28.10.2009

Démocrates italiens : le PD élit pour la seconde fois un ancien communiste à sa tête

Le Partito democratico a élu dimanche son nouveau président. Issu du rassemblement de centristes issus de l'ancienne Démocratie chrétienne, de socialistes et de centristes de gauche, et enfin des anciens communistes du PCI qui s'était mué en Parti des démocrates de gauche au milieu des années 90, le PD s'ancre de plus en plus fermement à gauche.

veltroni.jpgromano_prodi2.jpgrutelli1.jpg

Partito_democratico_logo.pngEn 2007, l'élection comme secrétaire (chef opérationnel du parti) de Veltroni (ancien du PCI) s'était faite dans un certain équilibre entre les formations fondatrices du Parti démocrate. Si les démocrates de gauche (ex-PCI) avaient obtenu la tête du parti, le leader politique "réel" demeurait Romano Prodi, président du PD et surtout tête de pont d'une plus large coalition de gauche et du centre gauche incluant le PD. Rutelli conservait aussi une existence politique à travers l'autonomie dont bénéficiait les élus européens de la Margherita, membres avec l'UDF du Parti démocrate européen et du groupe ADLE au Parlement européen.

En 2008, la coalition fondée par Prodi ne fut pas renouvelée, l'alliance électorale se limitant au PD et à Italie des valeurs (ex-juge Di Pietro, libéral de gauche). Dès la défaite contre Berlusconi, le débat interne au PD mis définitivement en marche l'ancrage pur et simple à gauche du parti. Bien que sortant d'un échec assez cuisant, le parti avait tout de même acquis dans la bataille électorale le statut de "grand" parti, seul capable d'incarner une opposition crédible à Berlusconi.

LogoS&D.pngUn positionnement à gauche définitivement acquis lors des élections européennes de juin dernier, qui mit fin à la partition des élus PD en deux groupes, et à leur intégration au groupe PSE, où siégeaient déjà les ex-PCI depuis leur abandon du communisme, au côté des ex-PSI.

bersani con sigaro.jpgDimanche dernier, c'est donc logiquement que les sympathisants du PD, dans le cadre de primaires rassemblant 2,5 millions d'électeurs, ont confirmé l'élection interne au PD d'un nouveau leader issu du PCI en la personne de Pier Luigi Bersani.

Dans sa stratégie d'autonomie, l'UDF, puis le MoDem, ont souvent cité en exemple l'aventure italienne. La création de la Margherita, puis de L'Olivier, qui avait réussi à constituer un pôle centriste moteur de la rénovation de la gauche italienne. Force est de constater que si Prodi et Rutelli furent les véritables artisans et précurseurs de la reconstruction d'un centre-gauche moderne en Italie, ils n'ont pas véritablement réussi à asseoir leur ligne politique centriste à l'échelle d'un parti unitaire.

Plus que l'émergence d'une voie centriste à vocation majoritaire, le PD sera certainement le cadre historique de l'achèvement de la transmutation des anciens communistes italiens en de classiques sociaux-démocrates, au contact d'anciens démocrates-chrétiens gauchisés par leur rejet de la nouvelle droite berlusconienne.

Au final, le PD reprend l'espace politique laissé vacant par les socialistes depuis la fin de l'ère Craxi, dans le cadre d'un affrontement bipolaire on ne peut plus classique, entre un bloc de gauche et un bloc de droite, lui aussi récemment unifié au sein du Peuple de la liberté. Une sorte de retour à la "norme", près de vingt ans après l'opération Mani pulite qui signa l'arrêt de mort politique de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste italien.

Lien vers un article du Monde sur l'élection de Bersani

22.10.2009

Sénat : le MoDem définitivement minoritaire au sein de l'Union centriste

Yves Détraigne a officialisé son adhésion à l'Alliance centriste en entrant le 12 octobre dernier au bureau de sa fédération de Champagne-Ardenne en tant que vice-président.

detraigne_yves01024m.jpgAvec ce départ désormais définitif (qui est loin d'être une surprise), le MoDem ne compte plus que 9 élus au Sénat, contre 10 à 11 au Nouveau Centre (le successeur de Michel Mercier n'a pas clarifié sa position mais est étiqueté NC par certains journaux) et vraisemblablement 7 à l'Alliance centriste (6 l'ont officiellement rejoint, ne reste que Jean-Claude Merceron qui n'a pas officialisé son adhésion). Il a donc perdu la majorité relative qu'il détenait encore au début de l'année, même si la cogestion du groupe, conclue avec les amis de Jean Arthuis depuis l'élection de Nicolas About, lui permet de sauver les apparences.

L'hémorragie que connaissent les rangs du MoDem semble désormais achevée jusqu'au prochain scrutin (2011).

Un rendez-vous qui s'annonce cependant difficile pour les élus MoDem. Ses neufs élus seront renouvelables, et devraient pâtir à plein de la stratégie d'alliances du MoDem et de l'étiolement de son réseau d'élus locaux. Il s'agira également du premier renouvellement par moitié du Sénat, ce qui autorise la gauche à espérer une alternance.

L'UMP n'aura d'autre choix que de soutenir des candidats centristes du NC et de l'AC pour sauver sa majorité en limitant les candidatures concurrentes. Le PS quant à lui, fort d'une dynamique favorable, ne prendra pas le risque de rater sa conquête en réservant des places à quelques élus MoDem à la fidélité peu avérée. Il leur préfèrera sans nul doute quelques élus PCF, PRG, MRC, PG et Verts.

Une fois encore, la survie du centrisme se jouera à droite, pas à gauche.

15.10.2009

Ginisty abandonne, Lepage prend du champ... le MoDem sera-t-il durable ?

Après le vague-à-l'âme de l'Hérétique, sorte de vaisseau-amiral de la blogosphère modemiste, le MoDem connaît cette semaine deux autres prises de distance.

ginisty_bayrou.jpgL'une est franche et nette, avec le départ de Christophe Ginisty. Un départ qui semblait inéluctable depuis le mois de juin tant l'on sait que le MoDem a d'immenses difficultés à gérer toute contestation interne. Comme à l'accoutumée, la démarche critique de Ginisty s'est très vite transformée en une "trahison" programmée. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je constate simplement qu'une fois encore, une personnalité nouvelle et intéressante quitte le MoDem pour ne pas y avoir trouvé sa place. Ni dans l'organisation interne du MoDem où il semble qu'il se soit vite trouvé inutile et peu considéré. Ni dans les campagnes électorales, où Marielle de Sarnez l'a ignoré lors des européennes. Ni dans l'action politique concrète, où Ginisty a perdu il y a quelques mois son mandat de conseiller municipal d'Issy-les-Moulineaux pour cause d'irrégularités dans l'établissement de ses comptes de campagne. Le voici donc qui abandonne le navire, ne souhaitant plus cautionner la désorganisation interne du MoDem, la gestion oligarchique du parti et l'absence de structuration de sa communication... Contrairement à Quitterie Delmas, il annonce également vouloir poursuivre son engagement sous une autre forme. Très certainement au côté de Corinne Lepage qui prend elle aussi du champ vis-à-vis du duo Bayrou-Sarnez.

lepage bayrou.jpgCorinne Lepage, quant à elle, ne quitte pas - encore ? - le parti. Elle se borne à se dessaisir d'une partie de ses responsabilités internes (coordination des commissions) et de lancer un nouveau club politique "Terre démocrate". Une initiative, qui, si elle s'axe sur le développement durable, et cherche l'ouverture à gauche, rappelle fortement le club d'action politique "Avenir démocrate" lancé par Cavada lors de sa transhumance du MoDem vers le NC. terre démocrate.jpgTerre démocrate se présente en effet comme un club qui serait plus qu'un think-tank, car véritablement engagé dans le débat citoyen et politique, mais pas un nouveau parti, car n'ayant pas d'ambition de nature électorale. Cela dit, "Terre démocrate" semble tout destiné à devenir une passerelle entre le MoDem et Europe-Ecologie, et une sorte de plate-forme testant la possibilité d'un glissement de Cap21 de l'un vers l'autre. En évacuant la question électorale que ne pourrait éluder un parti comme Cap21, Terre démocrate permettra à Lepage de nouer des contacts plus ouverts et formels avec Europe-Ecologie et les Verts, voire le PS, tout en s'adressant au-delà de Cap21 à l'ensemble des adhérents du MoDem par son affichage "démocrate" clairement assumé.

bayrou-sarnez.jpgDécidément, les échecs électoraux ne réussissent pas au duo Bayrou-Sarnez. Plutôt que de constituer un électrochoc salvateur, ils semblent avoir figé la direction bicéphale du MoDem dans une stratégie du repli sur soi. L'offre publique de dialogue apparaît de plus en plus comme un leurre, destiné à entretenir médiatiquement l'idée que Bayrou est l'homme de la vraie ouverture. En fait, elle n'est qu'un rideau de fumée qui tente de piéger le PS et les Verts en entretenant les dissensions internes à ces deux formations sur leur stratégie d'alliances, tout en comptant leur faire jouer le mauvais rôle de celui qui dit "non".

bayrou dany.jpgCar c'est bien Bayrou et Sarnez qui compliquent sciemment l'émergence de nouvelles alliances à gauche. Chacun des gestes qu'ils adressent est assorti de conditions : pas d'alliance nationale, ancrage à gauche tout en refusant les primaires, ouverture aux Verts tout en rejetant le développement durable comme approche programmatique globale... Chaque appel du pied est assorti d'un cordon sanitaire qui n'a d'autre but que de limiter l'alliance au contexte électoral des prochaines régionales. Et surtout, de garantir à François la possibilité de se présenter en 2012, ce qui n'est envisageable que dans une stratégie d'indépendance complète au niveau national.

bayrou france.jpgEncore et toujours, la seule ligne qui compte, c'est la candidature en 2012. Si en 2007, on pouvait considérer légitime que cette ligne conduise Bayrou à sacrifier une grande partie du travail de reconstruction d'un centre indépendant allié à la droite engagé depuis 2002, il est aujourd'hui injustifiable de le voir gâcher la réorientation de son mouvement sur la thématique politique lisible du développement durable. Avec l'apport interne de Lepage, de Cap21, des ex-Verts ralliés, elle aurait pu conduire le MoDem à devenir un partenaire compatible sur le fond et sur la forme avec Europe-Ecologie.

12.10.2009

Ce soir, j'ai lu l'Hérétique, et j'ai failli pleurer...

Bon ben voilà... Avec le résultat de la législative partielle à Poissy, je me voyais déjà "contraint" à produire un post démontrant une nouvelle fois l'échec patent de la stratégie de Bayrou.

bayrou reconstruire.jpgA stigmatiser l'incapacité du MoDem, sur un circo de droite au contexte "hyper" favorable (sortant UMP pourri, candidat Verts moisi, candidat UMP parachuté, candidat PS moyen, ex-candidat PRG en embuscade, candidat MoDem correctement implanté), à faire un score digne de ce nom...

Et puis L'Hérétique a tout dit. Pas une ligne à retirer à son billet. Ça faisait tellement longtemps que j'attendais qu'il revienne à un discours réaliste sur l'aventure du MoDem, que j'ai presque eu envie de pleurer.

Pleurer de voir que l'espoir était en train de quitter, non pas les plus idolâtres bayrouistes, mais ceux qui le soutiennent avec intelligence et convictions politiques. Ceux qui peuvent de temps à autre me faire douter de mes certitudes.

Pleurer de voir que devant l'échec, L'Hérétique n'a d'autre solution à apporter, comme je le fais régulièrement, que la machine à remonter le temps. Celle qui nous permettrait de séquestrer François pendant deux ou trois semaines après le 22 avril 2007 pour l'empêcher de couper bien trop prématurément et hermétiquement de la droite, l'UDF et le centre.

Pleurer de voir que nous partageons tant, tout en étant désormais si éloignés.

Pleurer à l'idée que le seul lieu où nous pourrions nous retrouver serait l'Alliance centriste. Cette petite chapelle qui cumule plus les handicaps du MoDem et du NC qu'elle n'ouvre une véritable issue de secours au centrisme.

Mais bon, heureusement, il nous restera sans doute une dose suffisante de mauvaise foi pour continuer à nous "opposer" jusqu'en 2012. Lui fera semblant d'y croire encore vraiment, Marielle aidant, moi de ne plus pouvoir être tenté une nouvelle fois par l'aventure, Marielle aidant...

03.10.2009

Premiers sondages sur les régionales : vers des européennes bis ?

Deux premiers sondages ont récemment parus sur le prochain scrutin régional. Ils confirment le rapport de force des européennes et les difficultés des deux grandes formations, pour le PS au 1er tour et pour l'UMP au second.

La première étude a été menée par Opinion Way pour le Figaro. Elle donne un rapport de 43/36% en faveur de la gauche, ce qui pemettrait au PS et ses alliés de conserver la plupart des régions à l'exception de 3 à 4 qui pourraient basculer. Ce sondage a la particularité de prendre en compte des listes NC au 1er tour. Elles sont créditées de 4%, un niveau légèrement supérieur à celui des européennes dans les sondages de la pré-campagne. Le MoDem se situe en bas de sa fourchette avec 7%. Quant aux Verts, avec 16%, ils sont proches du PS, seulement crédité de 19%. Ces 3 petits points d'écart, s'ils se confirment augurent de belles surprises dans certaines régions... L'UMP caracole en tête avec 32%, mais ne dispose en réserve que des 4% du NC. Même si l'on ajoute les extrêmes, la droite est largement distancée : Gauche + NPA + MoDem totalisent 55% des intentions de vote. Un matelas, qui même s'il sera fragilisé par les divisions du 1er tour, voire les dissensions entre les deux, assure à la gauche un avantage déterminant dans le scrutin.

Le sondage de CSA pour La Chaîne Parlementaire donne des résultats sensiblement équivalents. Le rapport de force est plus avantageux pour la gauche 44% contre 31%, mais le NC n'étant pas testé dans l'étude, les 31% se résument à l'UMP. Faut-il en conclure que cette étude est plus crédible, l'UMP étant bien mieux identifiée par l'électorat que le NC, ou que la présence du NC peut au contraire constituer l'ébauche d'une petite réserve de voix pour le camp présidentiel ? Je pencherais pour la première option, même si une offre centriste indépendante dans certaines régions pourra effectivement apporter un "plus de voix" à la majorité plutôt qu'un transfert de l'UMP vers les centristes. Même si le PS est à 21%, il reste proche des Verts qui sont crédités de 17%. Côté MoDem, un petit 8%. Le rapport de force global (avec extrêmes) est quant à lui encore plus tendu pour l'UMP. Avec 61% la gauche (Gauche + NPA + LO + MoDem) est très nettement majoritaire. Ce qui rend le défi de reconquête de l'UMP particulièrement compromis.

Ces premiers sondages confirment donc pour l'instant le rapport de force issu des européennes.

Une gauche très divisée au 1er tour, mais qui rassemble une large majorité des suffrages. Avec deux écueils. Un vote aux extrêmes qui peut potentiellement "geler" 5 à 9% des suffrages. Et un leadership partisan potentiellement bicéphale, le PS se trouvant désormais à un étiage proche de celui des Verts. Le défi pour la gauche est donc double. Premièrement, ne pas trop souffrir d'un effet "échec du PS au 1er tour" qui pourrait démobiliser l'électorat et sur-avantager l'UMP qui est en capacité de distancer d'une dizaine de points la première liste de gauche au 1er tour. Ensuite, réussir la fusion entre les deux tours, en confinant les psychodrames et marchandages de tapis qu'elle engendrera inévitablement aux arrières boutiques des partis. Pas gagné. Surtout si les Verts devancent le PS dans certaines régions.

Un centre virtuellement hors-jeu. D'un côté le NC et les centristes de la majorité restent trop faibles pour que l'on sache véritablement leur poids. Cela rend impossible la systématisation de la constitution de listes indépendantes, qui pourrait pourtant être un début de réponse à l'absence de réserves de voix de l'UMP. De l'autre, un MoDem à un étiage trop bas pour qu'il puisse jouer un rôle actif entre les deux tours. Qui ne pourra pas se maintenir (moins de 10%) ne pèsera pas grand-chose. L'option d'alliances exclusivement à gauche annihile également tout enjeu "médiatique", la question de l'entre-deux-tours devant très certainement être monopolisée par le rabibochage Verts/PS.

Enfin, à droite, les régionales seront certainement la démonstration des limites de la stratégie présidentielle d'un bloc unitaire autour de l'UMP. Sans réserve de voix, sans ouverture possible sur l'électorat de gauche, l'UMP semble condamnée à un bilan proche de celui de 2004. Même si l'état de la gauche et ses divisions lui offrent un contexte plus favorable. Elle ne peut plus compter que sur les symboles et réussir à faire basculer une grosse région, ce qui lui permettrait, comme Jospin en 2001 avec Paris de faire passer son échec relatif pour une victoire médiatique.

Lien vers le Politoscope Le Figaro/Opinionway (.pdf)

Lien vers le sondage LCP/CSA (.pdf)

26.09.2009

Bourlanges : "ce qui rapproche François Bayrou de la gauche, c'est ce qu'il y a de pire en chacun d'eux"

La dernière chronique de Jean-Louis Bourlanges parue dans L'Expansion.

La vraie nature de François Bayrou

Un centre génétiquement modifié

Jean-Louis Bourlanges est professeur à l'IEP de Paris -  01/10/2009

jlb1.jpgEnfin ! Il en aura fallu, du temps, des mensonges et des échecs, pour que Marielle de Sarnez consente, au nom de François Bayrou, à briser le tabou de l'"indépendance centriste" et à substituer à un "ni droite ni gauche", dans l'impasse, un "à gauche toute !" virginal et prometteur. En vérité, l'alliance à gauche était le terme inévitable de la dérive engagée au congrès de l'UDF à Lyon, en janvier 2006. Point d'alliance, point de salut. Depuis deux ans, le grand hérétique assiste au naufrage de son Eglise. Il n'a laissé à ses hommes d'autre choix que le martyre ou l'infidélité. "Elu du centre, pars vite et reviens tard" : là où passe le cheval du Béarnais, l'herbe électorale ne repousse pas.

François Bayrou n'en a cure. S'il se moque ainsi de "ses amis", c'est d'abord parce que ce ne sont pas ses amis. Sa dérive se double d'une apostasie. Il a progressivement renoncé à incarner la spécificité centriste. C'est la mission historique du centre que de permettre aux majorités de droite comme de gauche de résister aux poisons de ce que Bernard-Henri Lévy a nommé "l'idéologie française" : refus de la modération et du compromis, culte de l'exception nationale et du souverainisme, exaltation du volontarisme d'Etat, allergie à l'individualisme, à l'Amérique et au marché.

L'homme du centre affirme les droits de la société par rapport à ceux de l'Etat. Il préfère le marché aux monopoles, les vertus du face-à-face aux vices de l'arbitrage au sommet et de l'oukase bureaucratique. Il exalte les corps intermédiaires, respecte les élites ouvertes et répugne au pouvoir d'un seul homme. Il privilégie une vie internationale fondée sur la sécurité collective, la coopération multilatérale et le partage juridiquement organisé de la souveraineté.

Seulement voilà : François Bayrou n'est pas l'homme de ce rôle. Chez cet antimodéré, tout s'inscrit en faux par rapport aux convictions centristes dont l'opinion le crédite. Sa conception du pouvoir, héroïque, solitaire et prophétique, doit faire se retourner dans leurs tombes Tocqueville ou Benjamin Constant. Son horreur "forrestérienne" du capitalisme libéral le situe plus près de Benoît Hamon que de Pascal Lamy. Son exaltation sans nuance de l'uniformité jacobine fait de lui l'adversaire attitré de toute réforme de l'université et le désigne comme l'ultime défenseur du modèle bureaucratique français. Sa dénonciation, quasi religieuse, de la mondialisation emporte avec elle les derniers articles du credo atlantiste et même européen du centrisme historique.

Confiant à Eric Conan (1) qu'il ne lui serait pas difficile de battre, par la gauche évidemment, Dominique Strauss-Kahn, seul concurrent sérieux à ses yeux, François Bayrou vend la mèche. Il désigne le directeur du FMI comme l'ennemi public n° 2, secrètement complice de Nicolas Sarkozy, et nous donne à voir la carte qu'il entend jouer : la dénonciation d'un "salaire de trader" et la stigmatisation d'un habitué des "hôtels de luxe". Avidité ploutocratique, errance cosmopolite : le décor est planté. Décidément, ce qui rapproche François Bayrou de la gauche, c'est ce qu'il y a de pire en chacun d'eux.

Lien vers la chronique sur le site de L'Expansion

22.09.2009

Les Verts sont ils en passe de transformer l'essai des européennes ?

Ce dimanche se tenait le 1er tour de la législative partielle de la 10e circo des Yvelines visant à pourvoir le poste laissé vacant par Christine Boutin. Surprise, la candidate des Verts arrive en 2e position avec un score supérieur à 20%.

boutin.jpgLa circonscription en question est de tradition conservatrice. Autour de Rambouillet, le sud des Yvelines est une terre qui n'est pas sans avoir quelques accents d'une province bourgeoise à la Chabrol. Le fief de Boutin et Larcher n'a pas failli à sa réputation en 2007. La chrétienne-démocrate était en tête dès le premier tour, avec un confortable 49.23%, qui la porta à plus de 58% au second, face à son adversaire socialiste qui avait fait 21% au 1er tour. En troisième position, on trouvait le candidat UDF-MoDem avec un score honorable de près de 11.5%. Très loin derrière se situait la candidate des Verts, Anny Poursinoff, qui, avec 3.8%, faisait tout juste mieux que le FN, autour de 3.6%.

poisson.jpgDimanche, la plupart des têtes ont changé, à l'exception de la candidate verte. Boutin a cédé la place à son suppléant-sortant, Jean-Frédéric Poisson, qui réalise un bon score avec plus de 43% des suffrages. L'abstention atteignant plus de 77% (contre 36% en 2007), le nombre de voix qu'il capitalise est néanmoins faible, avec à peine 10 000 suffrages, contre plus de 30 000 à Boutin deux ans plus tôt.

Chez les socialistes, c'est une femme sans mandats, Françoise Pelisollo, qui succède à David Fischer, conseiller régional PS candidat en 2007. La chute est rude, Pelisollo n'arrivant que 3e avec un peu plus de 12%, avec à peine 3 000 voix contre plus de 13 000 à Fischer en 2007.

mougeot guerinel.gifLe MoDem n'a pas réinvesti son candidat de 2007. Candidat aux municipales avec le soutien de l'UMP au 1er tour, Pierre Le Guerinel a finalement fusionné entre les deux tours avec la liste du maire DVG de Maurepas, Georges Mougeot, et est devenu son 1er adjoint. Un retournement de veste qui vaut à Mougeot d'être investi par le MoDem lors de cette partielle. Sans succès, avec 9.5%, Mougeot fait moins bien que Le Guerinel qui avait flirté avec les 11.5% en 2007.

poursinoff2.jpgEnfin, la surprise vient des Verts. Leur candidate, Anny Poursinoff, conseillère régionale, se qualifie pour le second tour avec 20.15% des voix. Une progression fulgurante, qui se traduit aussi en voix, avec plus de 4500 en 2009 contre à peine 2500 en 2007. Un gain de voix de 88%, là où les autres candidats en perdent de 70% (UMP et MoDem) à près de 80% pour le PS, pendant que la participation fond de 65%.

poursinoff3.jpgS'il est impossible d'extrapoler sur une simple partielle, elle confirme cependant que les Verts, au-delà de leur bon score aux européennes, semblent au moins pour un temps en capacité d'incarner une alternative crédible à gauche. Elle montre aussi que le MoDem, qu'il penche à droite comme en 2007, ou à gauche comme cette année, ne joue au final qu'un rôle assez marginal. Il ne profite ni du départ de Boutin, ni d'une candidate PS à la notoriété semble-t-il encore peu assurée. Il est aussi à noter qu'il soutenait, ce qui n'est pas si courant, un maire d'une ville importante de la circonscription, toute proche de la ville nouvelle de Saint-Quentin (hors circonscription), fief de Nicolas About.

Sans avoir suivi de près la campagne, il semble qu'une nouvelle fois, le PS se soit fait piégé. Voyant dans le maire de Maurepas une menace réelle de perdre des voix à gauche et au centre, il semble avoir négligé la candidature verte, il est vrai lilliputienne en 2007.

lipietz.pngNul doute que le PS suivra de près les résultats de la prochaine partielle qui se déroulera à Poissy, qui malgré le parachutage de David Douillet, lui offre un contexte favorable, le député UMP sortant Masdeu-Arus ayant été condamné pour corruption et abus de bien sociaux. En 2007, Masdeu-Arus avait fait un score moyen à 52%, contre 60% en 2002. Le PRG-PS était arrivé avec 21.5% en deuxième position, suivi du MoDem à 12.5%. La candidate verte n'avait mobilisé que 3.5% des suffrages... Le parachutage d'Alain Lipietz créera-t-il la surprise les 11 et 18 octobre prochains ? Il lui reste certainement à "dégauchiser" son image. Pour y contribuer, il peut déjà compter sur la présidente de son comité de soutien, qui n'est autre qu'Eva Joly.

Les résultats de dimanche (.pdf)

Les résultats de 2007

15.09.2009

Alliance MoDem/PS : êtes-vous vraiment prêts à voter pour elle au 2nd tour ?

13.09.2009

Le NC remporte seul la municipale partielle de Saint-Cyprien

thierry_del_poso_4_la_clau.jpgMême s'il s'agit plutôt d'une petite ville (10 000 habitants), qui vote à droite très majoritairement, la victoire du candidat du Nouveau Centre Thierry Del Poso mérite qu'on s'y arrête une petite seconde.

Parce qu'il a gagné avec face à lui une liste UMP, une liste PS et ce jusqu'au second tour où quatre listes ont pu se maintenir (la quatrième étant divers droite). Et qu'il la remporte avec 47,5% des suffrages, ce qui est un très bon score dans le cadre d'une quadrangulaire.

Cette victoire valide en partie la stratégie du NC qui démontre qu'il est encore possible pour un centriste d'exister face à l'UMP et au PS, pour peu qu'il s'inscrive dans un camp lisible pour l'électeur. Il l'avait d'ailleurs déjà fait à Annecy en mars 2008. Le MoDem, lui, n'en est pas encore là. Les villes qu'il a gagné ou remporté l'ayant toute été à la suite d'une alliance dès le premier tour avec l'un des grands partis, et le plus souvent avec l'UMP.

Une petite éclaircie d'indépendance centriste, que le NC ne peut cependant se permettre qu'à une échelle très réduite. Mais en ces temps où les formations centristes s'orientent toutes vers un positionnement de supplétifs de l'UMP ou du PS, même les petits signes comptent...

Régionales : 4 têtes de liste pour le Nouveau Centre ?

Dans le cadre de ses négociations avec l'UMP, le NC pourrait obtenir quatre têtes de liste.

letard.jpgEn Nord-Pas-de-Calais, l'affaire semble déjà pliée. Valérie Létard est déjà présentée comme la tête de liste officieuse de la majorité malgré la désignation par l'UMP de Thierry Lazaro, personnalité peu médiatique s'il en est. Elle bénéficie à la fois de son étiquette NC, mais aussi de sa proximité avec Jean-Louis Borloo. Qui plus est, le Nord-Pas-de-Calais est une région acquise à la gauche et en abandonner la tête de liste à un allié ne posera pas de problème à l'UMP. D'autant, qu'avec sa fibre sociale, Létard possède un profil intéressant pour contrer la gauche.

augier.jpgEn Basse-Normandie, la tête de liste pourrait échoir à Philippe Augier. Il bénéficiera en effet du retrait il y a quelques jours d'Alain Lambert, qui a annoncé qu'il renonçait à conduire la liste de la majorité en mars 2010. Principale raison : il n'est pas parvenu à s'entendre avec Augier auquel il reproche toujours d'avoir fait perdre la région à la droite en 2004. Enfermez deux centristes dans une salle pour les contraindre à unir leurs forces, et il y en aura toujours un pour la quitter au bout de quelques minutes avec fracas. Cette année-là, l'UMP était arrivée en tête au 1er tour, avec plus de 28% des suffrages. Mais elle fut victime d'une triangulaire intégrant le FN et d'une fusion du bout des lèvres avec l'UDF... Si Augier s'est forgé pas mal d'inimitiés à droite à cette occasion, il a aujourd'hui l'avantage de pouvoir éviter à l'UMP une nouvelle guerre interne. Et Lambert ayant déclaré forfait, Nicole Ameline (qui avait perdu face à lui lors des primaires) pourraient constituer un ticket intéressant. Reste que géographiquement, cette hypothèse reste peu probable. Ameline et Augier étant tous les deux élus du même secteur "huppé" du Calvados. De plus, ils sont aussi deux héritiers des réseaux d'Ornano, il serait donc plus logique que l'UMP aille chercher une autre femme pour seconder Augier s'il est tête de liste.

leroy.jpgEn région Centre, la rumeur va aussi bon train. Surtout depuis que Xavier Bertrand a confirmé que ministre et président de conseil régional serait deux fonctions non-cumulables. Aussi, le chef de file de l'UMP, le très libéral Hervé Novelli (un ancien du FN passé au Parti républicain au début des années 80) se trouve sur la sellette. S'il continue à multiplier les déplacements dans la région en tant que secrétaire d'Etat pour se faire connaître, il se dit de plus en plus qu'il n'abandonnerait justement pour rien au monde les commodités de Bercy. Il se trouve aussi que la région Centre est un des plus forts bastions centristes de France depuis 2002. Elle conserve trois députés NC, un sénateur NC, une sénatrice MoDem (Jacqueline Gourault) et une des deux présidences de conseils généraux NC (Loir-et-Cher). Au-delà, la région est prenable par la droite. Elle vote à droite à tous les scrutins nationaux et a même plutôt bien résisté à la vague rose lors des municipales. En 2004, l'UDF y a fait parmi ses meilleurs scores avec près de 14% au 1er tour. Enfin, la gauche est toujours à la recherche d'un candidat crédible. En effet, élu en 1998 et en 2004, Michel Sapin a, comme lors de son premier mandat, abandonné en cours de route la présidence de la région à un élu de troisième division, très peu connu des électeurs, sans véritable réseau propre au PS et par ailleurs simple conseiller municipal d'opposition dans une sous-préfecture du Loiret. Pour mieux revenir comme en 2004 ? On le voit mal renouveler l'expérience maintenant qu'il est député et qu'il ne pourra être président de région pour cause de cumul. Une tête de liste centriste aurait donc plusieurs avantages. D'abord, éviter à la droite de se voir opposer ses accointances avec l'extrême-droite dans une région très marquée par la question (Dreux, Stirbois, alliances droite FN en 98, sans parler de Papon, des camps d'internement de la 2nde guerre mondiale). Dès son investiture par l'UMP, Novelli n'a d'ailleurs pas manqué de voir étalé dans la presse régionale son long passé de jeunesse à l'extrême droite. Ensuite, il y a une véritable légitimité à ce qu'un centriste mène la liste dans une région où il détient son plus fort bastion à l'échelle nationale. C'est pourquoi, de son bureau blésois de président de conseil général à ses terres vendômoises, Maurice Leroy distille depuis quelques semaines une rumeur voulant que sa candidature serait très sérieusement étudiée, tant à l'Elysée que rue de la Boétie. Avec l'avantage d'offrir une porte de sortie honorable à celui qui n'en peut plus de ne pas avoir de maroquin ministériel... gourault.JPGDeux ombres au tableau cependant. Philippe Vigier ; ce jeune député d'Eure-et-Loir est en effet le chef de file officiellement désigné par le NC. Et il lui serait plus stratégiquement favorable de se placer derrière Novelli pour guigner la présidence la prochaine fois, que de voir Leroy s'installer à Orléans à la place dont il rêve depuis de nombreuses années. Deuxième ombre, Jacqueline Gourault. Elle a déjà montré ses talents de tueuse aux municipales de Blois avec Perruchot. Même si elle est peu nuisible dans le reste de la région, elle n'hésitera pas à tenter de faire mordre la poussière à Momo. Et il pourrait être dangereux pour l'UMP de désigner comme tête de liste un élu du Loir-et-Cher, alors que ce département sera le théâtre d'une guerre au centre, qui plus est dans un contexte local plutôt favorable à la gauche, forte d'un réseau de jeunes élus assez bien implantés et d'une UMP-croupion que Gourault et Momo ont patiemment dépecée depuis quinze ans.

Sauvadet-2.jpgEn Bourgogne. Ici l'UMP est un peu à court de candidat véritablement crédible. La primaire qui a départagé ses candidat n'a pas donné lieu à une participation très enthousiaste et, le vainqueur, Alain Suguenot (député-maire de Beaune), l'a remporté sans terrasser son adversaire. Signe que les bataillons de l'UMP se sont fortement divisés au niveau local. L'ancrage de la région à gauche reste probable. La personnalité de Rebsamen pèsera de tout son poids sur le scrutin et, son image d'homme d'ouverture qu'il a jouée aux municipales en s'alliant au MoDem, sera un atout pour conserver la région à François Patriat. Le PS pourra aussi s'appuyer sur Arnaud Montebourg, président du conseil général de Saône-et-Loire, département le plus peuplé de la région, ainsi que sur les terres toujours miterrandiennes de la Nièvre. Si elle semble vouée à un échec programmé, la candidature de François Sauvadet pourrait tout de même s'avérer une solution intelligente. Permettant de capter plus facilement une partie de l'électorat centriste, de limiter l'avance socialiste en Côte-d'Or, dont il préside le conseil général.