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02.03.2008

Plus qu'une semaine

Plus qu'une semaine avant le 1er tour des municipales et des cantonales. La campagne électorale qui s'achève aura été des plus originales. On aura vu l'UMP tenter de déployer un rateau le plus large possible en agrégeant à ses listes des candidats transfuges du PS via Gauche moderne, en concluant parfois des alliances avec le MoDem, en soutenant, au contraire, comme à Pau d'anciens élus du PS. On aura vu le PS jouer la carte de la gauche plurielle élargie, allant jusqu'à constituer des listes intégrant Lutte Ouvrière. On aura vu les Verts tenter d'exister au premier tour autant que possible, dans une indifférence générale, même Dominique Voynet n'arrivant pas à donner une ampleur médiatique à sa candidature à Montreuil. On aura vu enfin le MoDem appliquant en grandeur nature sa stratégie de non-alliance à la carte, partant seul le plus souvent, s'alliant en bien des endroits au PS, à l'UMP voire au NC...

A l'UMP, la ligne de conduite des candidats consiste à tenter de faire oublier leur filiation avec le président de la République. Une stratégie qui semble finalement relativement efficace.

Juppé est en mesure de sauver son siège et pourrait même être élu au 1er tour. Darcos, que l'on dit perdant depuis au moins 5 ans, ne se voit infligé par les sondages qu'un 50/50% face à son opposant socialiste. Les candidats UMP en difficultés, le sont avant tout pour des raisons locales. Keller-Grossmann à Strasbourg ont bien du mal à faire oublier le manque de charisme de la maire de Strasbourg. Gaudin paie le fait d'avoir sous-estimé son concurrent. Lebrethon à Caen est avant tout contestée sur sa propre personnalité et risque de payer cher son incapacité à tenir sa majorité. Tout comme Perruchot à Blois, qui a vu plusieurs de ses adjoints le quitter pour le MoDem. A Nice, Estrosi ratera certainement l'élection au 1er tour qui lui était promise, mais le sera sans difficulté au second. Quant à Paris, Panafieu cumule une très mauvaise campagne et un Delanoé encensé par les médias, sans que ces deux facteurs soient en lien avec le contexte national.

En fait, le contexte national empêche juste les candidats UMP de bénéficier d'un petit bonus, qui aurait pu en sauver certains et surtout apporter un moteur supplémentaire à la dynamique des candidats partis à la conquête de ville socialiste, comme c'est le cas à Angers par exemple.

Au PS, les victoires annoncées procéderont de la même logique. Les maires sortants seront réélus en raison de leur capital personnel, bien plus qu'au bénéfice d'un vote sanction.

Mécaniquement, les élections de 2001 lui ayant été défavorables, le PS devrait sans grand effort sortir vainqueur de celles de 2008. Et s'il réussit à faire tomber Marseille, Toulouse, Strasbourg, Caen et Rouen, il pourra facilement se targuer d'une vague rose, d'autant que la droite n'aura que peu de symboles équivalents à lui opposer.

Du côté du MoDem, le scrutin s'annonce comme une réédition de la déroute des législatives.

Un échec quasi généralisé, sauf là où des alliances auront été négociées avec l'un des deux camps, comme à Bordeaux, Montpellier, Dijon... Mais, qu'il s'agisse de Paris, où Sarnez peine à dépasser les 10%, ou de Marseille où Bennhamias est inexistant, le MoDem ne jouera certainement pas de rôle majeur. Encore moins à Lyon, où l'on sait avec quelle application le parti démocrate s'est divisé. Quant à Pau, Bayrou subira une triangulaire dont il risque bien de sortir perdant, faute d'allié.

Le MoDem devra se convertir aux évidences et aux réalités. Il n'a pas de dynamique propre, en tout cas pas suffisante pour gagner seul. Son étiage restera celui de l'ex-UDF, entre 7 et 10% de l'électorat. Avec quelques pointes à 12-15%, très rarement au-delà.

Ces élections municipales et cantonales prouveront une nouvelle fois que les Français restent fidèles à deux aspirations qui peuvent apparaître contradictoires.

La première consiste à élire des responsables inscrits dans une démarche de projet, plus que partisane. Les Français, encore plus localement que nationalement ne veulent plus tomber dans le piège du vote à l'étiquette.  La seconde consiste à vouloir une alternance claire entre deux camps. Les Français veulent pouvoir faire un choix intelligent et libre, mais ils veulent aussi le faire en connaissance de cause, entre deux équipes dont ils savent qu'elles sont de près ou de loin adossées aux deux grands partis de gouvernement, le PS et l'UMP qui leur assure une certaine crédibilité à gérer leur ville. C'est sans doute une erreur. Mais on le voit bien dans des villes comme Chartres ou Toulouse, où les électeurs préféreront très certainement les candidats socialistes pour remplacer le maire UMP en place, alors qu'ils pourraient choisir un candidat du MoDem crédible.

L'alternance PS/UMP, c'est effectivement la garantie pour l'électeur d'avoir le choix, sans prendre le risque du n'importe quoi.

L'armée mexicaine du MoDem, peu crédible, souvent désunie, sans stratégie lisible au niveau national, sans personnalité émergente en dehors de son leader, n'aura au final que deux véritables rôles à jouer.

Elle contribuera tout d'abord à entamer le score des élus UMP autrefois alliés à l'UDF en captant une partie des voix des électeurs centristes. Grâce aux listes MoDem le PS pourra "artificiellement" creuser l'écart au 1er tour avec les candidats UMP, et ainsi se retrouver plus facilement à la tête d'une dynamique favorable pour le second. Le MoDem sera également une machine à assurer quelques postes d'adjoints-au-maire à ses candidats. Grâce aux alliances dès le 1er tour ou grâce aux alliances entre les 9 et 16 mars. Mais au final, ces alliances ne seront peut-être pas si nombreuses qu'on le pense. Car elles ne seront la plupart du temps possibles qu'avec le PS. Et ce dernier préférera certainement prendre le risque du maintien au 2nd tour d'une liste MoDem que de devoir gérer une triple alliance incluant ses partenaires de la gauche plurielle et les bayrouistes.

Il ne lui reste donc au MoDem, encore une fois, qu'un seul recours, François Bayrou; qui n'a d'autre choix que de créer la surprise à Pau pour que son parti existe médiatiquement aux soirs des 1er et 2nd tours.

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Commentaires

ravi de te lire.
"Son étiage restera celui de l'ex-UDF, entre 7 et 10% de l'électorat. Avec quelques pointes à 12-15%, très rarement au-delà."
J'achète, ma foi ce n'est pas si mal. Avant quand on faisait plus c'était grâce à l'UMP (qui nous muselait).

Ecrit par : Le Petit Grognard | 02.03.2008

D'un côté on peut partager ton verdict, ce sera surement mieux que les Verts, et cela pourrait permettre au MoDem de devenir un partenaire au moins aussi intéressant pour le PS que celui-ci. Maintenant, c'est quand même bien peu pour un mouvement émergent qui se positionne comme un rénovateur de la politique en profondeur. Vous pouvez encore surfer aujourd'hui sur ce qui reste de la vague de la présidentielle et l'effet de nouveauté. Sur le rejet de Sarko par une partie de l'électorat de droite modérée et du centre aussi.
Mais je crois qu'il vous sera extrèmement difficile de capitaliser sur un tel étiage. Au final vous êtes tout aussi dépendant qu'avant des grandes formations politiques. Sans alliance avec elle, vous n'accéderez pas à des postes à responsabilités (ce qui est quand même la vocation d'un parti).
Franchement je pense que la stratégie que mène Bayrou est très chère payée pour les centristes.
Je ne vois pas trop quel rôle positif tout cela peut vous faire jouer à l'avenir. Celui d'un MPF du Centre, qui n'existe qu'aux élections européennes et un peu à la présidentielle ? Celui d'un parti aiguillon, comme les Verts, mais qui par manque de stratégie claire fini par végéter à 5% ? Celui d'une écurie à personnalité ... comme le Parti radical de JJSS ... avec le succès que l'on sait...

Ecrit par : Bob | 02.03.2008

C'est toujours un peu le même débat, celui qui a réveillé Bob.

Soit on considère (c'est en gros l'option assez inattendue de Bob) que le Modem est l'héritier de l'ex UDF et qu'à ce titre on peut comparer leurs résultats. Et dans ce cas, le MoDem, s'il fait entre 8 et 10% au niveau national se situera grosso-modo à la hauteur de l'ex UDF version 2002. Problème : Bob nous expliquait il n'a a pas si longtemps que ce n'était pas le MoDem l'héritier de l'UDF, mais que c'était le Nouveau Centre.
Il conviendrait alors plutôt de comparer les scores UDF avec ceux du NC seul. (Mais bon, il est rarement seul, à part à Annecy ou à Bordeaux, donc ça n'a aucune valeur. A bdx, il était crédité dernièrement de 2%).

Soit on considère que le MoDem est une formation nouvelle, qui n'est pas l'ancienne UDF, mais un "truc" nouveau. Et à ce moment là, 8 à 10% des voix pour une formation qui a moins d'un an d'existence et quasiment pas d'élus et de cadres, c'est un succès indéniable. Ca fait d'un "truc" qui n'existait pas il y a un an la troisième force politique en France, largement devant d'autres bcp plus anciennes.

En réalité, plus on avance, et cette campagne l'a vraiment montré, et plus le MoDem s'éloigne de ce qu'était l'ex-UDF. Il en a gardé l'Europe et une certaine modération entre libéralisme et social, mais il y a ajouté une très forte dose d'écologie (ou plutôt développement durable), sujet qui a toujours désintéressé l'ex UDF (et le NC aujourd'hui). Bref, le cocktail est totalement nouveau, et pas inintéressant.

Sur le reste, ça manque un peu d'analyse. C'est un peu court d'affirmer que Delanoë devra sa victoire aux médias qui l'encensent. Plus qu'un effet Delanoë, il y a à Paris un effet Panafieu calamiteux. N'importe qui passerait pour compétent quand on suit les prestations de la dame. Et puis, Delanoë est surtout apprécié des parisiens à une très large majorité, en dehors des cercles médiatiques. Je connais quelques électeurs de Sarkozy à Paris qui vont voter Delanoë sans aucun état d'âme, simplement "parce que c'est un bon maire, et qu'importe son étiquette". C'est toute l'erreur de Panafieu. Depuis le début elle attaque non pas le maire, mais "le socialiste" Delanoë. Or qu'il soit au PS ou pas indiffére totalement les Parisiens.
(C'est pareil pour Colomb à Lyon ou Juppé à Bordeaux, dans l'autre sens.)


Gaudin à Marseille, plus que d'avoir sous-estimé son adversaire, paye pour une longévité politique dont beaucoup ne veulent plus. Les gens indéboulonnables, au bout d'un moment, ça lasse même leurs supporters.
C'est un peu le même cas qu'Ayrault à Nantes qui, bien que nullement mis en danger, va pour la première fois de sa vie (déjà 5 mandats de maire dont 3 à Nantes), très probablement ne pas être élu au premier tour. Même à gauche, et même si il bénéficie d'une excellente côte de popularité, au bout d'un moment, ça lasse ! Ceci dit, c'est difficile de l'attaquer sur son bilan, contrairement, ai-je cru comprendre, à Gaudin.

Quant à Bayrou à Pau, je parierai bien sur un scénario identique aux législatives. Urieta ne peux pas gagner, et la droite n'a aucune envie de faire gagner le PS, juste pour embêter Bayrou. D'autant qu'il y a un certain Alain Juppé qui est à la manœuvre dans le coin, et qui lui a tout intérêt à donner de sérieux gages aux MoDem de sa propre majorité. Il y a les enjeux départementaux, régionaux qui rentrent aussi en ligne de compte...
Je dis "la droite", je ne dis pas "sarkozy" qui lui est dans un discours très vengeur vis à vis de Bayrou. Mais très peu suivi localement.

Ecrit par : Bertrand | 04.03.2008

Tiens, à lire, le "Chat" de Patrick Roger dans le Monde. Il est peu suspect de sympathie MoDem a en croire ses articles précédents. Mais l'analyse est intéressante.

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46- href="mailto:0@2">0@2-987706,55-1017562@51-982722,0.html

Ecrit par : Bertrand | 04.03.2008

Oui Bertrand, on est tjs un peu dans le même débat, et il pourrait bien nous tenir jusqu'en 2012...

Sur la question de l'héritage. Du point de vue des idées, c'est certainement plus le NC que le MoDem qui incarne l'héritage de l'UDF. Sur le "lit" électoral, c'est évidemment le MoDem. Ce que je voulais dire, c'est que le MoDem n'a pas pour l'instant démontré la plus value électorale qu'il présente par rapport à l'UDF. Les lignes ont bougé et l'électorat du MoDem n'est plus tout à fait celui de l'UDF. Mais au final, il ne semble pas en mesure de faire mieux que d'agréger le "milieu des déçus" aux centristes indécrottables. Autrement dit, le vote MoDem, en dehors des ultra-centristes, comme celui de l'UDF depuis Bayrou, reste un conglomérat fluctuant, entre 7 et 10% qui permet aux déçus de l'UMP et du PS d'exprimer leur point de vue en évitant l'abstention ou les extrèmes. Le vote MoDem, n'est que minoritairement un vote d'adhésion à un projet, c'est un vote à message, une façon de dire que l'on n'est pas d'accord avec l'UMP ou le PS, ou les 2, et que les valeurs centristes et démocrates feraient bien d'^tre plus présentes dans leur programme.

En tout cas, c'est ce que je vis localement. Une fois encore je voterai sans héistation MoDem au 1er tour des municipales (peut-être au 2nd si mon candidat en réchappe). Mais pour moi et bcp d'électeurs, c'est avant tout un message envoyé à la droite, pas une adhésion à la ligne politique bayrouiste.

Après, oui, je suis d'accord, le MoDem est un truc nouveau, mais dont je reste persuadé qu'il a des ambitions démusérées par rapport à sa dynamique propre et sa ligne politique fondatrice. Sans une alliance durable avec le PS ou l'UMP, le MoDem n'aura jamais les moyens d'arriver seul au pouvoir. En fait, soit il choisira d'être enfin utile à notre démocratie, quitte à s'aliéner au PS, soit il restera ce qu'était essentiellement l'UDF de Bayrou, à savoir une étiquette politique molle, utile aux candidats en dissidence de leur camps ou lasser par les combats perdus et donc faibles face à la perspective de s'allier avec le camps jadis adversaire pour glâner un poste à responsabilité.

Après sur les villes que j'ai citées. Paris. Je ne conteste pas le bon bilan et le talent de Delanoé et encore moins l'éternelle pintade à roulettes que Panafieu restera (je reprend cette expression excessive, car je trouve qu'elle résume finalement assez bien sa desepérante certitude d'être capable de faire des coups médiatiques alors qu'elles frôle le ridicule à chacune de ses prises de positions). Maintenant, l'influence des médias joue aussi bcp, il ne faut pas oublié qu'après l'échec des JO, on disait Delanoë quasi mort politiquement... Les temps changent, et il devra aussi sa victoire à l'effet vélib qui l'a relégitimé dans l'opinion... Merci JC Decaux ;)

Sur Gaudin, tout à fait d'accord avec toi. C'est peut-être son combat de trop, mais je crois aussi que ce qui caractérise ces combats de trop c'est très souvent la certitude du vieux politicards en place que personne ne peut venir sur ses plates-bandes. Il existe aussi des maires vraiment indéboulonables qui ont su manoeuvrer avec intelligence. Frêche en est le meilleur exemple. Maire depuis 1977, il passe la main tout en conservant toute son influence et se paye le luxe d'accueillir sur sa liste le MoDem qui a négocié dès l'été dernier...

Quant à Pau, je t'avoue que je ne maîtrise pas suffisamment la géographie politique des Pyrénnées-Atlantiques pour aller très loin dans l'analyse. Si la proximité entre JUppé et les élus UDF du département a tjs été très forte, il n'en reste pas moins que Pau reste une ville de gauche et qu'une triangulaire semble assurée pour le second tour. Je ne vois pas trop ce que Juppé et la droite pourrait faire de bien différent dans ce contexte... Et si une partie de la droite Uriétiste peut virer Bayrouiste au 2nd tour, une partie de la gauche uriétiste peut aussi virer socialiste selon le même schéma...

Quant au chat de P Roger, je l'ai lu, c'est effectivement très intéressant. En fait, je suis assez d'accord avec lui. Le MoDem n'est pas un épiphénomène, mais son salut ne réside que dans la personnalité de Bayrou et/ou une alliance avec le PS. Maintenant, je reste très sceptique sur une profonde réorganisation de notre paysage politique. Tant que les Français resteront attachés à la bipolarisation, tout cela tiendra plus d'un ajustement qu'au chose. Sans alliance, le MoDem restera un petit parti charnière. En s'alliant avec le PS, il sera progressivement vampirisé comme l'ont été le PC et les Verts...

Ecrit par : Bob | 04.03.2008

Je crois que la situation pour le moment est encore plus compliquée que cela. Qu’il n’y a pas actuellement Un MoDem, comme il y a Une UMP. Il y a des MoDem(s), qui se cherchent un peu, et varient encore beaucoup en fonction, et des enjeux locaux, et des personnalités qui les animent. C’est un peu la difficulté d’un parti en formation. A l’inverse, on a le PS, qui était « un » et devient de plus en plus « des », sous l’effet inverse. Le MoDem est dans une sorte de dynamique difficile mais concentrique ; le PS dans une dynamique inverse. Et l’UMP doute d’elle-même…
Bref, à part un certain consensus sur certains points clefs (l’europe, plus de démocratie dans les exécutifs, plus d’écologie, un meilleur équilibre entre économie et sociale, …) bien des choses séparent encore le MoDem de Bordeaux de celui de Dijon ou de Paris.
Après, sur l’image que renvoie le MoDem, et ce faisant sa capacité de persuasion, là aussi on a pour le moment deux effets un peu contradictoires :
- d’un coté il y a une image « nationale » assez négative. Qui se traduit par le systématique « vous n’êtes nulle part, puisque vous faites alliance avec Juppé d’un coté et Delanoë de l’autre ». Bref, c’est embrouillé.
- de l’autre, il y a un intérêt, voire une sympathie évidente, pour un parti qui justement, n’est pas arc bouté sur une vision politique ancienne droite/gauche et qui propose autre chose, même si cette « autre chose » manque encore un peu d’unité.

Localement, il y a plusieurs choses qui m’ont vraiment surpris durant cette campagne municipale :

- l’envie de beaucoup, adhérents bien sur, mais aussi beaucoup de « citoyens » non engagés, de « faire bouger les lignes », de « faire de la politique autrement », bref de devenir peu ou prou acteurs du débat. A Nantes, la grande surprise a été les réactions quand on est allé dans certains quartiers difficiles, voire « chauds ». Le genre d’endroits où un UMP qui se respecte ne met jamais les pieds. On a un camping car qu’on pose au milieu des tours, et on invite les gens à venir discuter. Au départ, on était à peu près persuadés de se faire virer très rapidement. Il s’est passé le phénomène exactement inverse. Non seulement les gens viennent, apportent le thé à la menthe et les gâteaux, mais le soir on recevait des mails nous remerciant « les autres, de toute façon, ça fait longtemps qu’ils nous ont laissé tomber. Ils viennent nous vendre leur soupe, sans même nous demander nos besoins les plus urgents ».

- j’ai beaucoup fait campagne sur les marchés. Et comme j’aime bien discuter, surtout avec des gens dont je ne partage pas les idées, je vais systématiquement saluer les concurrents, de l’extrême gauche à l’UMP (le FN est mort ici). Et, là grosse surprise, j’ai entendu le même discours des deux cotés, de gens cette fois impliqués dans la campagne, voire candidats. Une des discussion les plus passionnantes que j’ai eu a été avec un militant PC en train de vendre l’Humanité Dimanche. Un type brillant, passionnant, militant PC depuis toujours…et commandant de pétrolier ! Au bout d’une demie-heure, il me sort : « Je ne voterai jamais Bayrou, parce que pour moi la lutte des classes a un sens, et qu’il est de droite. Mais, si j’avais 20 ans et que je n’avais pas cette grille de lecture marxiste, il est évident qu’aujourd’hui je serais avec vous. Le MoDem est aujourd’hui le seul mouvement politique intéressant qui a envie de faire des choses. Et, même si on est en désaccord, je souhaite vraiment que cela marche » (c’était pas gentil pour son propre parti !). Notre discussion était tellement intéressante qu’on a prévu de se revoir après les élections, pour la poursuivre…

- Le lendemain, autre marché. Je commence par aller saluer 3 militants PS, là aussi des « vieux de la vieille ». Types de 60/65 ans très sympas. On constate qu’on est d’accord sur certains trucs, et en désaccord sur d’autres. Normal. Et là, le discours devient, en gros « de toute façon, le PS va soit exploser, soit agoniser longuement. Il est incapable de rompre ses alliances idiotes avec ses extrêmes, et ça va nous tuer. La seule solution serait qu’il se scinde et que naisse une alliance entre les sociaux démocrates et le MoDem. Sans vous on est trop faibles, et inversement.».
10 minutes plus tard, sur le même marché, un monsieur vient se présenter. Très « bonne bourgeoisie » Nantaise, patron d’une grosse boîte locale, et candidat sur la liste UMP. Dialogue très courtois. Au bout de 3 minutes, il y va carrément : « Je suis sur la liste UMP…mais j’y suis mal à l’aise. Je suis un ex-UDF historique, et sur énormément de points, je me sens beaucoup plus proche de vous que des idées que je suis sensé défendre aujourd’hui. Sarkozy, c’est vraiment pas ma tasse de thé ». Là aussi, on a prévu de se revoir, quelque soit le résultat des élections.

Ce ne sont bien sûr que 3 petits témoignages, mais ils montrent une attente véritable, et un besoin de recomposition, à gauche…comme à droite.
Face à cela, c’est sûr qu’aujourd’hui le MoDem n’est pas assez armé. Bayrou est la seule figure d’envergure nationale. Le manque de cadres est une évidence. Mais cela viendra. Petit à petit le corpus idéologique va s’affirmer et des gens vont « monter ». Les municipales sont là pour ça, et même surtout pour ça, au delà des résultats proprement dits.

Sur Delanoë, l’UMP a juste oublié un détail. Au delà de ses succès (Vélib) ou échecs (JO, circulation…), c’est un excellent politique. D’autant plus excellent que précisément ce n’est pas un idéologue, mais un type très pragmatique.

Ecrit par : Bertrand | 05.03.2008

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