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22.03.2008

Ségolène reste la seule à pouvoir faire gagner le PS.

On entend souvent que le PS est aujourd'hui dans une situation très délicate. Dissensions entre les chefs putatifs, pacte idéologique à réactualiser, stratégie d'alliance inefficace. Même chose pour l’UMP dont certains stigmatisent l’atelage artificiel et de moins en moins crédible de tendances politiques bien différentes. Et cette situation n'est pas sans conséquences sur le centre. Beaucoup au MoDem sont en effet persuadés que l'avenir du PS passe par le parti de François Bayrou. Soit il en sera le meilleur allié, soit l'héritier de la droite du PS. Mais leur erreur est certainement de plaquer la culture centriste de l’« entre-soi » à des logiques partisanes de rassemblement.

Au centre, on aime rien mieux que la chapelle. Ce lieu intime où l’on se retrouve entre personnes qui pensent pareil et qui sera l’embryon d’une grande cathédrale. Bayrou surfe d’ailleurs sur ce trait de caractère bien centriste. Plus de personnes quittent le centre, mieux c’est. Plus la chapelle sera pure et exiguë, plus la cathédrale sera vaste et sacrée. Mais analyser le PS et l’UMP à travers ce prisme centriste est une lourde erreur. Car la droite et la gauche ne se constituent pas à partir de chapelles. Elles sont le fruit de la réunion de plusieurs courants. Qui ne sont pas d’accords sur tout, mais coulent dans le même sens.

En apparence, le PS est plus que jamais la victime de ses dissensions idéologiques. En fait, rien que de très banal. Le PS rassemble depuis l'origine une gauche socialiste favorable à une alliance avec l'extrême-gauche, la deuxième gauche rocardienne, des transfuges trotskistes, des sociaux-libéraux et une gauche républicaine qui verse facilement dans le souverainisme, le populisme voire le nationalisme.

Côté UMP, le RPR était déjà un attelage très disparate, entre souverainistes, gaullistes de gauche, gaullistes légitimistes, pompidoliens, chiraquiens sans foi ni loi et libéraux-non giscardiens... Même l'UDF n'était pas très homogène entre libéraux et indépendants d'un côté et modérés et centristes de l'autres, les divergences idéologiques n'étaient pas absentes.

Au contraire, ces deux grandes formations sont plus homogènes aujourd'hui qu'hier. Au moins sur le fonds.

Au PS, le quatuor Delanoé-Royal-Hollande-Fabius est plus homogène idéologiquement que ne pouvait l'être Chevènement-Mitterrand-Rocard-Poperen. Le PS est aujourd'hui cimenté par un consensus sur l'économie sociale de marché.

A l'UMP, les différences sur le fonds entre Juppé-Villepin-Sarkozy-Borloo, sont bien moins fortes qu'entre Pasqua-Chirac-Giscard-Lecanuet dans l’RPR/UDF d’hier. L'UMP est unie par un libéralisme social et européiste. La ligne de l’UDF d’antan en quelques sorte, avec une prime nette pour les thèses libérales.

S'il existe des différences, c'est sur la forme, sur les stratégies d'alliance, et surtout, surtout quant aux personnalités des différents leaders. Mais là encore, cela a toujours existé. Entre Rocard et Mitterrand, ni la forme, ni la personnalité, ni la stratégie n'étaient sur le papier compatibles. Même chose à droite. Et pourtant ni le PS, ni l’UMP n’ont éclaté par le passé. Même pas quand le PS s’est retrouvé écrasé en 1993, même pas après la fracture profonde entre balladurien et chiraquien au sein de la droite en 1995.

Ce qui éloignent PS et UMP, c'est que la droite assume totalement son évolution idéologique, son programme libéralo-centriste faisant quasi l'unanimité. A gauche par contre, l'évolution n'est pas assumée, et le problème reste que l'idéologie du PS n'est pas compatible avec celles des formations politiques à sa gauche.

Pour l'UMP, il est toujours possible de draguer à sa droite. Avec des thématiques sécuritaires, un peu de populisme, quelques postures conservatrices sur les valeurs traditionnelles, il est facile à la droite de parler à l’électorat situé à sa droite sans remettre en cause l’essentiel de son corpus idéologique. Tout simplement car sur les questions économiques, il n'y a pas d'antagonisme majeur entre l’UMP et la droite de l’UMP. Pour les même raisons, cela ne le coupe de l’électorat de centre-droit. Le seul point d'opposition qui demeure au sein des droites est l'Europe. Mais cela joue à la marge et n’est plus, depuis que les souverainistes ont quitté l’UMP, une source de fracture interne, comme du temps de Pasqua-Séguin.

Pour le PS, parler à sa gauche revient à dire le contraire de son fonds idéologique social-démocrate. C’est manier un vocabulaire révolutionnaire, faire des références implicites à l’idéologie marxiste, anti-capitaliste et anti-mondialisation qui forge la gauche de la gauche. Même difficulté pour les questions européennes, qui sont depuis le référendum de 2005 une source de cristallisation des oppositions au sein des gauches. Plus grave, contrairement à l’UMP, ces lignes traversent le PS en interne. Dès que le PS adopte un discours « gauchisant », il se coupe en lui même et se coupe du centre-gauche. Au final le seul point d'accord entre toutes les gauches restent les questions sociétales, qui pèsent peu dans le débat public au final.

C'est tout le problème du PS. Il lui est difficile de s’ouvrir à sa gauche sans perdre en crédibilité. Et il lui est difficile de faire le choix de s'ouvrir à sa droite immédiate car le centre n'est pas suffisamment structuré pour être un allié ou un électorat fiable.

La question au PS ne peut donc pas être idéologique. Car un aggiornamento idéologique ne lui serait pas électoralement payant. Elle le conduirait à la scission en interne, le couperait des électorats situés à sa gauche, et ne l’ouvrirait que sur un centre qui reste un ventre mou.

En fait, le PS n'a que deux portes de sorties. Qui ne se situe ni sur le fonds, ni sur sa stratégie d’alliance, mais clairement sur la question des personnalités.

La première est de pouvoir s'appuyer sur une personnalité à la popularité et/ou à la stature exceptionnelles.  La seconde est d’aller chercher son électorat à droite, plutôt qu’au centre mou ou à la gauche protestataire. En fait, il faudrait au PS un miroir du Chirac de 1995, homme d'Etat populaire et qui parle à une partie de l'électorat de gauche.

Et pour cela, je n'en vois qu'une : Ségolène Royal.

Elle est populaire, elle est l’incarnation virtuelle du PS mais reconnue dans son rôle par l'opinion. En plus, si elle joue bien, elle peut bénéficier du meilleur capital possible pour la présidentielle, le fameux « cette fois-ci c’est son tour ». C’est ainsi que Mitterrand, Chirac ou Sarkozy ont avant tout gagné. En se positionnant en amont comme « le prochain président », ce qui leur a permis de capter le goût du légitimisme bien français. Au risque de favoriser à l’inverse un Poulidor nommé Jospin ou Bayrou, ce qui n’est pas bien grave, car on le sait bien, les Français adore les Poulidor car ils ne gagnent jamais.

Ségolène est donc prête à réunir sur sa personne le facteur popularité/stature. Mais son véritable atout est sur le terrain des idées. Car personne n’en doute, Ségolène Royal s’appuie sur un système de valeurs de droite. Ses origines, son style de Madone péroniste, son goût de casser les tabous, sa capacité à adopter des solutions de droite et à les transformer en solutions de gauche car c’est elle qui se les ait appropriées, tout cela lui donne de bons atouts pour aller pêcher des voix à droite.

Et la crédibilité, la cohérence ? C’est vrai qu’en draguant la droite, Ségolène prend le risque de se couper de sa gauche. Mais ce serait oublié une partie du trio : la stature. Si elle continue à apparaître comme l’opposante en chef à la droite, quoi qu’elle dira, il sera impossible de la faire passer pour une traîtresse.

Ségolène a donc le meilleur potentiel. Une popularité qui lui permettrait d’asseoir une dynamique transpartisane, une stature qui lui évite d’être taxé de collusion avec l’adversaire, un système de valeurs qui la rende crédible pour parler à la droite.

Son véritable défi reste tactique. Car pour gagner, il lui faudra aussi une machine de guerre électorale derrière elle, le Parti Socialiste. Et c’est bien là que Sarkozy conserve une carte maîtresse, celle qui se situe dans la guerre des chefs dont le PS aura bien du mal à sortir. Alors que lui, à droite, reste un patron. Certes fragilisé, mais qui n’a pas trop d’inquiétude à avoir sur l’émergence d’un challenger crédible d’ici à 2012.

Il en serait certainement tout autrement si Bayrou n’avait pas quitté le bercail du centre-droit.

17.03.2008

2008 : année zéro du centrisme ?

On y est. Les élections municipales et cantonales sont passées et l'heure du bilan a sonné pour la très désunie famille centriste. Un bilan lourd, qui ne nous laisse que peu de place tant les enjeux furent une nouvelle fois bipolaires.

Premier constat donc, les Français ont confirmé leur choix d'un système politique bipolarisé. La droite et la gauche se retrouve même dans une égalité presque parfaite avec, au 2nd tour, 49% des suffrages pour la gauche, 47% pour la droite et 2% pour le décidément inclassable MoDem. Pour savoir si le centrisme existe encore, il faut donc aussi tenir compte des résultats du 1er tour où la pluralité avait encore un peu sa place. Et là, on retrouve une partition quasi égale entre un MoDem aux alentours de 3.75% et des centristes de la majorité présidentielle à près de 3,70%.

Même si ces résultats nationaux ne signifient pas grand chose dans le cadre d’une élection locale ils sont riches de deux enseignements. La stratégie du « on est candidat partout » ne paie finalement pas plus que la stratégie du « on s’allie avec l’UMP partout ». Balle au centre. Deuxième enseignement, que le centre joue la carte de l’indépendance ou de l’alliance, qu’on le compte séparément ou qu’on le rassemble artificiellement, son socle électoral est devenu peau de chagrin. Paradoxalement, il n’existe qu’à la marge et semble condamné à n’être qu’une petite force très relative qu’elle soit d’appoint ou de nuisance.

Un rapide tour d'horizon permet de prendre conscience du désastre pour notre famille. Le centrisme ne fait plus recette et perd presque tous ses bastions. Toulouse, Amiens, Blois, Strasbourg, Rouen, Saint-Étienne, Metz, Périgueux, dont les maires incarnaient chacun à leur façon une pratique modérée et centriste de la gestion municipale, basculent à gauche. Dans les grandes villes, le centre n’existe pour ainsi dire plus.

Et la déroute n'est pas moins forte sur ses terres les plus fertiles.

A Angers par exemple, le maire socialiste est finalement réélu sans l'appui des forces politiques du centre qui soutenaient toutes de près ou de loin son challenger UMP (d'ailleurs issu de l'UDF). Dans le reste du Grand Ouest, rien de notable, la gauche modérée semble définitivement l'héritière de la démocratie chrétienne de jadis. A Lyon, même scénario. Entre l'inexistence du Nouveau Centre et les divisions tragi-comiques du MoDem, c'est finalement Collomb le socialiste qui incarne l'héritage politique modéré de la ville.

A Marseille, la candidature inutile de Bennhamias, qui n'a quitté son parti de la gauche plurielle que pour mieux tenter de la reconstruire au 2nd tour, ne parvient pas à faire battre Gaudin. Finalement, Gaudin reste la seule grande figure de l'ancienne UDF à conserver sa ville.

A Paris,  le centre paie au prix fort la stratégie prétentieuse et sectaire de Sarnez. Le MoDem n'aura qu'une élue au Conseil de Paris. Plus aucune mairie d'arrondissement. Il ne parvient même pas à faire battre Tibéri, ni aucun sortant de l'UMP. Marielle de Sarnez, qui aurait pourtant certainement excellé dans cet art, n'aura même pas le plaisir d'être une force de nuisance centrale. Quant au Nouveau Centre, bien que totalement transparent, il se dit en mesure de constituer un groupe de réfugiés au Conseil. A défaut d'exister véritablement dans les urnes, il permettra au centrisme de survivre techniquement, très loin des électeurs.

En fait, comme le disait à juste titre Morin aujourd'hui, le centre, qu'il soit du MoDem ou du NC, n'existe encore que grâce à ses alliances avec l'UMP. Arras, Drancy, Montrouge, Sceaux, Saint-Brieuc, Mont-de-Marsan, Vanves, Agen, Issy-les-Moulineaux... toutes ces villes restent ou deviennent centristes grâce à une stratégie d'alliance naturelle entre le centre et la droite. Et lorsqu'il s'agit de remporter seul une élection, il faut reconnaître que le Nouveau Centre fait mieux que le MoDem. Lui, au moins, a réussi à conserver dès le premier tour Annecy, malgré la déroute de Bosson aux législatives, la candidature concurrente d'un député UMP et une liste MoDem.

Côté MoDem, la satisfaction peut cependant venir, localement, des alliances du 1er tour avec le PS ou avec l'UMP. A Montpellier, Dijon, les conseillers municipaux d'opposition UDF d’hier, pourront sans difficulté devenir des adjoints au maire MoDem dans les jours à venir. A Bordeaux, ils continueront à jouer le rôle traditionnel de l'UDF, partenaire naturel de l'UMP... Et oui, les seules satisfactions locales du MoDem viendront de l'application d'une stratégie très exactement contraire à celle de leur parti. Celle d'un centre qui n'existe que comme force complémentaire à l'une des grandes formations politiques de gouvernement que sont le PS et l'UMP.

Au-delà du plaisir d'entendre Bayrou, sans peur du ridicule, reprocher à l'UMP de ne pas l'avoir soutenu à Pau, il est toujours fameux de voir une nouvelle fois deux de ses faux-amis le vouer aux gémonies. Cornillet et Arthuis, qui misaient l'un et l'autre sur les capacités du parti juridiquement héritier de l'UDF pour assurer leur réélection, qui aux européennes, qui aux sénatoriales, tapent comme des sourds sur le pauvre François. Désorganisé, chimérique, illisible, insaisissable, qu'ils disent. Et Morin de jouer inlassablement la carte du ramasse miettes en appelant les déçus du MoDem, qui l'appellent à rejoindre l'UDF, de rejoindre le NC…

Au milieu du concert des neuneus, signalons quand même deux belles victoires.

Celle du centriste de cœur Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay. Etant donné l'état de déliquescence du centrisme, cette implantation électorale brillamment réussie d'une jeune pousse de la politique non moins brillante nous laisse espérer que les valeurs du centre pourront retrouver à l'avenir une incarnation moderne et dépoussiérée.
Autre victoire presque passée inaperçue, celle de l'équipe du ministre le plus populaire du gouvernement : Jean-Louis Borloo. Alors que tant d'autres n'ont pas su gérer leur participation gouvernementale, Borloo ne cède pas de terrain dans sa ville de Valenciennes.

Si le centre se reconstruit, ce sera sans doute grâce à des hommes de cette trempe. Des hommes d'idées, bon gestionnaires, qui ont su cultiver une véritable relation de confiance avec les citoyens. Un profil très éloigné de l'élu centriste moyen. Celui qui depuis bientôt trente ans est surtout centriste car cela lui permet de se présenter à n'importe quelle élection y compris - et avant tout - contre son camp.

Bayrou aura tenté d'ériger cette pratique du chantage à l'étiquette en dogme systématique pour la transformer en socle électoral. Les électeurs n'y ont vu qu'une armée mexicaine, capable de s'allier ici avec des anciens millonnistes, là-bas avec des communistes bon teint. Place des Quinconces, avec un UMP pur-produit du système chiraquien par affinité gasco-béarnaise et Place de la Comédie, avec le théoricien du socialo-mégalo-clientélisme par amour des hérésies méridionales.

Notre famille, qui a su faire le choix de la Résistance, qui a largement contribué à la reconstruction du pays dans les années 50, qui a inventé patiemment et sans relâche une Europe politique, qui a libéré la société française de son carcan sociétal conservateur dans les années 70, qui a su réunir pendant des décennies parmi les plus belles mécaniques intellectuelles de la classe politique et parmi les plus intègres... Comment notre famille a-t-elle pu tomber si bas ?

Espérons que les centristes ont en ce printemps 2008 atteint le fond du gouffre. Mais aurons-nous les ressources nécessaires pour remonter à la surface ? Il est permis d'en douter.

05.03.2008

Vers une aile centriste de l'UMP dans le Grand Ouest ?

Sur l'impulsion de Pierre Méhaignerie, l'UMP réfléchirait à la création d'un parti centriste associé avec comme assise régionale, le Grand Ouest... Belle idée, mais est-ce réaliste et réalisable...

L'UMP et le Parti socialiste disputent au MoDem les suffrages centristes du Grand Ouest
LE MONDE | 05.03.08 | 12h43  •  Mis à jour le 05.03.08 | 14h19

Où va l'électorat centriste de ce Grand Ouest qui, du Finistère à la Mayenne, des Côtes-d'Armor à la Loire-Atlantique, en passant par le Morbihan et l'Ille-et-Vilaine, a donné entre 21 % et 24 % des voix à François Bayrou au premier tour de l'élection présidentielle en 2007 ? L'UMP ne cesse de s'interroger sur les résultats des élections législatives qui ont suivi.

L'Ille-et-Vilaine constitue un cas d'école. Ses principales figures centristes, à l'image de Pierre Méhaignerie, ont rejoint l'UMP en 2002. Elle compte alors cinq députés, le PS deux. Au premier tour des élections législatives de juin 2007, l'UMP obtient près de 170 000 voix sur les sept circonscriptions du département, le PS un peu plus de 130 000 et le MoDem 52 000. Résultat, à l'issue du second tour : deux élus pour l'UMP, quatre pour le PS et un pour le MoDem. La perte est sèche. Et les élections municipales à venir ont toutes les chances de confirmer la tendance : l'UMP ne parvient pas à gagner le coeur de cet électorat.

"L'Ouest est plus adapté à ce centrisme qui va de Jacques Delors à Raymond Barre, analyse M. Méhaignerie. Si j'ai été élu au premier tour des législatives, ce n'est pas seulement sur les thèmes de Sarkozy : c'est sur ses thèmes, plus le centrisme." "Il reste ici un fond démocrate-chrétien important, poursuit le président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée. La façon d'aborder la question de l'immigration, par exemple, avec ces objectifs chiffrés de reconduite à la frontière, passe très mal. Cela ne cadre pas avec les traditions d'humanisme de ce courant de pensée."

Problème : le parti présidentiel peut-il durablement passer par pertes et profits une partie de son électorat ? La tenue, en novembre 2007, d'un conseil national de l'UMP à Pornic (Loire-Atlantique), a marqué l'amorce d'une réflexion destinée à "redonner à sa composante "centre" toute sa place". Tout récemment, autour de M. Méhaignerie, le premier vice-président de l'UMP, Jean-Pierre Raffarin, et Ambroise Guellec, député européen et conseiller régional de Bretagne, s'est tenue une "réunion stratégique". "Il y a une UMP centriste de l'Ouest à créer, confie M. Méhaignerie. Nous réfléchissons pour le Grand Ouest à une sorte de CSU (la branche bavaroise de l'Union chrétienne-démocrate allemande). Cet électorat centriste peut revenir vers l'UMP si elle montre qu'elle est capable d'héberger en son sein une véritable aile centriste." L'ambition du député d'Ille-et-Vilaine est de parvenir à fédérer les forces centristes "libres" et celles de l'intérieur de l'UMP.

"Méhaignerie est toujours orphelin de l'Union en mouvement. Il s'imaginait alors que l'union de la droite et du centre serait un mariage entre égaux. Il pense maintenant que, en raison de la désillusion sarkozyenne, il va réussir à rétablir l'équilibre", constate Philippe Nogrix, sénateur (Union centriste-UDF) d'Ille-et-Vilaine, qui organise dans ce département les premiers pas du MoDem.

S'il ne croit guère dans les chances de voir aboutir une "fédération centriste" de l'Ouest, M. Nogrix n'en mesure pas moins le chemin à parcourir pour que cet électorat, dont il concède qu'il a été "déstabilisé", puisse s'identifier au MoDem. "Avant, la tendance dominante de l'UDF était l'alliance avec la droite, analyse-t-il. Les nouveaux arrivants, ceux qui se sont enthousiasmés pour la campagne de François Bayrou, porteurs d'une sensibilité différente, sont aujourd'hui devenus majoritaires. La difficulté consiste à marier ces deux cultures." Toutefois, tient-il à préciser, "ici, on est attaché aux racines de l'UDF, sa disparition trop rapide serait néfaste".

"Ce qui se passe à Rennes peut préfigurer ce qui se passera au niveau national", se félicite Caroline Ollivro, tête de liste du MoDem dans la capitale bretonne, persuadée de pouvoir "créer la surprise". Le MoDem est cependant loin de présenter dans chaque département, de manière uniforme, des listes aux élections municipales, préférant ailleurs ménager des alliances avec l'UMP, comme en Mayenne, département présidé par le sénateur (UC-UDF) Jean Arthuis.

Patrick Roger
Article paru dans l'édition du 06.03.08

Lien vers l'article sur le site du Monde.fr 

03.03.2008

Bayrou, révolté immobile

Chronique de Jean-Louis Bourlanges parue le 1er mars dans l'Expansion.

François Bayrou est de retour. Les malheurs du pouvoir faisant le bonheur des opposants, le voici à nouveau campé dans son rôle de prédilection, celui de prophète procureur, stigmatisant l'indignité de la droite et la servilité du centre, dénonçant pêle-mêle le veau d'or et les paillettes, les capitalistes et les cléricaux, les traîtres et les collaborateurs, marchant sur le corps des notables de l'ancienne UDF comme sainte Jeanne de Chantal sur celui de ses enfants. En politique, l'ennemi, ce n'est pas l'étranger, mais le frère. Dans la haine comme dans l'amour, les copains d'abord !

Le procès des ex-copains mérite toutefois réflexion. Le Nouveau Centre est peut-être un camp de réfugiés, mais le vrai transfuge, c'est Bayrou lui-même. Ce qui frappe dans sa marche en crabe vers la gauche, c'est la profondeur du fossé qui le sépare désormais du credo de son ancienne famille. L'UDF était économiquement libérale, politiquement respectueuse des corps intermédiaires, éprise de solidarité atlantique, passionnément attachée à la construction européenne. Tout en Bayrou récuse cet orléanisme abhorré.

Ses héritages sont ailleurs. Ils lui viennent du général de Gaulle et de François Mitterrand. Son projet politique, encore virtuel, s'alimente à deux sources. D'abord un culte romantique du héros solitaire et rédempteur, placé « hors de toutes les séries » par la divine providence pour porter la lumière du monde. Ensuite, un antilibéralisme néocorporatiste de petit paysan catholique qui lui fait regarder le capitalisme et la privatisation avec horreur, les Etats-Unis avec les yeux de Tintin et l'Union européenne elle-même avec une méfiance grandissante. Bayrou n'est pas au centre, comme il vient au reste de le reconnaître, mais, simultanément, à la droite de la droite et à la gauche de la gauche.

Au moment où les patrons du CAC 40 délocalisent allégrement et s'adjugent des rémunérations pharaoniques, tandis que les Etats-Unis se perdent quelque part entre Bagdad et Guantanamo, que l'Europe rumine ses impuissances et que Sarkozy confond joyeusement libéralisme et ploutocratie, ce positionnement est électoralement porteur. Reste la question stratégique : le nouveau chantre de l'exception et du modèle social français devait-il rompre avec la droite ? La haine peut être mauvaise conseillère. Le tracteur Bayrou a besoin d'une terre meuble où labourer. La droite, volage, désinvolte et désormais déboussolée, aurait pu la lui offrir. Pétrifiée dans ses dogmes, ses anathèmes et ses appareils, la gauche risque d'être d'un granit plus résistant.

Mitterrand avait triomphé en s'emparant du PS et en sacrifiant généreusement au crétinisme programmatique. Bayrou joue d'un tout autre clavier. Son succès dans le monde enseignant, clef de sa percée présidentielle, lui a appris la puissance électorale du conservatisme. La réforme est à droite, le statu quo sera donc de gauche. Il faut changer la politique pour ne pas changer la société. Promettre un bouleversement d'opérette pour tourner sur leur gauche les apprentis sorciers du réformisme social-démocrate. François Bayrou inaugure une formule inédite : l'immobilisme révolutionnaire.

Lien vers l'article sur LExpansion.com

02.03.2008

Municipales, paroles de sondeurs...

L'agence Reuters nous livre un petit florilège des "pronostics" des sondeurs à une semaine des municipales. Chacun y trouvera ce qu'il veut y trouver. Moi je vote Rozès...

(..) Les sondeurs interrogés par Reuters sont partagés sur l'impact dans un scrutin local de la conjoncture et du rejet de la politique économique du gouvernement par une large majorité des Français - seuls 36% des sondés la soutiennent, selon BVA.

"L'impact sera fort et très négatif pour le pouvoir en place", estime Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA-Opinion.

"Très peu de gens iront voter pour soutenir Nicolas Sarkozy et une sur-abstention à droite est assez prévisible. Le poids de la politique nationale et économique va s'exprimer en creux, à travers cette abstention", ajoute-t-il.

Selon Frédéric Dabi, responsable du département politique de l'Ifop, "il peut y avoir une envie de vote sanction, comme en 1983 contre la gauche ou en 1977 contre la droite".

"Le problème du pouvoir d'achat et du prix des produits de base peut vraiment devenir un sujet de crispation", juge-t-il, soulignant toutefois, comme tous ses confrères, que "les municipales sont très fortement des élections locales".

Pour François Miquet-Marty, directeur des études politiques de LH2, la politique économique "n'est pas a priori le facteur le plus déterminant. La plupart des électeurs iront d'abord voter sur des enjeux locaux".

Mais, souligne-t-il, la politique économique et sociale pèse lourd localement, notamment "le logement, une attente prioritaire des électeurs sur laquelle la gauche est considérée plus crédible".

Selon Stéphane Rozès, directeur adjoint de CSA-Opinion, l'impact de la conjoncture et de la politique économique sera "faible" et "le vote sanction sera minoritaire".

"Le possible basculement de villes à gauche ne s'explique pas par la conjoncture nationale ou les désagréments de Nicolas Sarkozy mais par le fait que les candidats de l'UMP aient commencé leur campagne en se prévalant de logiques nationales", a-t-il ajouté. "Ceux qui ont tout de suite localisé n'ont pas eu de problème, comme Alain Juppé" à Bordeaux. (...)

Plus qu'une semaine

Plus qu'une semaine avant le 1er tour des municipales et des cantonales. La campagne électorale qui s'achève aura été des plus originales. On aura vu l'UMP tenter de déployer un rateau le plus large possible en agrégeant à ses listes des candidats transfuges du PS via Gauche moderne, en concluant parfois des alliances avec le MoDem, en soutenant, au contraire, comme à Pau d'anciens élus du PS. On aura vu le PS jouer la carte de la gauche plurielle élargie, allant jusqu'à constituer des listes intégrant Lutte Ouvrière. On aura vu les Verts tenter d'exister au premier tour autant que possible, dans une indifférence générale, même Dominique Voynet n'arrivant pas à donner une ampleur médiatique à sa candidature à Montreuil. On aura vu enfin le MoDem appliquant en grandeur nature sa stratégie de non-alliance à la carte, partant seul le plus souvent, s'alliant en bien des endroits au PS, à l'UMP voire au NC...

A l'UMP, la ligne de conduite des candidats consiste à tenter de faire oublier leur filiation avec le président de la République. Une stratégie qui semble finalement relativement efficace.

Juppé est en mesure de sauver son siège et pourrait même être élu au 1er tour. Darcos, que l'on dit perdant depuis au moins 5 ans, ne se voit infligé par les sondages qu'un 50/50% face à son opposant socialiste. Les candidats UMP en difficultés, le sont avant tout pour des raisons locales. Keller-Grossmann à Strasbourg ont bien du mal à faire oublier le manque de charisme de la maire de Strasbourg. Gaudin paie le fait d'avoir sous-estimé son concurrent. Lebrethon à Caen est avant tout contestée sur sa propre personnalité et risque de payer cher son incapacité à tenir sa majorité. Tout comme Perruchot à Blois, qui a vu plusieurs de ses adjoints le quitter pour le MoDem. A Nice, Estrosi ratera certainement l'élection au 1er tour qui lui était promise, mais le sera sans difficulté au second. Quant à Paris, Panafieu cumule une très mauvaise campagne et un Delanoé encensé par les médias, sans que ces deux facteurs soient en lien avec le contexte national.

En fait, le contexte national empêche juste les candidats UMP de bénéficier d'un petit bonus, qui aurait pu en sauver certains et surtout apporter un moteur supplémentaire à la dynamique des candidats partis à la conquête de ville socialiste, comme c'est le cas à Angers par exemple.

Au PS, les victoires annoncées procéderont de la même logique. Les maires sortants seront réélus en raison de leur capital personnel, bien plus qu'au bénéfice d'un vote sanction.

Mécaniquement, les élections de 2001 lui ayant été défavorables, le PS devrait sans grand effort sortir vainqueur de celles de 2008. Et s'il réussit à faire tomber Marseille, Toulouse, Strasbourg, Caen et Rouen, il pourra facilement se targuer d'une vague rose, d'autant que la droite n'aura que peu de symboles équivalents à lui opposer.

Du côté du MoDem, le scrutin s'annonce comme une réédition de la déroute des législatives.

Un échec quasi généralisé, sauf là où des alliances auront été négociées avec l'un des deux camps, comme à Bordeaux, Montpellier, Dijon... Mais, qu'il s'agisse de Paris, où Sarnez peine à dépasser les 10%, ou de Marseille où Bennhamias est inexistant, le MoDem ne jouera certainement pas de rôle majeur. Encore moins à Lyon, où l'on sait avec quelle application le parti démocrate s'est divisé. Quant à Pau, Bayrou subira une triangulaire dont il risque bien de sortir perdant, faute d'allié.

Le MoDem devra se convertir aux évidences et aux réalités. Il n'a pas de dynamique propre, en tout cas pas suffisante pour gagner seul. Son étiage restera celui de l'ex-UDF, entre 7 et 10% de l'électorat. Avec quelques pointes à 12-15%, très rarement au-delà.

Ces élections municipales et cantonales prouveront une nouvelle fois que les Français restent fidèles à deux aspirations qui peuvent apparaître contradictoires.

La première consiste à élire des responsables inscrits dans une démarche de projet, plus que partisane. Les Français, encore plus localement que nationalement ne veulent plus tomber dans le piège du vote à l'étiquette.  La seconde consiste à vouloir une alternance claire entre deux camps. Les Français veulent pouvoir faire un choix intelligent et libre, mais ils veulent aussi le faire en connaissance de cause, entre deux équipes dont ils savent qu'elles sont de près ou de loin adossées aux deux grands partis de gouvernement, le PS et l'UMP qui leur assure une certaine crédibilité à gérer leur ville. C'est sans doute une erreur. Mais on le voit bien dans des villes comme Chartres ou Toulouse, où les électeurs préféreront très certainement les candidats socialistes pour remplacer le maire UMP en place, alors qu'ils pourraient choisir un candidat du MoDem crédible.

L'alternance PS/UMP, c'est effectivement la garantie pour l'électeur d'avoir le choix, sans prendre le risque du n'importe quoi.

L'armée mexicaine du MoDem, peu crédible, souvent désunie, sans stratégie lisible au niveau national, sans personnalité émergente en dehors de son leader, n'aura au final que deux véritables rôles à jouer.

Elle contribuera tout d'abord à entamer le score des élus UMP autrefois alliés à l'UDF en captant une partie des voix des électeurs centristes. Grâce aux listes MoDem le PS pourra "artificiellement" creuser l'écart au 1er tour avec les candidats UMP, et ainsi se retrouver plus facilement à la tête d'une dynamique favorable pour le second. Le MoDem sera également une machine à assurer quelques postes d'adjoints-au-maire à ses candidats. Grâce aux alliances dès le 1er tour ou grâce aux alliances entre les 9 et 16 mars. Mais au final, ces alliances ne seront peut-être pas si nombreuses qu'on le pense. Car elles ne seront la plupart du temps possibles qu'avec le PS. Et ce dernier préférera certainement prendre le risque du maintien au 2nd tour d'une liste MoDem que de devoir gérer une triple alliance incluant ses partenaires de la gauche plurielle et les bayrouistes.

Il ne lui reste donc au MoDem, encore une fois, qu'un seul recours, François Bayrou; qui n'a d'autre choix que de créer la surprise à Pau pour que son parti existe médiatiquement aux soirs des 1er et 2nd tours.

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