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09.04.2008

Manifeste pour un vrai centre

Finalement assez peu relayé sur la blogosphère MoDemiste, le manifeste lancé par Thierry Cornillet se révèle une analyse assez objective de l'aventure dans laquelle l'UDF s'est lancée depuis Bayrou.

Mais il est à mon goût un peu trop teinté de l'amertume coupable de ceux qui s'en veulent d'avoir eu tort. De ceux qui attendent, un peu lâchement, que l'adversaire soit faible pour mener le combat.

N'est-ce pas un peu tard que d'attendre le printemps 2008 pour démonter l'irrésistible ascension de Bayrou en remontant jusqu'à son score de 2002 aux présidentielles ?

N'est-ce pas un peu malhonnête de prôner le retour à l'UDF de 1995 tout en ayant soutenu chacune des étapes qui l'ont logiquement conduite à devenir le MoDem de 2008 ?

Mais bon, il n'est jamais trop tard pour avoir raison, et cet appel n'en reste pas moins d'une grande pertinence en ce qu'il démontre, à son tour, l'impasse dans laquelle s'est fourvoyée l'UDF en rompant avec son identité naturelle de formation politique indépendante de centre-droit.



MANIFESTE POUR UN VRAI CENTRE
 

Pourquoi en sommes-nous là ?

L’UDF, depuis sa création en 1978, a subi 4 vagues successives de départs qui l’ont divisée et affaiblie particulièrement en terme d’élus

  • en 1997 avec les départs de Républicains de Démocratie Libérale d’Alain Madelin
  • en 2002 après la création de l’UMP
  • en 2007 avec la création du Nouveau Centre
  • en 2007 encore, avec la mise au congélateur de l’UDF, la disparition du sigle, et la création du MODEM.


10 ans, bientôt 11 ans de perte d’influence et de moindre capacité d’action dans la vie publique

La création de l’UMP constituait un vrai danger pour l’UDF. Convenons qu’elle a bien résisté à cette tentative de captation. Avec plus de 12% des voix obtenues aux élections Régionales et Européennes de 2004, elle a même reconquis presque son étiage électoral moyen.

Aux élections présidentielles elle a toujours eu la capacité de présenter des candidats.

François Bayrou, pour sa part, a porté deux fois le flambeau.

  • en 2002, comme candidat de l’UDF (puisque l’UMP n’a été fondée qu’après le choc de la présidentielle). Résultat : 6,84% ;
  • en 2007, lors de la dernière élection, résultat 18,57% au terme d’une très belle campagne de son Président et de l’UDF…. car le Modem n’existait pas encore.


Une analyse courte mais qui participe de la légende, veut que ce score soit « exceptionnel » et porteur d’avenir.

Hélas, ce n’est pas vrai!

François Bayrou ne partait pas de 6,84% mais d’environ 13% (résultat cumulé par l’UDF tant aux régionales qu’aux européennes de 2004). Le gain final est de 5,8% et s’explique aisément par l’addition d’anti-ségolénistes et d’un peu d’anti-sarkozystes.

C’est même un résultat moyen si l’on considère le différentiel avec les concurrents

N.Sarkozy (31,18%, soit + 12.61%, 4 629 388 voix de plus)  et S.Royal (25,87% soit +7.30%, 2 680 381 voix de plus).

Rappel : En 1988 Raymond Barre: 13,19% par rapport à J. Chirac: 15.91%

Idem si l’on considère qu’en 1995 E. Balladur était le candidat centriste: 18,58% par rapport à J Chirac: 20,84%


Ce capital de 18,5% pourtant intéressant et prometteur fut gaspillé, à la veille du 2éme tour, en une phase que François Bayrou a prononcée inconsidérément en dépit de la position unanime du Comité exécutif : « Je ne voterai pas Nicolas Sarkozy ». Ce qui a été immédiatement compris par « je voterai Ségolène Royal » (qui s’est d’ailleurs empressée de le remercier).

C’était parfait pour gâcher son électorat, car qu’on le veuille ou non, l’électorat de base , l’électorat « nucléaire » de l’UDF est de Centre et de Centre droit, et cet électorat nous a, hélas, quitté.

Résultat : 7,3% aux élections législatives qui ont suivi avec trois députés (trente auparavant) et la chute s’amplifie.

Lors des élections municipales, du fait de la stratégie « à la carte » proposée par notre Président, l’image du parti s’est gravement altérée. «  Mais où habite-t-il ? »

Quant à sa lisibilité, elle apparaît plus que brouillée. « Mais où vont-ils ? »

« Parti de la gamelle », « Formation opportuniste » tout a été entendu.

Notre UDF, devenue MODEM, n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Les élus ont disparu, soit entraînés vers de nouveaux partis, soit restant en déshérence mais hors du parti.

Nos militants anciens se frottent à longueur de réunions à nombre de militants nouveaux dont la fraîcheur d’âme et la diversité politique n’ont rien à envier à l’inexpérience.

Le seul point commun de beaucoup de ces nouveaux adhérents est la personnalité de François Bayrou plus que l’adhésion politique. Situation qui est à la fois périlleuse car volatile et surprenante car peu conforme à la tradition anti homme providentiel du centrisme français. Qui plus est, elle donne prise à la critique de dérive sectaire.

Ce parti est la propriété collective de tous les adhérents et ne saurait être capté par un clan quelconque ou mis au service exclusif d’une seule ambition personnelle.

Nous demandons donc :

  • un retour à la lucidité

C'est-à-dire reconnaître, même si on peut le déplorer, que le scrutin majoritaire à 2 tours est la règle d’airain qui régit la vie politique, qu’elle a ses contraintes, et que sauf à avoir 51% tout seul au 1er tour, il faut des alliés pour être élu, et qu’il faut des élus pour peser sur les choix ou gouverner.

  • une morale d’honnêteté politique

Il faut dire, avant le premier tour, qui sont ses alliés, c'est-à-dire ceux avec qui on partage le plus de valeurs et quel bout de route on peut emprunter avec, soit que nous les rejoignons soit qu’ils se rallient à nous.

Observons que les rares succès enregistrés à ces élections municipales l’ont été par alliance avec l’UMP, à très peu d’exceptions près.

Avons-nous d’ailleurs une alternative crédible, en l’absence d’un grand parti social-démocrate séparé des communistes et de l’extrême gauche, sauf à vouloir devenir un supplétif dans une stratégie « arc en ciel » comme en Italie: de Bezancenot à Bayrou ?
       

  • La fin des légendes
Celle d’un résultat exceptionnel aux présidentielle
 
Celle de l’indépendance du Centre
 
Ce n’est qu’une posture, nous avons toujours été indépendants et libres mais l’indépendance en politique c’est d’abord la puissance et la capacité d’agir.

L’UDF était puissante et indépendante, le MODEM n’est que faible et à la merci de ses alliés  « interchangeables ».
 
 Celle de la construction d’un parti nouveau
 
« nous n’avons que trois mois »  « il faut du temps » ….

En fait de construction, c’est à une déconstruction systématique à laquelle on assiste. Faut-il rappeler que l’UDF dont le Modem profite tant en locaux qu’en subsides a bientôt 30 ans, qu’elle avait des élus sur tout le territoire et à tous les niveaux de responsabilités.

Le nombre d’élus dont nous disposons maintenant (moins que le parti communiste !) la capacité réelle d’agiter autre chose que le ministère de la parole ou l’incantation à la « résistance », ne sont que quelques uns des critères apparents de cette perte de substance.
 
 Celle de l’élection salvatrice, rédemptrice, à la présidentielle de 2012.

Une élection présidentielle est l’aboutissement d’un processus, pas un préalable

On ne peut pas sacrifier un parti et ses élus, à ce qui, en l’état, n’est qu’une chimère.

Sous le Vème République, sans parti puissant en terme d’élus, on ne gagne pas une primaire présidentielle.

  • L’arrêt de la stratégie de l’embuscade permanente

Faute de peser réellement sur les choses, les dirigeants actuels du Modem souhaitent la défaite du gouvernement et l’échec des réformes pour se refaire une santé à bon compte.

Réformes que nous avons pourtant appelées de nos vœux lors de la campagne présidentielle.

Notre parti s’honorerait de voter celles qui lui paraissent bonnes, voire en les amendant, fussent-elles douloureuses et impopulaires dans un premier temps.

  • Un partenariat actif pour ces réformes 

Une forme de contrat de gouvernement, si nos valeurs et nos propositions sont prises en compte peut être passée avec la majorité présidentielle, sans y perdre son âme, tout en restant libre de le dénoncer si les termes du contrat ne sont pas respectés.       

  • La renaissance de l’UDF

Notre parti politique, socle du Centre, a été inconsidérément « assassiné » au Congrès de Villepinte. Nous demandons sa réactivation et l’organisation d’un congrès de renaissance de l’UDF sous forme éventuellement de fédération qui pourrait intégrer le MODEM comme l’un des membres.

Dans un premier temps et, sans préjudice d’un Congrès ultérieur, nous demandons la réunion rapide du bureau de 30 membres élus par le Congrès de l’UDF de 2007 chargé d’en défendre les intérêts juridiques, matériels et moraux.
   
- La mise à disposition de moyens et de capacité d’expression

au sein de cette fédération par partage, à convenir, de l’argent public versé (subsides calculés sur la base de candidatures aux législatives dont beaucoup ne sont plus sur la ligne politique actuelle du parti).

- L’ouverture immédiate de discussions par un collège à déterminer, avec le Nouveau Centre, Avenir Démocrate, le Parti Radical et toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le Centrisme afin de constituer une Fédération du Centre pour éviter que la division à l’infini de ses composants ne soit l’avenir du Centre en France. Il faut rassembler ce qui est épars, sinon la bipolarisation aura vraiment gagné.

Tout ceci est possible au sein de notre formation, fusse contre la volonté de son Président et sans son autorisation.

Rien ne vous oblige à quitter le parti. La façon dont son Histoire va maintenant s’écrire est de votre responsabilité.

C’est en son sein qu’il faudra faire renaître l’espoir et regagner la confiance des françaises et des français.

Si vous partagez cette analyse, pour le moins en partie,

      Rejoignez-nous, soit en m’écrivant :

      Thierry Cornillet BP 28  26201 Montélimar 

      Soit par message courriel à : lesamisdeludf@live.fr

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Commentaires

tu plaisantes ? on l'a lu partout...

Ecrit par : Le Petit Grognard | 09.04.2008

Je ne l'ai pas relayé sur mon blog pour ne pas faire du dénigrement supplémentaire du MoDem. Mais je reconnais que j'en partage les grandes lignes, sauf la conclusion. Restaurer l'UDF est illusoire et insensé. Clairifier la stratégie, le positionnement et le fonctionnement du MoDem est en revanche indispensable. Sinon, je n'y reviendrai pas !

Ecrit par : le fond du bocal | 09.04.2008

L'analyse de Cornillet manque sérieusement d'un minimum d'objectivité !

1) L'UDF, dans sa posture d'alliée naturelle de la droite, a été ponctionnée pendant 10 ans par le parti majoritaire à droite, RPR puis UMP. On ne comprend pas très bien comment revenir à ce positionnement permettrait d'inverser cette tendance. L'UMP a été créée entre autres choses pour absorber définitivement l'UDF. C'est assez amusant de constater que certains pensent encore que l'UMP a la volonté de permettre à un grand parti du centre d'exister. Les faits depuis 10 ans affirment plutôt le contraire, ainsi que l'attitude aujourd'hui de l'UMP vis à vis de son "partenaire" NC.

2) L'UDF n'a pas eu la capacité comme l'affirme Cornillet de présenter des candidats aux présidentielles. En 95, elle s'est rangée derrière Balladur. Et faire de Balladur un "centriste", c'est avoir une vision très à droite du centrisme. Entre Chirac et Balladur, je ne suis pas sûr que le plus à droite ait été Chirac...

3) Comparer les scores électoraux de campagnes différentes relève un peu de la malhonnêteté intellectuelle. Comme considérer d'ailleurs que les 18,57% obtenus par Bayrou soient à mettre au crédit de l'UDF. C'est un peu vite oublier que non seulement toute l'UDF ne suivait pas Bayrou (Santini, Blanc,...), et c'est oublier aussi que le positionnement de Bayrou lors de sa campagne n'avait pas grand chose à voir avec le positionnement traditionnel de l'UDF. Et que c'est cette ligne politique originale qui lui a permis d'obtenir 18,57% alors qu'il n'obtenait moins de 7% 5 ans auparavant.

4) C’est toujours un peu la même histoire, le combat des anciens et des nouveaux. Les anciens, les « UDF canal historique » veulent bien des voix des « nouveaux Modem », mais à condition que ceux-ci n’aient surtout pas voix au chapitre. Ils sont priés d’apporter leurs voix, leur force militante, leur dynamisme, mais surtout de ne rien remettre en question pour ne pas déranger. C’est pour le moins méprisant. Et c’est se leurrer complètement ! Si ces adhérents s’étaient reconnus dans l’UDF, ils y seraient allés, et il n’y aurait eu nul besoin de créer autre chose. Et il ne semble pas que des masses de nouveaux adhérents se soient reconnus dans le NC qui se dit l’héritier naturel de l’UDF.

5) L’indépendance du centre ? Belle affirmation, qui ne coûte rien. Mais on aimerait savoir à quels moments exactement l’UDF s’est montrée si indépendante que cela vis à vis du RPR puis de l’UMP ?

6) « les dirigeants actuels du Modem souhaitent la défaite du gouvernement et l’échec des réformes pour se refaire une santé à bon compte ». Là aussi c’est le type même d’affirmation totalement gratuite. La question n’est pas là. Par contre il serait bien de définir exactement ce que l’on entend par réformes. C’est un mot un peu tarte à la crème, où chacun met ce qu’il veut. L’UDF souhaite-t-elle la réforme du système scolaire telle que présentée par le gouvernement ? L’UDF souhaite-t-elle la réforme des institutions telle que présentée ? L’UDF souhaite-t-elle les mêmes réformes que l’UMP ?... Les réformes actuelles sont-elles vraiment celles « appelées de nos vœux lors de la campagne présidentielle » ? Si oui, alors, pourquoi Cornillet a-t-il soutenu une offre différente ?

7) On comprend que Cornillet, comme d’autres d’ailleurs, veuillent faire revivre l’UDF d’antan. Pourquoi pas. Mais ce qui m’échappe alors c’est de vouloir que cette UDF de centre-droit, alliée naturelle de l’UMP, fasse en même temps partie de ce Modem « qui souhaite l’échec du gouvernement » ? Peut-on souhaiter que l’entreprise UMP réussisse et en même temps faire partie d’une « confédération » dont on affirme qu’elle souhaite son échec ? Un peu paradoxal, non ? La position du NC est à ce titre beaucoup plus cohérente.

8) Que le « centre » (pour peu que ce mot ait la moindre signification) souffre actuellement de son éclatement, oui, on ne peut que le constater. Que le positionnement du MoDem soit sur beaucoup de points peu clair, oui aussi. Mais revenir à l’UDF d’antan, ce serait aussi se satisfaire de sa mort à petit feu, à l’aboutissement du processus commence en 97. Et aller, pour le coup véritablement, vers une bipolarisation.

Ecrit par : Bertrand | 09.04.2008

L'appel a été bien relayé sur la blogosphère modem. Moi-même sans le copier, je l'ai mis en lien.

Quant à savoir s'il on doit revenir à l'UDF d'antan, je ne crois pas. Et de quelle UDF parle-t-on ? celle de 1997 ? celle de 1999 (élections européennes) ? celle de 2002 (après la création de l'ump) ? celle de 2006 (congrès de lyon) ?

En revanche, entamer une réflexion pour réunir les centristes "égarés", oui je suis pour. Car nous avons des idées très proches, seule diffère la stratégie.

Ecrit par : MIP | 09.04.2008

Bob > Bonjour,
Au-delà des questions de politique politicienne, on voit qu'il est possible actuellement de moderniser le paysage politique français avec de nouveaux axes démocrates-sociaux.
C'est le scrutin à la majoritaire aux législatives qui verrouille le système.

La bipolarisation n'est pas souhaitable. Car elle ne permet pas aux tempérances politiques de s'exprimer pleinement.


D'accord avec MIP. Centristes, démocrates et radicaux ont des visions de la société extrêmement communes.

Ecrit par : Thibault | 09.04.2008

Sur le fait que le manifeste a été relayé, oui, je ne dis pas le contraire ("finalement assez peu" ne veut pas dire "pas du tout"), mais je trouve qu'il ne donne pas lieu à bcp de débat alors que le MoDem, qui me semble dans une phase de doute et d'introspection, pourrait rebondir un peu plus sur ce texte, quitte à en démonter l'argumentation.

Sur les remarques de Bertrand, je ne les partage pas toutes. D'abord, je crois qu'il faut vraiment sortir de cette idée que si l'UDF en est là où elle en est, c'est avant tout à cause du RPR ou de l'UMP. N'oublions pas que l'UDF, sans faire totalement jeu égal, a longtemps été un partenaire incontournable, avec un potentiel, un électorat, des "terres" qui lui étaient propres et que le RPR avait bien du mal à venir concurrencer. Le centre n'est pas victime des gaullistes ou des umpistes, mais bien de lui même. De ses divisions, de son incapacité à retrouver un leader de la trempe de Chirac dans les années 80. Nous avons bien plus à apprendre de nos échecs du passés que de ressasser sans cesse l'allégeance que nous aurait imposé les autres.

C'est là où je rejoins Bertrand. L'UDF du passé n'est pas non plus un éden perdu. Finalement, elle n'a été un véritable succès que de 1978 à 1981, lorsque la personnalité de VGE la fédérait véritablement face aux gaullistes. Et il est certain que par la suite, les centristes et les libéraux n'ont jamais connu de succès électoraux suffisant pour s'imposer seuls. C'est d'ailleurs ce que reconnaît Cornillet. Dans un système bipolaire, il est illusoire de rêver un centre qui soit seul en capacité de prendre le pouvoir.

On oublie trop souvent qu'avant Bayrou, le centre a connu une autre période où il a tenté cette aventure. De 1988 à 1993, le CDS a cru en une nouvelle dynamique fondée sur le score de Barre à la présidentielle. Il s'est émancipé pour accepter l'ouverture mitterrandienne, avec la participation de ministres et la constitution d'un groupe autonome à l'Assemblée nationale. Mais cette expérience a rapidement montré ses limites. Elle conduisait l'UDF à la division, la détournait d'une partie de son électorat conservateur modéré, sans pour autant peser suffisamment pour jouer une véritable influence au sein de la majorité relative socialiste.

On a oublié l'enthousiasme qui régnait dans les clubs barristes, on a oublié que l'aventure à l'époque ne résumait pas à Raymond Barre, mais fédérait, au contraire une véritable équipe autour de lui, des jeunes pousses comme Bayrou au "vieux routiers" comme Barrot.

Sans cette expérience, Bayrou n'aurait d'ailleurs sans doute jamais pu asseoir sa stratégie, assise à ces débuts sur cette nostalgie du centre à la Lecanuet, qui s'était réveillé dans le sillon de la candidature de Barre.

Là où Cornillet a évidemment raison, c'est que le centre ne peut espérer peser à nouveau sans esprit fédératif. Sans revenir à ses fondements : l'ouverture d'esprit, le pluralisme, le respect des idées de chacun, unis autour de quelques grandes valeurs communes (libéralisme, démocratie, humanisme).

Mais le positionnement de Bayrou est tout l'inverse. Il se fonde sur le rejet des autres formations centristes, qui sont toutes des traitresses à la cause. Bayrou n'a aucune intention de rassembler dans la diversité, il veut construire une nouvelle grande formation à partir d'un petit noyau de disciples prosélytes.

Quoi qu'il en soit, le véritable test de la capacité des centristes à se rassembler lorsqu'il est question de l'essentiel va très vite arriver.

Quelle élection, sinon le scrutin européen devrait nous permettre de nous rassemblé. Nous avons tous la même vision des choses, le même projet fédéraliste. C'est aussi notre plus vieux fond de commerce électoral depuis la Libération.

Mais, je ne crois pas, malheureusement, que les différentes formations centristes sauront se retrouver à cette occasion.

Ecrit par : Bob | 09.04.2008

Bob,

Je ne suis pas du tout sur comme tu l’affirmes que Bayrou « veut construire une nouvelle grande formation à partir d'un petit noyau de disciples prosélytes », et n’a aucune intention de rassembler dans la diversité.

Bayrou est certainement très orgueilleux. Il veut construire un centre qui soit avant tout autonome, et non plus dans un système d’alliance automatique avec la droite. Et il veut être le leader de cette formation. Mais au fond, a-t-il existé, de Mitterrand à Sarkozy, des leaders politique de premier plan qui n’avaient pas cette forme d’orgueil souvent démesuré ? N’est pas une des conditions sine qua non pour y arriver ? Tous ont, à un moment donné, construit leur stature « contre » leur camp. Chirac fut « le traître » en 76 avant de rassembler, Sarkozy celui de 95, Mitterrand prit le PS par l’extérieur et ce ne fut pas sans grincements de dents non plus, quitte pour cela à flinguer à tout va. La stratégie actuelle de Ségolène Royal n’est pas si différente d’ailleurs. Elle s’est imposé à l’extérieur du PS et en rupture avec celui-ci. Désormais, il lui reste à transformer l’essai au sein même du PS.

A chaque fois, le scénario est a peu près identique. Un leader se forge aussi parce qu’il a, à un moment donné, une ambition. Et cette ambition, forcément, provoque cris et grincements de dents dans son propre camp. Après, il lui reste à avoir la capacité de pouvoir rassembler à nouveau.
Aujourd’hui, Bayrou est malgré tout le seul leader potentiel d’un centre autonome. Ni l’UDF ni le NC n’ont en leur sein des personnalités capables de le concurrencer pour le leadership.
Donc la question est désormais de savoir si ce rassemblement pourra petit à petit se faire. Affirmer comme tu le fais que Bayrou « se fonde sur le rejet des autres formations centristes, qui sont toutes des traîtresses à la cause » est pour le moins réducteur, et l’on peut aussi bien retourner le propos sans faire avancer le débat. Simplement, à un moment, la stratégie d’autonomie de Bayrou a fortement déplu. A partir de là, certains sont partis pour fonder le NC. Et fondant une nouvelle formation, ils ne pouvaient le faire s’ils voulaient être un minimum audibles qu’en se construisant « contre » Bayrou, quitte à grossir férocement le trait. C’est ce qui fût fait.

Par contre, je te rejoins sur le dernier point.

Le scrutin Européen devrait, en toute logique, permettre aux différentes chapelles centristes de se retrouver. En tous cas il serait souhaitable qu’il le permette. S’il est bien un domaine où MoDem, Nouveau Centre et UDF historique partagent la même vision et le même projet, c’est bien l’Europe.

Mais pour autant, cette réunion, et ce faisant des listes communes, est-elle possible ? Et là, rien n’est moins sûr, malheureusement.

Tout dépendra je crois de la stratégie des autres formations centristes. Le MoDem n’a strictement aucun intérêt à embrouiller encore plus le message des municipales en se présentant sur des listes d’alliances, soit à droite, soit à gauche.
Il doit tout faire – et je crois que cela sera sa stratégie – pour y aller seul.

Le NC a-t-il les moyens d’y aller seul ? Je n’en sais rien. Et s’il décidait de tenter l’aventure, quelle pourrait être sa marge de manœuvre vis à vis de l’UMP ? Pourrait-il porter un message qui soit à la fois différent du Modem et différent de l’UMP ? Et si oui, avec qui ? Et pour dire quoi ? Pas évident du tout…
Et peut-il se ranger derrière l’UMP encore une fois, donc porter un message identique tout en revendiquant l’autonomie ?

Donc la logique voudrait la constitution de listes communes. C’est je crois possible dans certains cas, avec ceux qui – de part et d’autres – ont choisi d’éviter de trop se taper dessus ces derniers mois. Mais si Modem et NC décident de faire listes communes – ce qui serait leur intérêt à tous les 2 – quelle sera alors la position du NC vis à vis de l’UMP. Soit il s’allie avec le MoDem, mais alors c’est s’allier avec ceux qu’il considère comme des opposants au niveau national ce qui sera ressenti comme une prise de distance vis à vis de la majorité et donc le fragilisera ; soit il s’allie avec l’UMP, mais alors à quoi sert véritablement le NC ?

Ecrit par : Bertrand | 10.04.2008

A Bertrand

Je ne te suis pas notamment sur ton parallèle entre Bayrou et Mitterrand-Chirac-Sarko.

En 1976, Chirac n'a pas trahi son camp, celui des gaullistes, mais a rompu avec Giscard. C'est en 1974, qu'il a trahi une partie des gaullistes en soutenant Giscard. Mais sa stratégie étant victorieuse, il s'est rapidement imposé comme le leader du parti néo gaulliste du RPR. Chirac ne s'est pas construit à l'extérieur, mais bien en prenant le contrôle du mouvement gaulliste contre les barons. Idem pour Sarko, qui a pris l'UMP contre Chirac.

Mitterrand a adopté une stratégie bien différente, dans la mesure où les socialistes ont brillés par leur division depuis la Libération. Il a donc créé sa propre boutique, puis menée une habile OPA sur une SFIO moribonde en y agrégeant tout un chapelet de petites officines socialisantes.

Je ne vois pas en quoi Bayrou est assimilable à l'une de ces stratégies. Comme Chirac-Sarko, il a pris le contrôle de l'UDF, mais au lieu d'en faire fructifier l'influence, il n'en a que validé les divisions successives. Et à la différence de Mitterrand, qui a mis vingt ans pour passer d'un centre libéral à une gauche socialiste, Bayrou n'a mené aucune véritable évolution idéologique. Au contraire, son fond de commerce et sa fidélité à ses idées qu'il défend depuis toujours.

Bayrou n'est donc pas dans une stratégie de rassemblement de plusieurs forces, ni de développement d'une force pré-existante, il est dans l'invention d'une nouvelle force ex-nihilo.

Sur les européennes, effectivement je suis aussi très pessimiste. Le MoDem a tout intérêt à se présenter seul pour se placer en héritier du centre et démontrer qu'il existe... Quant au NC s'il doit démontrer lui aussi qu'il existe, parti seul reste éminemment risqué tant il est peu identifié par les électeurs et manque de leader crédible.

Quant à l'UMP, je ne crois pas qu'elle verrait d'un si mauvais oeil une liste MoDem-NC. Au final, ce serait une façon de réancré le centre à droite, de montrer qu'idéologiquement le MoDem ne peut pas s'allier avec un PS fracturé sur la question européenne.

Ecrit par : Bob | 10.04.2008

Bob,

Le parallèle que j’établissais entre Chirac, Mitterrand, Sarko, Royal actuellement, et Bayrou n’était pas dans la stratégie employée pour s’imposer, mais dans le fait que tous, à un moment donné, se sont imposé « contre » leur camp. Les stratégies ont été différentes : OPA de l’intérieur pour Sarko, scission pour Chirac, OPA de l’extérieur pour Royal et dans un autre contexte Mitterrand (rappelons nous que Mitterrand a quand même réussi à prendre le PS alors qu’il n’avait absolument aucune légitimité pour cela à l’époque).
Les recettes divergent, mais le schéma est à chaque fois à peu près identique : s’imposer comme leader, quitte à passer par une phase de déstabilisation, puis une fois le leadership acquis, créer les conditions de l’union.

Les français – peut-être est-ce à ce romantisme dont on les affuble – aiment ces personnages, ces épopées politiques qui réussissent à passer du « diviseur », du « mal aimé » au fédérateur.

C’est - en relativisant toutefois ! - à chaque fois une processus « révolutionnaire », de ces révolutions dont Victor Hugo disait « qu’elles viennent tout venger, et font un bien éternel dans leur mal passager ».

Quant aux européennes, je ne crois pas que l’UMP accepterait des listes MoDem-NC. Si cela devait se faire, la condition mise par le MoDem serait que ces listes soient uniquement MoDem-NC, et non MoDem-NC-UMP. Et des listes MoDem-NC viendraient en partie concurrencer les listes UMP, et éloigneraient de fait le NC de la majorité. Ce qui pourrait être l’objectif d’un Lagarde par exemple, mais sûrement pas d’un Morin ou Sauvadet.

J’imagine que cette question est de celles qui risquent de faire apparaître des lignes de fractures au sein même du NC, entre les tenants d’une ligne d’alliance systématique avec l’UMP (pour avoir le maximum d’élus) et ceux d’une ligne d’autonomie (pour être audible).

De toute façon, désormais, à en croire les dernières infos, il semble bien que coté UMP on considère que le NC ne réussira pas à être autre chose que ce qu’il est aujourd’hui. La stratégie de regroupement d’un centre droit attractif, si elle doit se poursuivre, ne passera pas par lui.

Ecrit par : Bertrand | 11.04.2008

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