé par le gvt en place. Même si Bayrou avait été élu, ce schéma n'aurait sans doute pas été bouleversé. Bayrou aurait au mieux rassemblé des hommes et des femmes venues du PS et de l'UMP, mais ces derniers auraient été d'emblée considérés comme des traitres par leurs formations d'origine. Ce qu'a fait Sarko me paraît donc déjà une avancée substantielle. Il s'est donné la liberté d'aller chercher des idées au delà de son camp, ce qui dérange autant les députés UMP que les éléphants du PS.

Sur l'explosion sociale, je n'y crois pas. La France n'est plus le pays des révolutions et les conditions ne sont pas réunies.

Sur le pouvoir d'achat, ce que nous vivons sont des tensions, pas une baisse suffisamment sensible pour engendrer la révolte. Les gens ont du mal à se loger, mais ils sont loin de se retrouver à la rue comme les victimes américaines du système des prêt hypothécaire.

Sur la précarité, je serai plus mesuré que le tableau que tu dresses. Le nombre de rmistes est en baisse, le nombre de chômeurs aussi. Si le travail temporaire se développe, c'est toujours socialement une meilleure situatiion que d'être dépendant de la solidarité nationale. Et puis, dans le monde tel qu'il est, on sait bien que la flexibilité du marché du travail est une donnée incontournable. Enfin sur les travailleurs pauvres c'est une réalité mais je ne crois pas que l'on vive une explosion. Quitte à être un peu cynique, je ne crois pas non plus qu'il n'y ait que des cadres sup qui s'achètent des écrans plats, des consoles, lecteurs MP3... Quant à l'opinion des chefs d'entreprises en la matière, je crois qu'ils sont pour bcp assez déconnecté des réalités, et culturellement frileux par nature en France. Surtout au Medef.

Après, sur ta conclusion, tu n'as pas tort. Sarko a auto détruit la confiance qui le liait aux Français. Mais je crois que cela vient surtout de la forme et moins du fond. Avec son côté "Santa Barbara", il a généré trop de distance. Comment un homme qui vit dans un monde si différents du nôtre peut-il résoudre nos problèmes ? Et puis, dans les réformes qu'il a entreprises, il a manqué d'intensité et de mise en perspective.

Mais peut-on sincèrement faire semblant de découvrir tout cela aujourd'hui. Son côté bling-bling, cela fait bien longtemps que Sarko fait la une de Paris-Match. Il ne nous a pas fallu attendre de l'élire pour le voir avec un sourire niais aux côtés de Tom Cruise et de d'une Cécilia.
Sur son côté agité, je ne crois pas non plus que ce soit une nouveauté.
Ce n'est pas possible que 53% des électeurs soient passés à côté de ses traits de sa personnalité, qu'il étale depuis maintenant 6 ans dans l'ensemble des médias possibles et imaginables.

Ecrit par : Bob | 01.05.2008

A Bertrand et Jérémy

Sur les européennes, je crois que l'annonce du NC est plutôt une bonne chose. Quand il parle de liste autonomes, ce n'est bien évidemment pas vis à vis du MoDem mais de l'UMP.

Sur la question d'une alliance avec le MoDem, la question ne se pose même pas. Ni le NC, ni les autres centristes opposés au MoDem n'envisagent une seconde de faire liste commune avec lui. Parce que faire liste commune avec le MoDem, c'est servir la soupe à Bayrou.

Si je milites pour des listes communes c'est sans grand espoir. Cela n'arrivera pas. Mais j'espère que ce non-événement programmé fera réfléchir un certain nombre de centristes. Les élections européennes de 2009 seront en effet les premières où les centristes fédéralistes se présenteront sous plusieurs listes.

Je trouve cela lamentable.

Quant au score du NC aux prochaines élections, je ne suis pas sûr que le MoDem fera bcp mieux. Ce qui est désolant dans un cas comme dans l'autre.

Si l'UDF a fait un bon score aux dernières européennes, c'est pour trois raison. D'abord parce qu'elle défendait fidèlement une ligne claire, pro européenne, fédéraliste et ouverte. Ensuite parce qu'elle présentait des candidats d'une très grande qualité : Bourlanges, Cavada, Morillon... Enfin, car elle a servi de réceptacle à une parti des électeurs de droite qui voulaient signifier leur défiance à Chirac.

Aucune de ces trois conditions ne seront réunies en 2009. La ligne sera brouillonne et les médias auront beau de se foutre de nous en cherchant ce qui nous différencie sur le fonds. Nous serons donc encore une fois dans une énième séquence de "Bayrou, seul, fait face aux félons assoiffés de soupe sarkozyste". Sur la composition des listes, nous ferons comme l'UMP et le PS depuis 30 ans, nous y caseront des personnalités ayant subi des revers électoraux, des jeunes inconnus (je pari que Marielle placera haut Quitterie dans la liste) ... Quand à l'électorat de droite, il votera certainement avec ses pieds.

Ecrit par : Bob | 01.05.2008

@ Bob,

nous avons des points d’accord, mais nous avons des différences de perception notables.

Sur la notion de volontarisme, certes il est nécessaire en politique. Mais les mots ne font pas la chose. Sarkozy est depuis longtemps dans une posture volontariste, c’est un peu sa marque de fabrique. Mais entre le dire et le faire il y a un fossé, et une partie du désamour qu’il subit vis-à-vis de son électorat « de droite » est due à cela. Il affiche un volontarisme qui se traduit assez peu en actes. Avec le recul, je crois que Jospin – aussi mauvais communiquant fût-il – avait une démarche beaucoup plus volontaire. On peut juger que son action fut bonne ou mauvaise, c’est un autre débat. Mais action il y a eu, avec une cohérence globale.

Sur la comparaison entre économies allemande et française, effectivement il y a un contexte historique différent. L’Allemagne a su garder une industrie compétitive, et développer par ailleurs (c’est les fameuses machines-outils allemandes) un réseau de PME industrielles de pointe. La France n’a pas su adapter son industrie lourde, et a tenté en vain durant des décennies de la sauver coûte que coûte. Cela a coûté une fortune, sans résultats, et cela a empêché l’émergence d’une industrie intermédiaire en termes de taille, mais beaucoup plus efficace. Aujourd’hui, la France se lance de plus en plus effectivement dans des secteurs de haute technologie. C’est notamment tout ce qui est fait dans le domaine des bio-technologies, des énergies et autres. Mais, si ce sont des secteurs à haute valeur ajoutée, ce sont aussi des secteurs assez peu créateurs d’emplois. C’est de l’emploi d’ingénieurs, de cadres de haut niveau, mais très peu d’emplois de production.

Sur l’entreprise, nous avons une différence de perception. Si mon souvenir est bon, tu travailles dans la fonction publique territoriale. Moi je suis depuis 20 ans dans l’univers de l’entreprise, de la multinationale à la TPE. Je suis en contact avec des chefs d’entreprises quotidiennement. Je n’ai jamais, en 20 ans, vu un tel pessimisme chez eux. Il y a eu en 2001/2002 une crise, mais elle était alors considérée comme conjoncturelle. Aujourd’hui, tout le monde me parle de crise structurelle de grande ampleur. Le seul chef d’entreprise « optimiste » que j’ai rencontré récemment, et en phase d’embauche, travaille dans le domaine de l’ingénierie nucléaire. Ca rapporte, ça s’exporte, c’est beaucoup de valeur ajoutée, mais c’est une toute petite boîte de 5 personnes ! Et la production proprement dite est hors frontières.

Dans tous les autres secteurs, que cela soit l’industrie ou les services, on ne me parle que de baisse des marges et de report des investissements…

Sur la précarité, je ne sais plus quel observatoire (INSEE ou Observatoire de la pauvreté) vient de publier ses derniers chiffres. Je n’ai pas retrouvé les références de l’étude, mais globalement, la conclusion tenait en deux points :

1) La pauvreté, quels que soient les critères retenus (50% du revenu médian selon les critères français, et 60% du revenus médian selon les critères européens) a diminué en France jusqu’en 2002/2003 et augmente depuis. Si l’on prend en compte les critères français, cela concerne 6,3% des ménages. Si l’on prend en compte les critères européens, c’est 12,1%. (+ de 3 millions de ménages).

2) L’évolution va dans le mauvais sens. Non seulement cette pauvreté augmente, et 2007 confirme cette tendance. Mais, fait nouveau, ce que l’on constate c’est que dans la population concernée, c’est la très grande pauvreté qui augmente le plus vite. C’est à dire ceux qui ne sont pas à 50 ou 60% du revenu médian, mais à 30%.

Un cas concret. J’ai rencontré très récemment le responsable d’une agence d’intérim qui occupe cette fonction depuis 10 ans. Ses clients sont le BTP et l’industrie (Airbus, chantiers navals, etc). Il y a 10 ans, les gens qu’ils plaçaient (ouvriers, ouvriers spécialisés, chefs de chantiers, etc…) étaient quasiment tous insérés dans la société. Aujourd’hui, il estime que près de 25% des mêmes sont désocialisés. Ils travaillent, mais habitent soit a 4 ou 5 dans une caravane soit dans leur voiture. La cause : la concurrence d’une main d’œuvre est-européenne et de plus en plus chinoise qui a cassé la grille des salaires. Aujourd’hui, sur ce marché, il « vend » un chef de chantier 8 à 9 euros/heure, soit moins cher que ce qu’il « vendait » un ouvrier spécialisé il y a 10 ans !
Pour la petite histoire, il faut savoir que désormais quand certaines très grosses boîtes l’appellent, c’est pour lui demander « 3 kilos de viande pour demain ». 3 kilos de viande, cela veut dire 3 bonhommes. Et s’ils précisent que « la viande ne doit pas être trop cuite », cela veut dire que les Noirs en sont exclus ! Ainsi va le marché du travail…

Quand les chefs d'entreprises parlent de déchirure du tissus social, voire d'explosion, c'est qu'ils voient aussi cette réalité là. Tous ces gens là ne sont ni au RMI ni au chômage. Pour autant ils n'arrivent pas à vivre décemment.

Pour en revenir à Sarkozy, certes on peut penser que les Français connaissaient sa personnalité. Son coté « acteur ». C’est d’ailleurs en partie cela qui les a séduits. Par contre ils découvrent aujourd’hui que s’il est bon acteur, il n’est peut-être que bon acteur. Et ça, ce n’est pas ce que l’on demande à un président. Le coté « feuilleton », avec la mise en scène permanente de « séquences » (séquence footing, puis séquence vacances, puis séquence Carla, etc etc…) lassent, et lassent d’autant plus vite que les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Je me souviens avoir entendu un jour un responsable (mais qui ?) de droite parler de l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. Il racontait que ce qui l’avait impressionné, c’était à quel point Mitterrand, dès le premier jour de sa présidence, incarnait la fonction. Il était le président, à tel point qu’on aurait pu penser qu’il était à l’Elysée depuis 10 ans.
Sarkozy, un an après sa prise de fonction n’a toujours pas revêtu les habits présidentiels. Et sachant que le mandat n’est plus que de 5 ans, que 20% est déjà passé, on voit mal comment il peut inverser la tendance désormais, surtout décrédibilisé comme il l’est maintenant.

Ecrit par : Bertrand | 02.05.2008

A Bertrand,

Il est certain que l'économie française connaît aujourd'hui une troisième phase de désindustrialisation. Après les grandes industries traditionnelles dans les années 70/80, la récession du début des années 90, c'est aujourd'hui une nouvelle frange de l'industrie qui est touchée. Soit qu'elle soit sous perfusion depuis une quinzaine d'année, soit qu'elle soit devenue peu compétitive face aux marchés "émergents". La difficulté dans le domaine étant toujours la même. Il est difficile de reconvertir un ouvrier de l'industrie vers des emplois du tertiaire et cela s'accompagne en général d'une perte de salaire et de stabilité dans l'emploi.

Maintenant, ce qui est vrai dans l'industrie ne l'est pas dans tous les secteurs. La baisse du chômage est une réalité (même si les chiffres sont comme depuis toujours arrangés), et la tendance reste mécaniquement favorable. D'autant, que jusqu'il y a deux ans, cette baisse s'accompagnait d'une hausse des RMIstes, signe tangible que celui qui sortait des statistiques du chômage n'était pas pour autant le bénéficiaire d'un retour à l'emploi. Depuis l'an dernier, la hausse des RMIstes s'est stabilisée, ce qui est un signe positif.

Le problème français reste que le système économique et social reste grandement sclérosé et manque de souplesse. Moins par le code du travail, l'explosion du travail temporaire étant patente, que par nos mentalités. Un entrepreneur reste psychologiquement rétif à prendre le risque d'embaucher et les chercheurs d'emploi restent également très peu enclin à une prise de risques quelconque.

Dans mon métier, je suis au contact direct ou indirect de cette frange de la population. Quand je vois des jeunes qui habitent des bassins d'emploi sinistrés élargir leur zone de recherche d'emploi à pas plus de 15km à la ronde (pour ne pas s'éloigner de papa-maman et des copains)... les bras m'en tombent. C'est encore pire quand il s'agit de recruter des agents d'exécution. Le recrutement est direct, sans nécessité d'avoir un concours. Les trois quart des candidats ne le font que pour trouver une petite place tranquille, mal payée, mais où ils imaginent ne pas avoir à faire grand chose. J'imagine ce qu'un tel état d'esprit peu donner lors d'un entretien de recrutement dans le secteur privé...

Au delà de ça, sans nier la paupérisation, il faut aussi reconnaître que notre pays offre une protection sociale extrêmement poussée. Personne ou presque n'est laissé au bord de la route. Notre arsenal d'aides sociales couvre un champ extrêmement large, de l'aide alimentaire d'urgence à celle durable pour accéder au logement, en passant par les revenus minimums et les aides versées aux publics spécifiques. Tout le problème est que ces aides financières, relativement facile à obtenir, ont démontrée depuis longtemps qu'elles ne suffisaient pas à résoudre les problèmes.

Aujourd'hui, nous payons l'héritage de 30 ans de chômage de masse. Les bénéficiaires des aides le sont de père en fils. Ils n'ont connu que la précarité sociale et leurs enfants sont déjà programmés pour la vivre à leur tour. Et ce n'est pas un discours de droite que je te tiens, mais celui de mes collègues travailleurs sociaux qui sont de plus en plus désemparés face à l'effet de masse et aux problématiques de plus en plus lourdes qu'ils ont à gérer.

Car le problème est aussi que même lorsque les questions financières sont "résolues" par un retour plein ou partiel à l'emploi, restent une quantité considérable de difficultés sociales. Les questions d'économie familiale (gestion de son budget) et de parentalité sont aujourdh'ui les plus inquiétantes et souvent l'une des principales raisons de l'échec d'une réinsertion sociale des publics "sensibles". Dans ma collectivité, nous employons plusieurs dizaines d'agents qui passent leurs journées à tenter de réapprendre les bases dans ces domaines à leurs usagers. Cela signifie leur réapprendre à faire les courses dans un supermarché, leur transmettre un minimum d'éléments sur leur rôle de parent...

Ce qui me parait bien plus inquiétant dans la hausse des chiffres, et dont on ne parle presque jamais, c'est l'augmentation régulière du nombre d'enfants retirés à leurs parents. Et si les difficultés financières en sont l'une des raisons, la principale est la déstructuration des liens sociaux et familiaux.

Tout cela pour dire que la crise que connaît la France est extrêmement profonde. Il est impossible d'en douter. Mais cette crise ne peut pas se traduire par une explosion.

D'abord parce que le système d'assistance sociale reste très fort et structuré. Il maintient les familles en difficultés au bord du gouffre en les empêchant de tomber massivement dedans. Personne ne le remet en cause. Et quand il s'agit de le réformer, cela se traduit toujours par des aides supplémentaires (RMI, APA et bientôt RSA).

Ensuite parce qu'il n'existe pas de solution immédiate et que les bénéficiaires eux-mêmes en sont conscients. Au delà des aides financières, personne ne peut vouloir un retour aux structures familiales et sociétales d'avant guerre. On n'empêchera pas les gens de divorcer, on ne les empêchera pas de se ramollir devant la télé, on ne les empêchera pas de payer un téléphone portable à leur gamin plutôt que de le nourrir correctement.

C'est dramatique, mais notre société a conditionné ces populations à accepter leur sort. Et les trente dernières années ont démontré que la société dans son ensemble était prête à en payer le prix.

Sinon, sur Sarkozy, je ne te suis pas sur l'argumentaire "il ne s'est pas fondu dans la fonction". En fait si, c'est vrai, il n'a pas d'emblée endosser le costume du président de la République. Mais quoi d'étonnant en cela ? Je pense que les Français ont aussi voté pour lui car il incarnait une promesse de présider autrement.

Mais qui pouvait penser qu'il présiderait sur le mode Jospin ? Cela fait partie, comme dirait JCh Lagarde de ces hypocrisies bien françaises. On élit un président pour qu'il pratique une nouvelle gouvernance, et quand il le fait, on s'étonne qu'elle soit différente de ses prédécesseur et qu'elle soit très liée à sa personnalité.

Encore une fois, je ne crois pas que Sarko ait trompé son monde en la matière. Et lui reproché de ne pas être un nouveau Mitterrand me parait un argument pour le moins superficiel.

Au passage, quand tu parles du volontarisme jospinien, je reste très circonspect. Je n'ai pas gardé le souvenir d'un véritable volontarisme, mais surtout celui d'une gestion très habile qui tout en n'engageant aucune réforme de fond, a enchaîné une série de réformettes institutionnelles et sociétales qui, cumulées à une période de croissance économique inespérée, ont donnée l'impression d'un temps bénit. Mais au final que reste-t-il des années Jospin ? Un ARTT aux effets pervers bien plus nombreux que ses bénéfices. Une loi sur la parité qui démontre son inefficacité à chaque élection. Des emplois-jeunes qui n'auront été qu'un sas d'accès à la fonction publique. Un Pacs qui fait bien pâle figure à côté de ses équivalents dans les autres états européens. Un quinquennat, adopté à la va-vite et sans être accompagnée des mesures d'équilibrage nécessaire. Une baisse du chômage qui a démontrée dès 2002 qu'elle n'était que conjoncturelle... tout comme la situation des finances publiques, qui n'a été aucunement assainie structurellement.

Non, franchement pour moi les années Jospin, si elle furent belles, furent aussi des années perdues. Jospin a fait l'erreur historique de refuser d'entrer dans un véritable rapport de force avec Chirac et de ne pas rompre avec les vieilles lunes du Parti socialiste.

Ecrit par : Bob | 02.05.2008

@Bob,

sur ton analyse des problèmes sociaux depuis 30 ans, je te suis assez. Je le vis quotidiennement par l’intermédiaire de ma femme.
Depuis 30 ans, on a effectivement mis en place un système de garde-fou assez complexe pour maintenir toute une partie de la population à la limite de l’intégration, mais en leur évitant autant que faire se peut de basculer en masse du mauvais coté.

Mais ce qui est nouveau tient en deux points :

1) Nous sommes désormais dans certaines familles à la deuxième génération de précaires. C’est à dire une génération de 20/30 ans qui n’a jamais rien connu d’autre, contrairement à leurs parents. Si les parents ont « accepté » (j’ai pas trouvé mieux comme mot !) leur sort petit à petit, c’est effectivement parce qu’il y avait des filets de sécurité, mais surtout qu’ayant connu autre chose (le travail, un revenu, etc…) ils gardaient pour beaucoup l’espoir que cette autre chose reviendrait un jour. Les enfants, dans ces milieux, n’ont rien connu d’autre que la précarité. Ils n’ont aucun point de comparaison. Et rien n’indique qu’ils accepteront leur sort comme leurs parents ont accepté le leur.
J’ai pas mal travaillé récemment sur la problématique du micro-crédit, donc avec les associations. Le discours qu’on entend des associations est qu’ils n’ont jamais vu une population aussi jeune et aussi profondément désespérée. Pour eux leur passé est « pourri » (échec scolaire, etc…), et leur futur ne l’est pas moins (« la société nous rejette »).

Je ne sais pas si avoir 17 ans est le plus bel âge de la vie (merci Nizan !), mais être désespéré à 20 est dramatique pour la société toute entière.
A ce sujet, Sarkozy a eu dernièrement une phrase très étrange, qui laissait entendre que le désespoir des jeunes était pour lui une chose « normale »…

2) Depuis 30 ans, le contexte global a aussi considérablement évolué. La mondialisation, les problèmes climatiques, etc… bref le tableau s’est considérablement noirci depuis ne serait-ce que 10 ans. On pouvait il y a 10 ou 15 ans croire que le bout du tunnel était proche, on se rend compte qu’il n’en est rien. Et parallèlement à cela, ces 15 dernières années ont vu s’élargir de façon considérable le fossé entre riches et pauvres, entre privilégiés et précaires. Comment accepter quand on a 20 ans d’avoir un avenir totalement bouché, se sentir (et être parfois !) rejeté par la société, et en même temps apprendre à peu près tous les jours à la télé que tel ou tel a gagné d’un coup 10, 20 ou 100 millions d’euros ! (Sellières récemment, avec un montage incroyable - mais légal - a ainsi empoché 80 millions).

Il y a dans tout cela les germes d’une révolte sociale. Et il ne suffirait peut-être de pas grand chose pour qu’elle explose.

Ecrit par : Bertrand | 03.05.2008

Les français savent depuis longtemps que la mondialisation est porteuse de troubles et attendent depuis 20 ans un homme ou une idée qui l'incarne. (Chirac et Jospin ont été inutiles de ce point de vue).

A défaut d'une vision claire, N.Sarkozy garantie au pays un maintien de l'ordre. Les Français, en normalisant l'extrême-droite en 2007, ont voté pour une transition. En bref, encore un peu de temps et de calme pour s'adapter.
Mais, seule une partie de la classe moyenne pourra profiter de ce répit. Comment réagira l'autre? J'avoue que je partage l'analyse de Bertand sur ce sujet

N.Sarkozy ne fera qu'un mandat. Ses reformettes (et son sens du spectacle) inspirées d'un atlantisme tiède ne ré-inventeront pas l'image que notre peuple a de lui-même.

Ecrit par : jérémy | 03.05.2008

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