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17.03.2008

2008 : année zéro du centrisme ?

On y est. Les élections municipales et cantonales sont passées et l'heure du bilan a sonné pour la très désunie famille centriste. Un bilan lourd, qui ne nous laisse que peu de place tant les enjeux furent une nouvelle fois bipolaires.

Premier constat donc, les Français ont confirmé leur choix d'un système politique bipolarisé. La droite et la gauche se retrouve même dans une égalité presque parfaite avec, au 2nd tour, 49% des suffrages pour la gauche, 47% pour la droite et 2% pour le décidément inclassable MoDem. Pour savoir si le centrisme existe encore, il faut donc aussi tenir compte des résultats du 1er tour où la pluralité avait encore un peu sa place. Et là, on retrouve une partition quasi égale entre un MoDem aux alentours de 3.75% et des centristes de la majorité présidentielle à près de 3,70%.

Même si ces résultats nationaux ne signifient pas grand chose dans le cadre d’une élection locale ils sont riches de deux enseignements. La stratégie du « on est candidat partout » ne paie finalement pas plus que la stratégie du « on s’allie avec l’UMP partout ». Balle au centre. Deuxième enseignement, que le centre joue la carte de l’indépendance ou de l’alliance, qu’on le compte séparément ou qu’on le rassemble artificiellement, son socle électoral est devenu peau de chagrin. Paradoxalement, il n’existe qu’à la marge et semble condamné à n’être qu’une petite force très relative qu’elle soit d’appoint ou de nuisance.

Un rapide tour d'horizon permet de prendre conscience du désastre pour notre famille. Le centrisme ne fait plus recette et perd presque tous ses bastions. Toulouse, Amiens, Blois, Strasbourg, Rouen, Saint-Étienne, Metz, Périgueux, dont les maires incarnaient chacun à leur façon une pratique modérée et centriste de la gestion municipale, basculent à gauche. Dans les grandes villes, le centre n’existe pour ainsi dire plus.

Et la déroute n'est pas moins forte sur ses terres les plus fertiles.

A Angers par exemple, le maire socialiste est finalement réélu sans l'appui des forces politiques du centre qui soutenaient toutes de près ou de loin son challenger UMP (d'ailleurs issu de l'UDF). Dans le reste du Grand Ouest, rien de notable, la gauche modérée semble définitivement l'héritière de la démocratie chrétienne de jadis. A Lyon, même scénario. Entre l'inexistence du Nouveau Centre et les divisions tragi-comiques du MoDem, c'est finalement Collomb le socialiste qui incarne l'héritage politique modéré de la ville.

A Marseille, la candidature inutile de Bennhamias, qui n'a quitté son parti de la gauche plurielle que pour mieux tenter de la reconstruire au 2nd tour, ne parvient pas à faire battre Gaudin. Finalement, Gaudin reste la seule grande figure de l'ancienne UDF à conserver sa ville.

A Paris,  le centre paie au prix fort la stratégie prétentieuse et sectaire de Sarnez. Le MoDem n'aura qu'une élue au Conseil de Paris. Plus aucune mairie d'arrondissement. Il ne parvient même pas à faire battre Tibéri, ni aucun sortant de l'UMP. Marielle de Sarnez, qui aurait pourtant certainement excellé dans cet art, n'aura même pas le plaisir d'être une force de nuisance centrale. Quant au Nouveau Centre, bien que totalement transparent, il se dit en mesure de constituer un groupe de réfugiés au Conseil. A défaut d'exister véritablement dans les urnes, il permettra au centrisme de survivre techniquement, très loin des électeurs.

En fait, comme le disait à juste titre Morin aujourd'hui, le centre, qu'il soit du MoDem ou du NC, n'existe encore que grâce à ses alliances avec l'UMP. Arras, Drancy, Montrouge, Sceaux, Saint-Brieuc, Mont-de-Marsan, Vanves, Agen, Issy-les-Moulineaux... toutes ces villes restent ou deviennent centristes grâce à une stratégie d'alliance naturelle entre le centre et la droite. Et lorsqu'il s'agit de remporter seul une élection, il faut reconnaître que le Nouveau Centre fait mieux que le MoDem. Lui, au moins, a réussi à conserver dès le premier tour Annecy, malgré la déroute de Bosson aux législatives, la candidature concurrente d'un député UMP et une liste MoDem.

Côté MoDem, la satisfaction peut cependant venir, localement, des alliances du 1er tour avec le PS ou avec l'UMP. A Montpellier, Dijon, les conseillers municipaux d'opposition UDF d’hier, pourront sans difficulté devenir des adjoints au maire MoDem dans les jours à venir. A Bordeaux, ils continueront à jouer le rôle traditionnel de l'UDF, partenaire naturel de l'UMP... Et oui, les seules satisfactions locales du MoDem viendront de l'application d'une stratégie très exactement contraire à celle de leur parti. Celle d'un centre qui n'existe que comme force complémentaire à l'une des grandes formations politiques de gouvernement que sont le PS et l'UMP.

Au-delà du plaisir d'entendre Bayrou, sans peur du ridicule, reprocher à l'UMP de ne pas l'avoir soutenu à Pau, il est toujours fameux de voir une nouvelle fois deux de ses faux-amis le vouer aux gémonies. Cornillet et Arthuis, qui misaient l'un et l'autre sur les capacités du parti juridiquement héritier de l'UDF pour assurer leur réélection, qui aux européennes, qui aux sénatoriales, tapent comme des sourds sur le pauvre François. Désorganisé, chimérique, illisible, insaisissable, qu'ils disent. Et Morin de jouer inlassablement la carte du ramasse miettes en appelant les déçus du MoDem, qui l'appellent à rejoindre l'UDF, de rejoindre le NC…

Au milieu du concert des neuneus, signalons quand même deux belles victoires.

Celle du centriste de cœur Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay. Etant donné l'état de déliquescence du centrisme, cette implantation électorale brillamment réussie d'une jeune pousse de la politique non moins brillante nous laisse espérer que les valeurs du centre pourront retrouver à l'avenir une incarnation moderne et dépoussiérée.
Autre victoire presque passée inaperçue, celle de l'équipe du ministre le plus populaire du gouvernement : Jean-Louis Borloo. Alors que tant d'autres n'ont pas su gérer leur participation gouvernementale, Borloo ne cède pas de terrain dans sa ville de Valenciennes.

Si le centre se reconstruit, ce sera sans doute grâce à des hommes de cette trempe. Des hommes d'idées, bon gestionnaires, qui ont su cultiver une véritable relation de confiance avec les citoyens. Un profil très éloigné de l'élu centriste moyen. Celui qui depuis bientôt trente ans est surtout centriste car cela lui permet de se présenter à n'importe quelle élection y compris - et avant tout - contre son camp.

Bayrou aura tenté d'ériger cette pratique du chantage à l'étiquette en dogme systématique pour la transformer en socle électoral. Les électeurs n'y ont vu qu'une armée mexicaine, capable de s'allier ici avec des anciens millonnistes, là-bas avec des communistes bon teint. Place des Quinconces, avec un UMP pur-produit du système chiraquien par affinité gasco-béarnaise et Place de la Comédie, avec le théoricien du socialo-mégalo-clientélisme par amour des hérésies méridionales.

Notre famille, qui a su faire le choix de la Résistance, qui a largement contribué à la reconstruction du pays dans les années 50, qui a inventé patiemment et sans relâche une Europe politique, qui a libéré la société française de son carcan sociétal conservateur dans les années 70, qui a su réunir pendant des décennies parmi les plus belles mécaniques intellectuelles de la classe politique et parmi les plus intègres... Comment notre famille a-t-elle pu tomber si bas ?

Espérons que les centristes ont en ce printemps 2008 atteint le fond du gouffre. Mais aurons-nous les ressources nécessaires pour remonter à la surface ? Il est permis d'en douter.

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Commentaires

Bob,

je crois qu'il y a un élément d'analyse qui vient modérer la théorie de la bipolarisation de la vie politique française, c'est la participation.

Le centre à égale distance de la droite et de la gauche - incarné par Bayrou aux présidentielles - a fait un score plus qu'honorable avec une participation de près de 80%.
Le même centre, cette fois divisé entre MoDem et NC, fait des scores globaux faibles quand la participation n'est plus que de 60%.

Là où 20% seulement des électeurs ne se reconnaissaient dans aucune familles, de l'extrême gauche à l'extrême droite en passant par un centre indépendant ; ils sont 40% à ne pas s'y reconnaître quand le centre, avec ses alliances - à droite exclusivement pour le NC, et manquant de lisibilité pour le MoDem - n'apparaît plus comme véritablement indépendant...

Coté MoDem, il y a plusieurs paradoxes qu'il va falloir résoudre, et qui ont été flagrants durant la campagne :

- vis à vis des électeurs, il bénéficie visiblement d'une "côte de sympathie" importante et d'une attente. Mais qui ne se traduit pas, ou peu, en vote. La remarque que j'ai le plus souvent entendu durant cette campagne de citoyens lambda, était "je voterais bien pour vous, votre démarche est intéressante, mais vos alliances un coup à droite et un coup à gauche rendent le message totalement illisible". C'est un fait !

- en interne, même ligne de fracture entre, globalement ceux de la "vieille école" qui considère qu'un parti ne peut se construire sans élus, d'où nécessité d'alliances ; et les "nouveaux" beaucoup plus indépendantistes pour qui la cohérence du message et l'indépendance ne doivent pas être sacrifiées pour quelques postes en plus.

Pour le moment c'est la double équation que Bayrou n'a pas su résoudre.

Localement, on constate que le MoDem a fait ses meilleurs scores dans des villes moyennes où le message a été un message d’indépendance. Et ses plus mauvais dans les grandes villes où, non seulement le message a été brouillé, mais où en plus les candidats MoDem souffraient d’un déficit de notoriété vis à vis de ténors locaux ou nationaux du PS ou de l’UMP.

Coté NC, le constat est assez similaire. Ses candidats qui ont fait les meilleurs scores dans les villes moyennes les ont fait sur la base d’un partenariat centriste NC-MoDem (Vincennes ou Agen par exemple). Et ses candidats qui ont le plus morflé l’ont été après division du centre et ralliement du NC à l’UMP (Perruchot à Blois ou Blanc au Chesnay).

On revient toujours au même constat. Il existe visiblement un espace politique pour une famille centriste, espace que ne peut incarner ni la gauche tant qu’elle est liée avec ses ultras, ni la droite tant qu’elle tente d’occuper en même temps le terrain cédé par l’extrême droite. On le voit désormais aussi bien au PS qu’à l’UMP, avec les crispations que cela provoque au sein des deux formations. Il est impossible au PS d’aller du centre jusqu’à Besancenot, et il est impossible à l’UMP d’aller du centre jusqu’à Le Pen. Les divergences d’analyse Royal/Fabius d’un coté ou Raffarin/Devedjian de l’autre sont l’illustrations de ces tiraillements.

D'un coté le centre dans son ensemble est victime de la bataille interne pour le contrôle du PS (Paris est l'exemple type), et de l'autre le centre risque d'être victime de la lutte qui commence à s'engager entre UMP-Sarkozyste (Devedjian) et UMP-non-Sarkozyste (Juppé par exemple).

Ecrit par : Bertrand | 18.03.2008

Bertrand,

Moi sur le MoDem (j'ai un peu fait campagne au 1er tour des municipales), ce que j'ai beaucoup entendu pendant la campagne c'est "vous êtes sympathiques mais pas crédibles"... Et en grattant un peu, ce manque de crédibilité portait sur plusieurs points :

1/ effectivement l'absence de lisibilité nationale de la stratégie d'alliance = "c'est le bordel, on n'y comprend rien"

2/ le MoDem est un petit parti, il n'a pas les reins assez solides pour gagner tout seul = "de toute façon vous n'avez aucune chance de gagner"

3/ l'hypocrisie qui tenait à ne pas assumer les alliances du 2nd tour dès le 1er = "on sait bien que ça marchande par derrière, ce qui vous intéresse au final c'est les postes à la mairie"

4/ "vous avez trahis vos idées en passant de la droite à la gauche" vs "vous n'êtes pas de gauche le centre c'est la droite" vs "vous êtes toujours centristes ?"

Le gros problème c'est que tout cela nous a en permanence ramenés à des questions purement politiciennes.

Y compris bcp de citoyens lambda qui se préoccupaient plus de savoir ce qui se préparer pour le 2nd tour avec le PS que de connaître le contenu du programme du MoDem. Surtout sur le fond des projets.

Tant qu'il était question de la forme (pratique du pouvoir, démocratie locale...) le message passe parce qu'il entre en résonance avec celui de Bayrou. Mais dès qu'on en arrivait aux dossiers concrets (urbanisme, éducation, dév économique, social, déchets, commerce...) il était extrêmement difficile d'attirer l'attention et encore plus de la retenir. Là, ce sont des sujets sérieux, et il faut être crédible pour formuler un avis sur ces questions. Et journalistes et électeurs se sont naturellement tournés vers le PS et l'UMP sur ces questions. C'était flagrant en réunions publiques.

A force de ne parler que des questions institutionnelles, de fonctionnement de notre démocratie et de positionnement sur l'échiquier politique, Bayrou a gagné son pari. Le MoDem est clairement positionné sur ce créneau, mais malheureusement ce créneau est l'un qui intéresse le moins les Français.

Qui irait aujourd'hui demander à un candidat MoDem ce qu'il compte faire pour l'emploi, le pouvoir d'achat, l'éducation... Pas grand monde... Par contre s'il s'agit de commenter la dernière "bâche" que Bayrou a balancé à Sarko, l'intérêt du public est là. Mais le problème, c'est que cet intérêt ne se transforme pas en bulletins dans l'urne. Parce que pour mettre une calotte à Sarko, c'est encore plus efficace de voter PS...

Ecrit par : Bob | 18.03.2008

Ta dernière phrase résume exactement ce que j'ai tenté d'expliquer - totalement en vain ! - au MoDem Nantais depuis 3 mois.
Le slogan, absurde, qui avait été choisi était "Changeons d'ère !". En référence, au delà du petit jeu de mot, à "l'ère Ayrault" qui dure depuis 19 ans. Problème : au delà du fait que ce slogan ne disait strictement rien sur les propositions MoDem, la façon la plus efficace de "changer d'ère Ayrault" était de voter UMP. Et s'il s'agissait de "changer d'ère Sarkozy", c'était de voter PS ! Dans les deux cas on expliquait que le meilleur truc à faire était de ne pas voter pour nous !

Il a fallu attendre le soir du premier tour pour qu'enfin les responsables de la campagne se rendent compte que ce message était d'une totale absurdité. C'était un peu tard.

Sur les propositions, on avait développé un certain nombre de propositions très concrètes, étayées et intéressantes. D'ailleurs un bon nombre ont petit à petit été reprises par les deux autres principaux candidats.
Mais, venant de nous, elles devenaient inaudibles :
- car la tête de liste était tellement persuadée que l'aura Bayrou était telle qu'il ne lui était même pas nécessaire de connaître vraiment les dossiers pour faire un score (merci !)
- car ensevelies par le message très embrouillé du Modem au niveau national.

On a probablement perdu des électeurs au profit d'Ayrault, mais très peu au profit de la liste UMP locale très Sarkozyste. Par contre on a été incapables de motiver les abstentionnistes chroniques qui s'étaient déplacé pour les présidentielles, et sont restés chez eux ce coup-ci.

Si bipartisme il y a, pour moi il est dans les exécutifs. Mais pas dans la population où c'est plutôt un système tripartite qui s'impose d'élection en élection. 1/3 à droite, 1/3 à gauche, et 1/3 en attente d'autre chose. C'est globalement ce 1/3 qui a fait le succès présidentiel de Bayrou. Et ce sont les mêmes qui, dans un schéma fermé droite/gauche bascule à chaque fois d'un coté ou de l'autre, non pas adhésion mais pour sanctionner le pouvoir en place. Faute de trouver une formation qui corresponde à leurs attentes véritable. Le problème pour le Modem c'est qu'il faut fédérer ces gens là. Bayrou a su le faire sur sa personne, mais le MoDem en tant que formation politique n'a pas su le faire ce coup-ci.

Morin et le NC se plantent complètement quand ils font mine de croire que les électeurs MoDem vont rejoindre le NC.

Ecrit par : Bertrand | 18.03.2008

Sur la campagne, nous le contexte était différent. Le maire UMP en place avait perdu la législative partielle en janvier, son bilan était bon et tangible mais facilement contestable sur plusieurs points. En plus il a un caractère assez détestable, ne dis pas bonjour au gens et a un petit côté "toujours content de lui et plus malin que les autres" qui a tendance à agacer dès le 1er contact. Bref, Chartres était la ville de la région, qui avec Blois, devait tomber du côté du PS comme un fruit trop mûr.

Mais au final, le maire est réélu avec 56% au 2nd tour après avoir fait 46% dès le 1er tour, soit 17 points d'avance sur sa challenger socialiste... En janvier, il parvenait difficilement à faire 40% sur sa ville aux législatives, sans compter que la circo ne comprenait pas plusieurs bureaux situés dans des quartiers acquis à la gauche.

Côté MoDem, notre candidat avait fait un score de l'ordre de 18,5% aux législatives de juin et de janvier. Il avait aussi été tête de liste officielle UDF/RPR en 2001. Bref, rien voir avec un candidat MoDem sorti de nulle part.

Au final, il fait 13.7% au 1er tour, puis fusionne avec le PS avec lequel il s'étale joyeusement.

Désolé d'entrer autant dans les détails, mais ma ville me semble un bon exemple qui démontre que même avec un bon potentiel de départ, à la fois chez l'adversaire (en grave difficulté) et chez le candidat MoDem (a priori crédible), il n'a pas été possible au MoDem de gagner une élection.

Maintenant, je mentirai en disant que cet échec vient uniquement de l'étiquette MoDem, si le PS-MoDem a perdu, c'est surtout en raison de la très bonne campagne de terrain du maire sortant. Et par une accumulation d'erreurs du PS et du MoDem (programmes faibles, partage des postes trop affiché, critiques trop systématique du bilan du sortant, incompétence visible de la candidate PS à maîtriser les dossiers...).

Cela dit, en quoi le MoDem a contribué à nous a fait perdre :

1/ le problème de positionnement sur la forme de Bayrou qui nous rendait peu crédible sur le fond (je ne reviens pas dessus, j'ai déjà tout dit dans le com précédent)

2/ une stratégie d'alliance contre-productive.

Avec l'étiquette MoDem, nous n'étions pas au 1er tour des challenger du maire sortant. Avec une étiquette UDF, nous aurions été dans une sorte de primaire à droite et au centre. Ainsi nous aurions pu jouer la carte de l'alternative. Avec l'étiquette MoDem, nous étions d'emblée perçus comme les futurs alliés minoritaires du PS au second tour. Résultat, l'électorat de centre-droit s'est porté dès le 1er tour sur le candidat UMP, ce qui explique les 6 points qu'il a gagné et les 5 que nous avons perdu.

3/ Le rôle essentiellement contestataire du vote MoDem.

Au final, voter MoDem s'est résumé à voter anti-maireUMP, mais pas du tout pour un projet alternatif. Ne nous a soutenu qu'une nébuleuse de déçus allant des vieux gaullistes, à des bobos de centre-gauche, en passant par les orphelins de la droite extrème et un grand nombre de ronchons type café du commerce. Voter MoDem c'est voter contre le système, mais certainement pas voter pour un projet. Or, on le sait bien, on ne gagne que rarement une élection sur un vote uniquement contestataire. L'extrème droite et l'extrème gauche ou encore les souverainistes MPF, RPF ou MRC en sont les exemples éculés.

4/ La grande hétérogénéité et volatilité de l'électorat MoDem. Comme il s'agit essentiellement de dire "merde au système" quand on vote MoDem, l'électorat se retrouve extrèmement composite. Nous l'avons vu cruellement dans l'entre-deux-tours où nous n'avons certainement été suivi que par à peine la moitié de nos électeurs dans l'alliance avec le PS. Du coup, aujourd'hui, nous ne sommes même pas en mesure d'apparaître comme une force d'appoint fiable pour le PS.

Après sur ton rapport des 3 tiers, je ne suis qu'en partie d'accord.

En fait, je dirais plutôt que l'électorat est réparti en deux quarts et une moitié. 20-25% d'électeurs PS, 20-25% d'électeurs UMP, et au milieu 50-60% d'électeurs potentiellement captables par la droite et la gauche. Si l'on enlève les 10% des contestataires des deux bords qui se retrouvent dans les 60%, on arrive à un 40% d'électorat détaché de préférence partisane très marquée.

Maintenant, sur ces 40%, très peu sont finalement qualifiable de centristes (ou de démocrates). Une partie penche plus facilement au centre-droit, une partie au centre-gauche, le reste est totalement dénué d'orientation politique et est très hétérogène.

Ce qu'a réussi Bayrou en 2007, c'est d'agréger la droite et la gauche de ces 40%. Autrement dit, les électeurs qui se serait bien laissé tenté par le PS s'il avait eu un candidat du style de Strauss-Kahn et les électeurs de centre-droit et de droite anti-Sarko. Reste que l'autre moitié de l'électorat "central" s'est dispersée, comme à son habitude entre les autres candidats. Parce que par nature, cette électorat est fondamentalement libre et qu'il ne se détermine pas dans la durée, mais selon le contexte propre à chaque élection.

Donc, il est impossible de bâtir une force politique en espérant capter durablement ces fameux 40%. On peut éventuellement faire un coup, mais pas bâtir dans la durée sans un minimum de fidélité. Avec 7,5% aux législatives et 3,75% aux municipales, il est désormais incontestable que l'électorat bayrouiste du 1er tour de la présidentielle est tout sauf fidèle.

La seule façon de remporter une élection, c'est de s'appuyer sur un socle électoral (droite ou gauche) et de l'élargir à une partie des 40% centraux, voire, ce qu'a réussi Sarko, à capter une bonne partie des 20% de contestataires situés aux deux extrèmes.

C'est dire si le défi de Bayrou est quasi impossible à relever. Car dès qu'il se positionnera clairement vers l'un ou l'autre des électorats "statiques" de droite ou de gauche, il perdra toute l'originalité qui caractérise sa candidature. Et donc il perdra une grande partie de ses électeurs des 40% centraux. Quant à capter les extrèmes, si Sarko ou Mitterrand en étaient capables, lui, par sa nature même, ne l'est pas.

La stratégie du MoDem ne peut donc au mieux mener que vers l'émergence d'un petit parti charnière un peu attrappe-tout. Mais avec les municipales, nous savons que ce petit parti n'est pas encore en mesure d'être un parti arbitre. Ce n'est que lorsqu'il aura atteint ce stade que sa démarche commencera à devenir un tant soit peu crédible. Et le MoDem en est très très loin. Sans compter que la berezina dont l'affuble les médias, les campagnes de gentils amateurs qu'ont souvent subi les militants sur le terrain, risquent d'avoir un effet démobilisateur important, tant sur les électeurs que chez les militants.

Quant au NC, je ne pense pas que Morin pense vraiment pouvoir capter les électeurs MoDem. Il a juste voulu profité de la déroute de Bayrou pour exister à travers quelques dépêches AFP à la veille de son maintien au gvt. Cela fait partie du jeu, mais ça ne mène effectivement à rien.

Par contre, il n'est pas impossible que le NC réussise à réamorcer sa pompe à élus. Avec l'entrée de Christian Blanc au gouvernement et la réélection de pas mal de ses maires et conseillers généraux sortants, il a regagné un peu de crédibilité. D'autant que l'UMP ne lui a pas vraiment déroulé le tapis rouge... Une UMP qui n'a pas gagné grand chose dans sa drague du MoDem pendant le scrutin, et à laquelle il ne reste plus qu'à miser sur le NC, le PRV, les sociaux-libéraux et les centristes "maison" pour espérer regagner l'électorat du centre-droit.

Ecrit par : Bob | 18.03.2008

@Bob,

sur les perspectives et les possibilités de rebond des uns et des autres, il faut être je crois très circonspects. Le peuple, comme les médias, adorent lyncher ceux qu'ils ont adoré la veille, et les retournements sont souvent d'une rapidité stupéfiante.

Il n'y a pas eu longtemps entre le jour où, je me souviens des images, Sarko arrivait à un congrès du RPR au cri "Sarko salaud !" et celui où il est devenu une sorte de demi-dieu pour les mêmes.
Il y a quelques mois à peine Royal incarnait pour beaucoup la "nullitude". On la pare désormais de toutes les vertus.
Delanoë était, c'était assuré, totalement cuit suite à l'échec des JO. Il est réélu avec près de 60% des voix !
Mitterrand comme Chirac ont connu exactement la même chose de façon récurrente,

Bayrou subit actuellement le même phénomène, en partie de sa faute mais pas uniquement. Après avoir été adulé - trop sans doute - durant la campagne présidentielle, il est lynché 10 mois après. Mais cela ne présage en rien de ce que sera l'avenir. C'est d'ailleurs ce qui fait le charme de la vie politique...

Ecrit par : Bertrand | 19.03.2008

à Bertrand

La dessus entièrement d'accord, la politique est un monde où l'on ne meurt jamais vraiment... Sauf quand les échecs électoraux se cumulent à un âge canonique, il est en effet tjs possible de rebondir.

Concernant Bayrou, ce n'est effectivement pas parce qu'il est aujourd'hui au plus bas, qu'il le restera. Il lui est effectivement possible de remonter la pente, d'autant qu'il conserve un très fort capital de popularité et de sympathie dans l'opinion.

Mais sans machine électorale derrière lui, le MoDem n'ayant rien de comparable avec le PS ou l'UMP, où même les réseaux centristes de jadis (avant l'UDF), il lui sera extrêmement difficile de transformer une nouvelle fois cette popularité en suffrages.

Je lui prédis plutôt un avenir à la Jack Lang, Bernard Kouchner ou encore Simone Veil. Même si cela impliquerait qu'il accepte de renouer avec le "système". Bref une personnalité politique populaire au delà de son camp, qui incarne une certaine vision de la société ou une figure morale en quelque sorte. Mais pour cela il lui manque aussi certainement d'être à l'origine de quelque chose de concret... Aujourd'hui, Bayrou n'a encore jamais véritablement agit en politique. Aucune loi majeure, aucune réforme, aucune initiative de niveau national ne lui est attaché. Rien d'équivalent à la loi sur l'IVG, MSF ou la Fête de la Musique...

Dernière remarque sur les "revenants" de la politique. Ils ont pour la plupart un trait commun : ils sont revenus en agissant. Juppé se réhabilite en gérant bien sa ville. Sarko s'est refait au ministère de l'intérieur. Mitterrand en mettant en ballotage De Gaulle en 65 et en fédérant la gauche non-communiste en 71, etc. Seul contre-exemple, Chirac, qui s'est appuyé sur la trahison de Balladur et une gauche orpheline de Mitterrand pour gagner en 95.

Se refusant à agir concrètement en politique, il ne reste à Bayrou que cette stratégie. S'appuyer sur les faiblesses de ses adversaires. Un pari très risqué et encore une fois extrêmement difficile à relever sans machine partisane derrière soi et sans véritable expérience de gouvernement du pays.

Ecrit par : Bob | 19.03.2008

Effectivement, la maison centriste est actuellement bien dépecée. Entre le MoDem, le NC, le PRV, le PRG (je ne parle pas des progressistes ou de gauche moderne, dont on doute de la sincérité du message politique).

Le diagnostic de françois bayrou est le bon. Il y a un espace pour créer un parti républicain, de tendance sociale-démocrate.

Les municipales ont-elles cependant réellement permis de résussir dans ce sens ?
On a actuellement plutôt l'impression que le centre est plus divisé que jamais.

Ecrit par : Thibault | 20.03.2008

C'est je crois Xavier Bertrand qui a eu récemment cette réflexion non dénuée de bon sens : " Le PS a un appareil mais pas de leader, le MoDem a un leader mais pas d'appareil. La logique voudrait qu'ils se rejoignent".
Cela suppose évidemment en préalable que le PS fasse le tri "entre de bon grain et l'ivraie". Ce qui n'est pas gagné !

Ecrit par : Bertrand | 20.03.2008

Je suis assez d'accord pour dire qu'il y a un espace et des électeurs potentiels, mais que ce socle n'est vraiment pas stable
Pour le stabiliser, encore faudrait il qu'il y ait un programmeet un leader crédible, ce qui était le cas avec Giscard mais absomument pas avec F Bayrou
Maintenant, il est clair que la division n'est vraiment pas efficace!
Les élections municipales ont ét é plus favorables au NC qu'au Modem. C'est assez logique puisqu'il s'agit d'un scrutin de liste et de coalition plus que d'indépendance
Mais n'oublions pas que le scrutin majoritaire est la méthode la plus fréquente en France!

Ecrit par : gerard | 21.03.2008

@Gérard,

D'accord avec vous pour dire que le socle électoral du centre dans son ensemble manque de stabilité par manque de corpus idéologique. Il a été dépecé depuis 2002 et a du mal à se reconstituer.
Mais n'est-ce pas aussi ce qui est en train de se passer peu ou prou pour le PS et l'UMP ?
A force de vouloir tirer sur la corde des deux cotés (PC/Sociaux démocrates - Centre droit/Extrême droite) ils se sont aussi considérablement fragilisé. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne gagnent pas les élections, mais ils les gagnent de plus en plus sur une sorte de malentendu, d'où les mouvements de balancier auxquels on assiste systématiquement.

La force de Sarkozy est qu'il a réussi à cacher ces dissensions durant la campagne présidentielle en ayant un discours à géométrie variable. Mais elles éclatent aujourd'hui. Cf pour cela les différences d'analyses au sein même de l'UMP, entre ceux qui réclament un retour au centre, et ceux au contraire qui veulent une politique beaucoup plus à droite. Bref il y a mécontentement des deux cotés.

Coté PS, le choix a été fait d'éviter tout questionnement idéologique, mais du coup ce questionnement revient aussi en force aujourd'hui. L'analyse de Huchon est assez réaliste, qui réclame que le PS accepte enfin de repenser totalement son idéologie avant de se chercher un leader.

Ecrit par : Bertrand | 21.03.2008

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